La revanche des petits commerçants

 Une nouvelle génération de petits commerçants est en train de s'implanter dans nos quartiers, entre nouveaux boulangers et e-commerçants qui lancent une boutique réelle. Le phénomène s'observe depuis une bonne année.

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Les commerces de proximité sont en pleine mutation. Jusqu’en 2015, on a enregistré une vague énorme de fermetures des petits commerces. La disparition de l’épicier du coin, du boulanger, du boucher de village semblait inexorable. “Le petit commerce a très fort souffert des moyennes surfaces et de l’e-commerce. Le petit commerçant a dû se réinventer. Ceux qui n’y sont pas arrivés ont disparu”, note Benoît Rousseau, directeur juridique du SDI (Syndicat des indépendants), qui déplore que les autorités aient longtemps considéré que les commerçants étaient juste bons à taxer. “Les poissonneries n’existent plus, les fleuristes de moins en moins, les cafés, c’est catastrophique. Cela décline à toute vitesse”, perçoit Benoît Rousseau.

Des artisans reviennent avec un succès fou

Depuis un peu plus d’un an cependant, le nombre de petits commerçants reste stable et une nouvelle génération s’implante. Des artisans qui avaient disparu reviennent avec un succès incroyable en de nombreux endroits. C’est un pâtissier à Seneffe ou à Namur chez qui on se presse parfois en venant de très loin pour s’offrir les meilleurs éclairs au chocolat “au monde”. C’est un marchand de pianos qui s’est installé à Gembloux et fait sa renommée quasi à l’échelle du pays. Qu’on ne s’y trompe pas: il ne s’agit pas d’un retour du petit commerce, mais de l’apparition d’une nouvelle génération. Ce phénomène est très marqué pour la boulangerie et les artisans des produits de la bouche qui offrent une très haute qualité. De nouveaux petits noyaux commerciaux s’implantent. À Mont-sur-Marchienne, “Le pain d’autrefois”, qui propose une multitude de pains bio, mie aérée ou non, au levain ou pas, mais toujours cuits sur pierre, fait un carton. Du coup, un libraire très bien achalandé s’est installé à côté. Une épicerie de produits du terroir et une supérette complètent le tableau.

On trouve le même phénomène à Liège, dans la rue Saint-Paul, par exemple. On peut à nouveau sortir un cabas à la main pour s’offrir le luxe de l’artisanat. “Le bouche à oreille joue très fort et une clientèle aisée qui vient de loin n’hésite pas à mettre le prix pour trouver un pain au goût incomparable”, explique Jean-Luc Calonger, président de l’Association du management de centre-ville (AMCV). À côté des artisans, on trouve désormais les marchands qui ont démarré en ligne et se sont ainsi assuré une sécurité financière avant de s’offrir une boutique physique pour progresser encore. “Ce sont des commerces de niche qui prennent la crème de la clientèle. Si la grande distribution est en train de chuter, c’est à cause de ça”, analyse Jean-Luc Calonger. Le nouveau petit commerçant est ultra-flexible, ne s’embarrasse pas d’un loyer vertigineux et est capable de disparaître aussi vite qu’il est apparu si ça ne marche pas. 

Le client n’est plus obnubilé par le prix, il veut de la qualité

Le client n’est plus obnubilé par le prix. Il veut de la qualité, du circuit court, du bio, des petites quantités. On assiste au retour d’une consommation plus raisonnée et à un retour à la proximité”, analyse Thierry Evens, porte-parole de l’Union des classes moyennes (UCM). L’e-commerce était une menace, il devient un atout. Les commerçants disposant d’une vitrine en ligne sur Facebook ou Instagram fonctionnent bien. “Ce qui résiste, c’est  le commerce qui se différencie”, pose Clarisse Ramakers, de l’UCM. Proposer les mêmes grandes marques que celles qui sont vendues en ligne ne sert à rien. Dans ce cas, le client vient essayer au magasin puis achète l’article en ligne, moins cher. Les pop-up stores ont un grand succès. Le client est aussi attiré par les magasins qui ont des nouveautés tous les quinze jours. Les ambulants ont le vent en poupe. Le client retourne sur les marchés et plébiscite les food trucks. Les “supérettes”, des franchisés de la grande distribution, avec des surfaces parfois très réduites, reviennent en force. Ce sont presque des épiceries de quartier comme il y a un siècle. Dans le même temps, les hypermarchés se vident et de nombreux centres commerciaux battent de l’aile.

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