Pénurie de médicaments : faut-il s’inquiéter ?

Un grand nombre de médicaments sont indisponibles en Belgique. Les pharmaciens tirent la sonnette d’alarme et Maggie De Block tempère. Concrètement, on panique ou pas ?

Médicaments © Unsplash

La liste est longue sur le site de l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) : 410 médicaments sont enregistrés comme « indisponibles ». Et si la plupart des médicaments en rupture de stock peuvent être remplacés par une alternative, certains patients ont dû être renvoyés chez leur médecin, rapportait hier l’Association Pharmaceutique Belge. « Dans la plupart des cas, on trouve des alternatives, on importe un produit comparable, ou le même, de l’étranger », nous explique Lieven Zwaenepoel, son porte-parole. « Mais c’est loin d’être idéal, car cela prend beaucoup de temps et cela exige beaucoup de travail ».

De son côté le cabinet de Maggie De Block affirme qu’il « existe toujours une alternative ayant la même action ». L’APB ne partage pas entièrement cet avis. « Malheureusement, il y a de plus en plus de cas où il n’y a pas de solution adaptée », nous confirme Lieven Zwaenepoel. « Il faut alors soit arrêter la thérapie un certain temps, soit quand ce n’est pas possible, choisir un traitement moins optimal, de second choix ».

Et lorsqu’un grand nombre de patients se tournent vers une seule alternative, celle-ci peut à son tour se retrouver en rupture de stock. Un situation observée il y a quelques semaines avec la rupture de stock de l’Antabuse®, un médicament pour gérer l’alcoolisme. « Tous les patients d’Antabuse® ont dû switcher vers Campral®. La demande a donc drastiquement augmenté pour ce médicament qui, peu de temps après, s’est retrouvé indisponible à son tour », explique Lieven Zwaenepoel.

Certains patients en difficultés

Le problème serait donc particulièrement important pour les personnes atteintes d’une maladie grave et qui doivent soudainement changer de médicament. Parmi les médicaments manquants, on trouve par exemple un vaccin contre l’hépatite, un produit pour inhalation destiné aux asthmatiques, un antidépresseur, un médicament pour les épileptiques et des injections contre les caillots de sang. Selon l’APB, ces traitements ne peuvent ni être interrompus, ni remplacés par une alternative. Elle rassure toutefois : « Jusqu’à présent, nous n’avons eu aucun cas dramatique ». Même si elle admet que la situation « est de pire en pire », car le nombre de médicaments indisponibles ne cesse d’augmenter au fil des ans.

Pour l’AFMPS, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. « C’est vrai que de nombreux médicaments sont indisponibles mais il s’agit souvent d’un certain type. Nous communiquons beaucoup à ce propos et sommes beaucoup plus transparents. Une liste est également consultable sur notre site internet », rapporte sa porte-parole Ann Eeckhout. L’Association travaille en collaboration avec l’APB depuis 2013. Pour gérer la pénurie actuelle, les deux acteurs ont lancé deux groupes de travail qui ont permis de lister les médicaments indisponibles, communiquer rapidement ceux-ci et instaurer une arborescence de décision pour déterminer les alternatives possibles aux médicaments manquants.

D’où vient la pénurie ?

Plusieurs facteurs expliquent l’indisponibilité actuelle d’un grand nombre de médicaments: un problème au niveau de l’exportation de molécules destinées au marché belge, des difficultés de production et de distribution ou des ruptures de stock. La faute à « la pression économique », estime l’APB, car le nombre de sites de production diminue. « Il y a des médicaments qui ne sont fabriqués que sur un seul site dans le monde. Si ce site rencontre un problème, il n’y a plus de médicaments ».

Et la situation ne serait pas prête de s’améliorer. « C’est un problème mondial, il doit donc être traité à l’échelle internationale », estime l’Association Pharmaceutique. Pour elle, l’une des solutions serait de s’attaquer au contingentement, une stratégie consistant à limiter intentionnellement les stocks de peur d’une exportation parallèle. Une pratique appliquée par l’industrie et très critiquée par de nombreux pharmaciens. « Une solution est sur la table d’un des groupes de travail de l’AFMPS, mais comme elle concerne une limitation de circulation des produits, il faut l’accord de la Commission Européenne. Et on attend depuis un an… », regrette Lieven Zwaenepoel. Il estime que les autorités nationales ont bien fait leur travail. La balle serait donc désormais dans le camp de l’Europe.

Sur le même sujet
Plus d'actualité