Parole aux gilets jaunes : « On ira jusqu’au finish »

Hier soir, l’incident de Feluy a assombri la couleur flashy des gilets jaunes. Être en colère ne signifie pas devenir violent, un représentant du mouvement tient à le rappeler. Nous l’avons écouté. 

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Fumigènes, feux de Bengale, arbre couché sur la route et camion incendié, la situation a dégénéré hier soir à Feluy (Seneffe)…. Rassemblés pour protester face aux méthodes utilisés par les forces de l’ordre pour percer un barrage plus tôt dans l’après-midi sur l’E19 (autopompe et policiers équipés de boucliers), un groupe de manifestants des « gilets jaunes » a été rejoint par des casseurs, trop heureux de profiter de l’occasion pour semer la pagaille.

Le mouvement a immédiatement tenu à se distancer de ces individus. Il n’empêche, après les « dérapages » français (une manifestante est décédée en Savoie), cet incident terni l’image d’un mouvement qui se veut résolument pacifiste. Sous-couvert de l’anonymat, un représentant des « gilets jaunes » basé à Tertre (Saint-Ghislain) a accepté de témoigner. « Ce qui s’est passé hier soir n’est pas du tout représentatif de ce que nous sommes. Quelques personnes ont fait n’importe quoi, mais nous n’étions pas responsables. » Observateur attentif de la vie politique local et citoyen en colère, notre interlocuteur ne compte pas se laisser démonter par ce contrecoup et l’affirme : « Nous n’avons aucune raison d’arrêter nos actions. On ira jusqu’au finish ! »

Hier soir, la situation a dérapé à Feluy. Craignez-vous que d’autres incidents similaires se produisent ?

« Nous sommes des citoyens en colère, mais nous restons un mouvement résolument pacifiste. On ne peut pas contrôler les faits et gestes de tout le monde mais nous prônons la discussion, non l’altercation. Nous n’allons pas agresser les automobilistes, routiers ou le personnel des stations-services. On ne vaut pas empêcher les automobilistes de faire leur plein de carburant ou d’acheter un produit à la station. On vaut simplement discuter. Je pense que la population l’a compris. Certaines personnes nous apportent du thé ou du café, on ressent une vraie solidarité. »

Combien de temps encore comptez-vous poursuivre vos actions. Ne craignez-vous pas d’épuiser les usagers à la longue ?

« Nous n’avons aucune raison d’arrêter maintenant. Le gouvernement ne bouge pas le petit doigt, il se contente de dire « Non, le prix de carburant ce n’est pas normal ». Mais qu’ont-ils fait pour l’empêcher de grimper ? Je connais des gens qui n’arrivent plus à se rendre sur leur lieu de travail parce que le diesel est trop cher ! Ça devient un luxe et c’est grave. Et il n’y a pas que le carburant d’ailleurs, l’électricité aussi. Bientôt ce sera le pain ? Forcément, si le carburant utilisé pour effectuer livraisons est plus cher, les produits des livraisons seront plus cher également. C’est logique ! On assiste à un véritable effet domino sur l’inflation du prix des premières denrées. Et ceux sont tous les citoyens qui vont trinquer ! Il n’y a que les riches qui s’en tirent. Les pauvres sont de plus en plus pauvres et les classes moyennes nivellent aussi vers le bas. »

La presse a fait échos d’une possible politisation du mouvement en vue des prochaines élections. Qu’en pensez-vous ?

« Je ne suis pas certain que ce soit une solution. Je suis déçu de la politique, surtout des gens qui font de la politique et qui retournent leur veste. Les gens qui nous gouvernent n’en ont que faire des citoyens. À quoi bon créer un parti de plus ? On ne se sent plus représenter, ni par les élus, ni par les syndicats. Il faut revenir à la base, et la base de la société c’est les citoyens. Aussi, le changement doit venir d’actions citoyennes et c’est ce que nous essayons de faire. »

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