Cyber-harcèlement: un père raconte la première expérience désastreuse de sa fille sur Snapchat

À 11 ans, sa fille est déjà victime d'intimidations et d'humiliations après seulement deux mois d'utilisation des réseaux sociaux. Ou comment la course aux likes peut devenir un marqueur social. Un récit de vie nécessaire.

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«Deux mois. Il aura suffi de deux mois pour que ça vire au cauchemar. En septembre, ma grande recevait son premier smartphone le jour de ses 11 ans. Je n’étais pas franchement emballé au départ, mais elle a su trouver les arguments pour me convaincre», raconte Albin Wantier sur son blog. Il développe cette «première», expliquant avoir très vite constaté les effets de ce smartphone sur la vie de sa fille. «Des notes en classe en chute libre, un désintérêt total pour la lecture, les activités en plein air, les jeux de société, la piscine du quartier (…) La seule chose qui l’intéresse, ce sont ces échanges sur Snapchat et Tik Tok, ces deux applications qui font fureur auprès des gosses de son âge. Assise dans le salon, elle fixe le mur en soupirant».
 
Mais c’est deux mois plus tard qu’intervient le véritable dérapage. Au lieu de l’accepter, ses nouvelles «amies» qui sont très populaires sur les réseaux sociaux et qui lui ont fait croire qu’elle pouvait entrer dans leur «club», ont décidé qu’elle serait leur souffre-douleur. «Elle ne peut retenir ses larmes, elle s’effondre. Sa maman lui demande ce qui se passe, elle lui tend le téléphone, pour faire défiler une conversation Snapchat qui dérape complètement. En quelques secondes, le nom du groupe change et devient «Adeline (prénom d’emprunt), la chiante , affublé d’un gros doigt d’honneur.»
 
Comme sa mère lit la conversation, l’adolescente harcelée est indiquée comme «active» sur le groupe. Ce qui redouble l’intensité des insultes. Sous l’œil ahuri d’une mère qui ne répond pas et collecte les captures d’écran. «On pensait que tu étais une fille cool, mais non. Donc au revoir». «L’une propose de virer ma fille de la discussion. «attendons qu’elle goûte aux messages qu’on lui a mis», répond une autre, déclenchant l’hilarité générale. Et c’est parti pour l’acharnement: «tu as vu les messages mon enfant, maintenant dégage», «ne me parle plus, ne m’approche même plus», «la reine des chiantes», «elle a peur», «faut pas pleurer car on dit la vérité».


 
Prévoyantes, les harceleuses décident même de préciser qu’il ne s’agit pas de harcèlement, au cas où des adultes tomberaient sur la conversation. Mais pourtant si, il s’agit très clairement de harcèlement. «La conversation monte en épingles en quelques minutes à peine. Elles insistent, elles exigent une réponse: «Dis quelque chose! Défends-toi!» Rien ne vient. Elles pissent de rire. L’une change de nouveau le nom du groupe : « Adeline, parle». Rires collectifs. L’autre enchérit «Adeline, paaaarle!» Face à l’absence de réponse, ça en devient un jeu: chacune rebaptise le groupe à son tour, à celle qui ajoutera le plus de A et de points d’exclamation. Toujours aucune réaction. Les trois concluent l’une après l’autre: «Bon, elle parle ou elle a trop peur?» ; «Les filles, c’est bon, je pense qu’elle a compris non?» «Ouais, elle a peuuuur. Bouhouhou.»


 
Les parents décident ensuite de contacter l’école. Mais la réponse de l’établissement n’est pas à la hauteur. La directrice promet d’intervenir, mais finalement rien ne se passe. «Voilà 12 jours que les faits se sont produits. A ma grande surprise, l’école n’a rien fait d’autre que plonger la tête dans le sable et attendre que l’orage passe. Le jour de ma visite chez la directrice, l’institutrice leur a parlé à toutes les quatre, dans la cour de récréation, pendant la pause de midi. Elle n’avait pourtant pas vu les captures d’écran, mais elle a réglé le problème.»
 
«En cinq minutes. Elles ont chacune expliqué leur version des faits. L’institutrice leur a demandé de supprimer les messages problématiques. Elle a demandé à ma fille de quitter cette discussion sur Snapchat. Et voilà plus de problème.» Un long récit qui se conclut par un avertissement à tous les parents, citant La fable du Corbeau et du Renard: Apprenez que tout flatteur, Vit aux dépens de celui qui l’écoute. Cette leçon vaut bien un fromage sans doute. «Il y a dans cette fable plus de contenu que dans n’importe quelle animation sur le cyber-harcèlement. Il y avait matière à creuser, une réflexion à initier auprès de gosses qui comptent leurs likes pour trier leurs potes. Ce travail-là, l’école ne l’a pas fait non plus.»

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