Lobbyistes et élus politiques : un petit monde qui se ressemble

Le chercheur français Guillaume Courty a suivi durant 10 ans les parcours et les méthodes de plus de 700 lobbyistes français et européens. Il livre ses observations dans le récent livre « Le lobbying en France : Invention et normalisation d'une pratique politique ».

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C’est sans conteste le constat le plus marquant pour ce professeur de science politique: la majorité des professionnels en affaires publiques, l’autre nom des lobbyistes, possèdent un profil très proche ou similaire à celui des élus politiques. « On a une surreprésentation des catégories les plus favorisées et des diplômés de grosses écoles. Ils sont caractérisés à la fois par une origine sociale et des diplômes qui les rendent très proches, voire homologues du personnel politique. Le focus sur leur identité sociale permet de comprendre très fort leur passage à la vie politique. La moitié a eu une activité en politique plus ou moins longue. Le plus fréquent est le passage comme attaché parlementaire, mais il y a des fonctions plus hautes a côté de cela comme chefs de cabinet. Leur carrière montre qu’ils partagent beaucoup plus que l’origine sociale et les diplômes puisqu’ils ont été en position d’auxiliaires dans la vie politique » explique Guillaume Courty.

Le lobbying : pratique pour gravir les échelons

Les professionnels du lobbying viennent généralement du monde de la communication ou d’un secteur dans lequel ils possèdent une expertise technique. Dans le deuxième cas, une telle transition permet souvent de booster une carrière. « Ils viennent en cours de carrière et parce que cela leur a permis de monter dans la direction générale par exemple. C’est plus facile dans une progression de carrière, si on a une fibre militante ou communicante, de passer directeur général des affaires publiques que de monter directement à la tête de la branche énergie, pharmacie ou autre. Il faut avoir la firme communicante. Mais ils ne vont pas rester dans le lobbying toute leur vie, ils vont rester dans le secteur », explique le chercheur en sciences-politiques.

Une étape dans une carrière

Au final, le lobbying représente uniquement une carrière durable pour 30 à 40% des professionnels suivis. « Plus de 20% des 700 essaient de se faire élire. Le lobbying est alors cette position d’attente qui permet de faire de la politique tout en n’ayant pas encore de mandats. Pour d’autres, le lobbying n’est pas une activité centrale. Les autres entrent et sortent », indique l’auteur français.

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Pas toujours la poule aux œufs d’or

« Contrairement à ce qu’on pense, un communicant gagne bien sa vie, mais ce n’est pas non plus une manne extraordinaire. En tout cas pour ceux qui débutent et que j’ai rencontrés. Pour ceux qui sont en milieu de carrière, je n’arrive pas à avoir des informations, j’imagine que cela ne doit pas être mal quand je vois qu’ils emmènent d’anciens ministres dans leurs cabinets. Ils doivent quand même les rémunérer correctement », explique Guillaume Courty.

Une relation de confiance avec le client

Un cabinet de consultance, c’est comme un cabinet d’avocats : tant qu’il y a une relation de confiance entre le conseiller et le client, cela peut durer des années, explique notamment Emmanuel Goedseels. Celui-ci préside l’unique fédération belge des entreprises de consultance (BPRCA), qui orposent entre autres à leurs clients des services de lobbying. «C’est du long terme. Du très long terme même. Ce n’est pas un métier de baroudeur. Il n’y a pas quelqu’un qui entre à un moment donné dans un bureau d’un cabinet en disant ‘Voilà ce qu’on va faire’ et puis il repart et c’est fini. C’est toujours un travail de longue haleine. Ce qui est intéressant c’est d’avoir une certaine continuité dans la relation et surtout un historique des discussions. C’est la partie la plus importante dans les activités de lobby. C’est une activité, pas un métier. Personne dans notre métier ne se dit lobbyiste. On se présente par exemple comme conseiller », explique-t-il.

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