« Caravane de migrants »: de quoi s’agit-il exactement?

Hier, les premiers réfugiés de la "caravane de migrants" ont rejoint la frontière mexicano-américaine sur les rives du Pacifique… Comment sont-ils arrivés là et que va-t-il se passer désormais ? Le point avec Amnesty.

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Sur une plage de sable blanc bordée par une mer d’un bleu azur, des dizaines de personnes en détresse escaladent une barrière métallique de plusieurs mètres de hauteur qui coupe ce paysage paradisiaque en deux… Voici les premières images de l’arrivée de la « caravane de migrants » à la frontière américaine. Les associations de défense des droits de l’Homme sont inquiètes et il y a de quoi. Sarah Goffin, responsable « asile et migration » pour Amnesty International, nous explique pourquoi.

Qu’entend-on exactement par « caravane de migrants » ?

Sarah Goffin: « Je me suis posée la même question la première fois que j’ai entendu ce terme. Il faut prendre le mot caravane selon sa définition première dans le dictionnaire, tout simplement. Il s’agit d’un groupe de voyageurs qui marchent ensemble pour franchir une région désertique, peu sûre et difficile d’accès. Ce qui est le cas ici. »

Pourquoi ces personnes ont-elles fuient leur pays natal ?

S.G.: « Ces hommes, femmes et enfants ont fui le « Triangle du nord » (région d’Amérique centrale composée du Salvador, du Guatemala et du Honduras, NDLR). Ces territoires sont gangrenés par la violence généralisée… Le taux d’homicides y est quatre à huit fois plus élevé que ce que l’OMS (Organisation mondiale de la santé) considère comme un « niveau épidémique. » Les réfugiés ne fuient pas uniquement pour améliorer leur situation économique, mais surtout pour échapper au danger permanent qui sévit dans leur pays. »

Comment le Mexique s’est-il comporté dans les gestion de ce dossier ?

S.G.: « Le Mexique n’a pas regardé la caravane traverser son territoire les bras croisés. Il y a une grosse pression exercée par les États-Unis sur le gouvernement de Mexico. À la frontière sud, énormément de réfugiés sont directement refoulés, ce qui est en violation du principe de non-refoulement prévu dans le droit international. De la détention préventive y est également pratiquée le temps de vérifier si les arrivants ont entré une procédure de demandeurs d’asiles. Or, une enquête d’Amnesty a démontré que la grande majorité d’entre eux n’ont pas été informé de leurs droits… C’est un gros problème. Sur les 7.000 personnes qui composaient la caravane de migrants, il n’en reste aujourd’hui plus que 4.000 selon les dernières informations. Un millier ont fait une demande d’asile au Mexique et ont été placés en détention, d’autres ont été mis en fuite par les barrages dressés sur leur route par la police mexicaine. »

À quoi peut-on s’attendre pour ceux qui franchiront la frontière américaine ?

S.G.: « Donald Trump a déjà donné le ton en déployant l’armée le long de la frontière. Il y a quelques jours, il a annoncé refuser les procédures de demande d’asile de chaque personne qui se trouveraient illégalement sur le territoire des États-Unis, ce qui est contraire à la loi américaine. On observe aussi toute une rhétorique déshumanisante de la part des autorités, qui vise à alimenter la peur et la haine et qui, en parallèle, augmente la souffrance de nombreuses personnes qui ont fui le danger et qui ont besoin de protection… Rappelons qu’immigrer n’est pas un crime et que toute personne à le droit de demander l’asile selon la Déclaration Universelle des droits de l’Homme. Les USA ne respecte pas ce droit et pratique également de la détention préventive et la séparation des familles. Beaucoup de réfugiés risquent d’être envoyés au Mexique, qui les renverra ensuite vers le Triangle d’or… » 

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