Les jeunes s’intéressent-ils aux commémorations de la Grande Guerre?

Lauryan Ansay, 20 ans, s’intéresse aux événements de sa commune, Paliseul, et ses soldats morts au front en 1915. Une exception?

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En marge de ses études d’archéologie, Lauryan Ansay, 20 ans, est un passionné d’histoire. Pour autant, il n’est pas aveugle et encore moins dupe. “Est-ce qu’on commémore encore, à l’heure actuelle, la bataille de Waterloo? Non. On fait la reconstitution de la bataille mais sans s’intéresser au fait que telle personne de tel village y participait. Ça, tout le monde s’en fout…

Après le centenaire, la nouvelle génération oubliera-t-elle son devoir de mémoire envers la Première Guerre?

Lauryan Ansay – Dans 50 ou 75 ans, pour 14-18, on dira “Oh c’est vieux”. Beaucoup de jeunes que j’essaie d’intéresser à l’histoire me répondent qu’ils s’en foutent, que ça fait 100 ans. Le devoir de mémoire persistera encore, mais différemment, avec des cérémonies et des récits de bataille… Mais cela reste très important. Ça a toujours été comme ça depuis la fin de la guerre. C’est une tradition et c’est dans les traditions qu’on apprend et qu’on transmet les messages.

Vous êtes un peu le contre-exemple de ces jeunes désintéressés…

Oui, mais je ne me fais pas d’illusion. La plupart des autres s’en désintéressent totalement. Il n’y a qu’à voir la moyenne d’âge aux commémorations… Mais il y en a certains qui sont à fond dedans. Sinon, on ne verrait pas tous ces gens de 20 ans participer aux reconstitutions comme à Verdun.

Pourquoi cette perte d’intérêt pour les victimes?

Un soldat, c’est quoi? C’est un pion sur un échiquier… Moi, la première fois que j’ai réalisé l’aspect humain, c’est quand je me suis retrouvé face à un casque allemand avec un impact de balle et à l’intérieur, il y avait un morceau de crâne. C’est un des trucs qui m’a le plus bouleversé. Je me suis dit “Il a mon âge et il s’est fait dégommer… Il y a cent ans, c’était pour ma gueule”. Je fais aussi partie d’un groupe de reconstitution. Quand je mets un uniforme, je me dis que j’ai l’âge du gars qui le portait, la même taille, la même morphologie…

Comment pourrait-on susciter d’autres vocations?

En montrant quelque chose de concret. Une carte, un bois, c’est pas concret. Il faut aller voir des musées, des expositions, des photos… Moi, avant d’avoir vu une photo d’un cavalier allemand, je pensais qu’ils ressemblaient à des cow-boys à cheval. Ça, c’est concret, là on voit ce qu’il se passe.

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