« Pour rendre inoffensifs les médias, il suffit de les accuser de proférer des fake news »

Pour certains, un bon journaliste est un journaliste mort. Ou en tout cas sans crédibilité.

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Alors qu’on ne sait toujours pas quelles sanctions frapperont les Saoudiens pour avoir assassiné Jamal Khashoggi, Didier Reynders a dénoncé l’impunité des crimes commis contre les journalistes. Notre ministre des Affaires étrangères a évoqué les 317 journalistes actuellement emprisonnés dans le monde et les 76 qui ont perdu la vie pour avoir approché de trop près un conflit ou la vérité. Cette hécatombe est comme un hommage morbide à la profession, la preuve que l’information a un prix, fût-il celui du sang, qu’elle compte encore, pour ceux qui la traquent, comme pour ceux qui la craignent. En un an, trois journalistes ont été tués en Europe. À Malte, en Slovaquie et en Bulgarie, des meurtriers et des commanditaires n’ont donc pas compris les avantages de la méthode soft. Pour rendre inoffensifs les médias, il suffit de les accuser de proférer des fake news.

Un exemple au hasard: Donald Trump. Pour ne pas rogner sur les contrats de ventes d’armes à l’Arabie saoudite, il a d’abord affirmé que les suspendre ferait perdre 40.000 emplois aux USA. À chaque intervention, il a gonflé ce chiffre jusqu’à dépasser le million! Mais ce même président a attaqué les médias présents à ses récents meetings pour leurs soi-disant mensonges. Et bien sûr, ses partisans ont conspué certains des meilleurs exemples de journalisme à l’ancienne, c’est-à-dire faisant la différence entre les faits et les opinions.

Dans une société où la vérité est devenue moins un bien commun qu’une convenance personnelle, il ne faut pas faire une croix sur l’idée qu’une conviction puisse être modifiée par des arguments extérieurs. La tentation est si pratique qu’ici aussi, on entend gouvernement et opposition qualifier les critiques qui leur sont adressées de fake news. Ce lundi, Reporters sans frontières publiait une Déclaration sur l’information et la démocratie. Elle rappelle que le journaliste est “un tiers de confiance”. Aux États-Unis, “journaliste” arrive 200e sur 200 dans le classement des meilleurs métiers… On peut dire que la confiance est brisée.

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