Baptême étudiant : le folklore plus fort que les polémiques?

La fermeture du cercle de la MAF par le rectorat de l’UCL a noirci (encore un peu plus) l’image du baptême estudiantin. Les "bleus" sont pourtant toujours aussi nombreux à passer cette épreuve folklorique. Comment empêcher de futurs incidents ?

Baptême étudiant : le folklore plus fort que les polémiques?

C’est devenu LE marronnier de l’automne. Chaque année à cette période, les médias se font massivement le relais de situations graves ou compromettantes se produisant au cours des baptêmes estudiantins. Et 2018 n’a pas échappé à la règles…Fin septembre, à Liège, une étudiante était hospitalisée à la suite d’un coma hydraulique après avoir ingurgité trop d’eau au cours d’une activité. Mardi passé, toujours dans la Cité Ardente, un étudiant de 21 ans est décédé d’un arrêt cardiaque après une soirée « rallye des parrains » organisée dans le cadre de la bleusaille. Pas plus tard qu’hier, le rectorat de l’UCL a fermé un cercle étudiant après des « dérapages » survenus au début octobre dans le cadre du baptême. Les journaux ont fait l’échos de « coups » et certains même de « viol ».

Comme le dit l’adage, il n’y a pas de fumée sans feu. Pourtant, et malgré les critiques de parents consternées et sa mauvaise presse, le baptême fait toujours recette. Années après années, les chiffres restent relativement stables : 5 à 10% des étudiants qui viennent d’entrer à l’université participent à la bleusaille d’un cercle. Les ingrédients du succès sont connus: nombreuses rencontres, création de liens étroits avec des amis pour les études et même au-delà, sensation de faire partie d’une communauté solidaire, implication dans l’organisation d’activités du cercle étudiants, … Mais « même si ce n’est qu’un jeu », les remarques et injures parfois violentes des comitards envers les bleus sont bien réelles. Comment prévenir d’autres débordements ?

« L’université n’est pas un espace de non droit »

« Plutôt que de parler de domination du comitard sur le bleu, on préfère parler d’autorité », précise Lucile Neyrinck, présidente de l’ACE, l’association des cercles étudiants de l’ULB. « Cette autorité est soumise à des règles très strictes rédigées sur des chartes que les cercles ont dû ratifié. Elles stipulent par exemple que le contact physique est interdit. Un comitard ne peut pas toucher un bleu dans le cadre du baptême. C’est très clair ! Et si jamais cela se produit, nous déterminons des sanctions et remontons l’affaire auprès du rectorat si nécessaire. Si les faits sont graves, nous encourageons alors la personne concernée à prendre des dispositions légales. L’université n’est pas un espace de non-droit. »

L’ACE déclare n’avoir jamais enregistré de plaintes pour faits graves et se félicite même de « bleusailles sans faute » cette année. Terminée depuis ce dimanche, la période des baptêmes est donc un succès à l’ULB. « On est très contents de nos cercles. Ces dernières années, on a pu constater une évolution de toute une série d’activités organisées dans le cadre des bleusailles. Les cercles ont pu faire leur autocritique par rapport aux histoires relayées par les médias et adopter une attitude responsable. À l’ULB, on évolue avec notre temps et on peut le dire fièrement ! », sourit la présidente.

Moins d’alcool, la fête est plus folle ?

Quand le clashage au bleu de méthylène ou le « gueule-en-terre » (position à genoux, le front posé sur le sol et les bras levés en arrière) font toujours partie du baptême, le fameux « Rois des bleus » a lui disparu de la plupart des bleusailles. L’activité qui consiste en un concours d’a-fonds (vider son verre le plus rapidement possible) est souvent au centre des polémiques. À l’ULB, les cercles l’ont déplacée au second quadrimestre et rendu le « Rois des bleus » facultatif… bien que la plupart des baptisés y participent, pression sociale oblige. « Cette activité est organisée à la demande des bleus eux-mêmes qui veulent perpétuer la tradition », explique Lucile Neyrinck. « Mais désormais, la plupart des cercles utilisent de la bière sans alcool ou diluée pour éviter les accidents. »  

Mardi prochain (20/11) à la Saint-Verhaegen, dernier gros événement folklorique du calendrier estudiantin, les bars des cercles étudiants établis sur la place du Sablon à Bruxelles proposeront aussi des cartes « allégées en alcool ». En effet Depuis 2012, les cercles sont obligés d’avoir 30% de bières allégées sur leur commandes au litre total, et présenter 30% de soft à leur carte. Deux stands de distribution d’eau gratuite sont également prévu. L’événement joue donc la carte de la responsabilité, même si chaque étudiant « guindailleur » reste responsable de son propre débit de boissons…

Comme l’année passée, quelques 7000 personnes (étudiants, baptisés et anciens baptisés) vont célébrer la « Saint-V ». Un nombre qui ne devrait donc pas diminuer dans les années à venir. N’en déplaise à ses détracteurs, le folklore estudiantin n’est pas prêt de rendre son bleu de travail.

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