Le mythe du transport gratuit

Changements climatiques et problèmes de mobilité obligent, on en rêve. Le PTB en a fait une promesse électorale. Quelques villes d’Europe ont franchi le cap. L’idée est-elle applicable chez nous ?

Reporters

Des bus gratuits dans toute la ville? C’est ce que proposait le PTB dans son programme électoral lors de la campagne pour les élections communales à Liège et Charleroi. Dans ces deux villes, les représentants du parti d’extrême gauche sont d’ailleurs venus avec cette proposition autour de la table des négociations face au PS. Le PTB y voit une mesure sociale, facile à financer. Une mesure à même de répondre aux urgences de santé publique, d’environnement et de mobilité auxquelles la société doit faire face.

En ces temps de défi climatique, l’idée d’un transport public gratuit peut sembler alléchante pour inciter les citoyens à abandonner leur voiture. Plusieurs villes européennes se sont déjà engagées sur cette voie. Dans le sud de la France, Aubagne et les onze communes qui l’entourent (100.000 habitants, proches de Marseille) ont fait ce choix dès 2009. Le taux de fréquentation des transports publics y a quadruplé en moins de dix ans, au point que la métropole d’Aix-Marseille (92 communes, 1,9 million d’habitants) réfléchit désormais à mettre en place la même mesure sur son territoire.

En 1997, chez nous, la ville de Hasselt avait déjà créé des bus gratuits sous l’impulsion de son bourgmestre d’alors Steve Stevaert (sp.a) avant de faire marche arrière seize ans plus tard. Mais c’est l’Estonie qui est allée le plus loin en la matière. Après avoir instauré la gratuité pour les transports publics dès 2013 dans la capitale Tallinn, la mesure a été élargie à tous les bus interurbains du pays depuis le 1er juillet de cette année. Seuls les transports publics des petites villes estoniennes demeurent encore payants. Il en va de même pour les trains, même si leur prix a considérablement diminué, grâce à une contribution accrue des pouvoirs publics dans leurs frais de fonctionnement.

Dernière arrivée dans le rang des villes qui croient aux transports gratuits: Dunkerque. À quelques kilomètres de la frontière belge, cette ville industrielle de 200.000 habitants, en bord de mer, a instauré la gratuité dans ses bus urbains le 1er septembre dernier après une période d’essai de trois ans où cette gratuité n’était en vigueur que le week-end. C’était une promesse du maire Patrice Vergriete, élu en mars 2014. Outre l’aspect social et environnemental, Patrice Vergriete voit dans cette mesure un moyen de redynamiser son centre-ville, en y attirant à nouveau un public qui l’avait déserté.

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Pour financer la gratuité, la ville de Dunkerque a annulé un projet de salle de sport et de spectacle de 10.000 places qui aurait coûté près de 180 millions d’euros. La ville a également bénéficié d’un dispositif fiscal typiquement français. La taxe VT (Versement transport), que toutes les entreprises d’au moins 11 salariés en France doivent payer pour contribuer au financement des transports publics.

Une fausse bonne idée

Pourtant, malgré ces exemples prometteurs, l’idée de créer des transports gratuits en Belgique séduit peu de monde en dehors du PTB. Aucun ministre de la Mobilité n’a ne serait-ce que commandé une étude à ce sujet. C’est que beaucoup d’experts s’accordent à dire qu’une telle mesure serait improductive si le but est de réduire la pression automobile dans les villes. “Le transport gratuit est une fausse bonne idée”, explique ainsi Stéphane Thiery, directeur du marketing et de la mobilité du groupe TEC. “Plusieurs études ont montré que non seulement la gratuité n’a pas d’effet sur les problèmes de mobilité, mais qu’en plus elle sature les transports publics avec des piétons et des cyclistes qui, eux, profitent de l’effet d’aubaine.

Même avec des transports publics gratuits, la plupart des automobilistes préféreraient donc rester dans leur voiture. Ce sont essentiellement les non-automobilistes qui seraient séduits par la gratuité. Un public qu’il n’est pas stratégique de capter dans les transports en commun, si l’objectif est de désengorger la voirie et d’œuvrer à une meilleure qualité de l’air. “Les études que nous menons auprès de nos usagers montrent que l’effet prix n’a que peu d’impact parmi leurs choix, poursuit Stéphane Thiery. Les usagers veulent avant tout des transports fiables et ponctuels. Le prix n’arrive qu’en quatrième position, derrière la propreté.”

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