Accord sur la migration: la Belgique va-t-elle se ranger du côté des gouvernements d’extrême droite?

La N-VA ne signera pas le pacte international de l’ONU sur les migrations. La Belgique rejoindra-t-elle les pays européens qui refusent de participer ?

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Après l’importante crise migratoire de 2015, l’Organisation des Nations Unies décide de se secouer et de s’atteler à la rédaction d’un pacte sur la migration qui servira de premier outil international pour assurer des « migrations sûres, ordonnées et régulières« . Après 18 mois de négociations, le texte voit le jour. Non contraignant, bien qu’il inscrive « fermement la migration dans l’agenda mondial. Ce document constituera un point de référence pour les années à venir et induira un réel changement sur le terrain » comme l’indique Jürg Lauber, représentant de la Suisse auprès de l’ONU qui a co-dirigé les travaux avec son homologue du méxicain. Long de 23 objectifs, le texte se donne pour mission d’aider les États à mieux se coordonner et à s’engager pour un accueil éthique et responsable des migrants. Des objectifs louables qui, pourtant divisent, et sont rejetés par plusieurs pays membres de l’Union européenne comme l’Autriche ou de la Hongrie.

Depuis mai 2010, Viktor Orban, Premier ministre nationaliste de la Hongrie, mène une politique anti-immigration d’une main de fer et sert de modèle aux mouvements d’extrême droite européens. Réélu en avril dernier, le Premier ministre génère frèquemment l’embarras chez ses homologues européens. Fermeture des frontières, hostilité féroce envers les migrants, Viktor Orabn ne se gêne pas pour rappeler qu’aucun réfugié ne sera accueilli dans son pays. Il était donc inimaginable qu’il prenne par à l’accord de l’ONU. Du côté de l’Autriche, les dernières élections de 2017 on vu le candidat soutenu par les écologistes, Alexander Van der Bellen, sortir vainqueur. Il n’en reste pas moins que la coalition au pouvoir est dirigée par le chancelier conservateur Sebastian Kurz et son parti d’extrême droite.

Nous ne signerons pas

En septembre, en déplacement à New-York, Charles Michel n’hésite pas à affirmer son enthousiasme pour le pacte sur la migration. L’occasion aussi de promettre que son pays signera l’accord en décembre lors du sommet de Marrakech censé officiellement l’adopter. C’était sans compter sur la N-VA et l’annonce de la porte-parole de Theo Francken mardi soir. « Nous ne signerons pas. » Clair, net et précis. Si aucun accord n’est trouvé au sein de la majorité belge, le pacte ne sera effectivement pas signé, car il ne peut l’être sans la N-VA. Autre élément qui a son importance, pas une ligne de l’accord de l’ONU ne peut être modifiée. Si la Belgique finit par trouver un terrain d’entente, c’est sur le texte tel qu’il est actuellement.

©Belga Images

Vers 11 heures mercredi, le Vice-premier ministre, Jan Jambon (N-VA) a fait savoir via un communiqué de presse à l’agence Belga que « le gouvernement n’a pas encore arrêté de position officielle sur le pacte de l’ONU sur les migrations. L’analyse de ce pacte et les discussions qui y sont liées sont en cours au sein du gouvernement. C’est un dossier sensible qui doit être discuté là où il doit l’être, c’est-à-dire au gouvernement ». L’affaire n’est donc pas close et l’espoir de ne pas voir la Belgique rejoindre le club des pays aux règles sur la migration aussi strictes qu’hosties.

Mais pourquoi la N-VA est-elle soudainement contre ce pacte ?

Entre la fin du mois de septembre où Charles Michel annoncé publiquement que la Belgique prendra part au nouveau projet et le moment où Theo Francken annonce que son parti ne signera pas, plus d’un mois s’écoule. À quelques semaines de l’échéance, le parti nationaliste se réveille et estime que le pacte de l’ONU est trop contraignant pour le pays.

Coup d’œil sur ce qu’établit l’accord longuement négocié. Déjà, il ne vise pas les réfugiés qui fuient les persécutions dans leur pays d’origine et ont donc besoin d’une protection d’un tierce État. Il promeut davantage l’idée que la migration, peu importe sa raison, doit être encouragée, autorisée et protégée. En signant, les États s’engagent à respecter le plus d’objectifs possibles ou, du moins, de tout mettre en œuvre pour que la plupart d’entre eux soient remplis. Parmi eux, le lancement d’un site web national accessible à tous et censé « centraliser et mettre à disposition des informations sur les options de migration régulière, telles que les lois et les politiques d’immigration spécifiques à un pays ». Les 22 autres vont dans le même sens avec une double volonté : ouvrir les frontières aux migrants et les informer aussi correctement que possible sur l’endroit où ils pourraient s’installer.

Quoi qu’il en soit un chef d’État qui promet de signer et finit par se rétracter, fait mauvais genre sur la scène internationale. D’autant plus qu’à partir de janvier, la Belgique fera partie du Conseil de sécurité des Nations Unies, siège pour lequel le pays a fait campagne pendant des mois. Le refus de signer placerait le pays dans une position indélicate en plus de le reléguer au même plan que ces pays à la politique migratoire plus qu’hostile.

Pour lire l’entièreté du rapport de l’ONU :  

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