Le PTB : tout ça pour ça ?

Le récent scrutin a placé le parti marxiste en bonne position dans de nombreuses communes du pays. Un succès qui n’aboutit pas forcément sur des participations au pouvoir. Tout sauf une surprise.

Raoul Hedebouw et Peter Mertens © Belga Image

C’est une petite bourgade de 12 âmes traversée par le Canal Gand-Terneuzen. Une petite commune calme située aux confins de la province de Flandre-Orientale. C’est aussi la seule entité du pays où socialistes et membres du PTB se sont actuellement mis d’accord pour former ensemble une coalition. Et encore, le S.pa n’avait pas d’autres choix, une fois son véto posé sur un partenariat avec le bourgmestre libéral sortant. Dans le reste du pays, le PTB chauffera six années supplémentaires les bancs de l’opposition des conseils communaux. Reste encore juste une petite inconnue du côté d’Herstal.

En cause : l’impossibilité de s’entendre du côté de la gauche. Une surprise à première vue tant la percée du parti d’extrême-gauche, singulièrement à Bruxelles et en province de Liège et du Hainaut, est incontestable. À Charleroi, le PTB obtient neuf sièges et devient le deuxième parti. Le chiffre s’élève encore respectivement à 7, 9 et 11 à La Louvière, Liège et Seraing. La vague rouge vif déferle aussi sur la capitale. À Bruxelles-Ville et Molenbeek, le parti de Raoul Hedebouw obtient ainsi six sièges. Au total, son nombre d’élus passe de 50 à 156.

L’union de la gauche n’a donc pas eu lieu. Au grand dam de la FGTB wallonne qui appelle depuis des mois à la création de majorités PS-Ecolo-PTB là où elles sont mathématiquement possibles. Le raisonnement du syndicat était clair : les formations progressives doivent se rassembler pour contrer ensemble la droite capitaliste. C’est en tout cas raté pour les élections communales de 2018. Et voilà les relations déjà compliquées entre la FGTB et le Parti socialiste qui passent désormais dans le rouge. Geoffrey Goblet, président de la FGTB Liège-Huy-Waremme, en est venu désormais aux menaces. Il réfléchit ouvertement à récupérer les 14 bâtiments que sa section loue aux socialistes.

Le difficile mariage PS-PTB n’est pourtant pas une surprise. « Ces alliances ne vont pas de soi, notamment parce que les relations sont tendues, entre autres dans les relations personnelles. Aussi parce que le PTB voulait se rendre numériquement indispensable pour monter dans une majorité. La question du rapport de force est aussi un élément important pour eux », indique Jean Faniel, directeur général du Crisp.

Un PTB « irréaliste » et un PS « à la botte des multinationales »

Le PTB le répète en tout cas à qui veut l’entendre : il était prêt à prendre ses responsabilités. « Mais pas à n’importe quel prix », insistent ses chefs de file. Les discussions avortées à Molenbeek ne contribuent pourtant pas à dissiper les doutes persistants sur la sincérité du parti marxiste à vouloir nouer des alliances. Et donc à faire des compromis et à se confronter à l’exercice du pouvoir. À Molenbeek, la section locale n’a jamais donné le sentiment de vouloir y aller. Contrairement à leurs camarades wallons, le groupe PTB était pourtant été indispensable à la coalition de Catherine Moureaux (PS). Avec le loisir de débrancher la prise plus tard si nécessaire.

Au final, la caravane passe et les deux partis aboient toujours. Le PS accuse le PTB d’irréalisme. Le second reproche au premier d’être à la botte du système capitaliste. « En même temps, ce n’est pas un parti habitué aux négociations. Il pouvait aussi y avoir une part d’amateurisme. C’est aussi un parti qui ne veut pas faire comme les autres et qui dit ‘Regardez, je négocie le programme là où les autres choisissent d’abord leurs partenaires’ », nuance Jean Faniel.

Le vrai gagnant : le MR

Le PTB est-il prêt à négocier avec le PS et Ecolo des coalitions de gauche ? Possible, mais le doute persiste en tout cas. Comme l’a fait remarquer Paul Magnette (PS), le parti ne s’est pas présenté face à la droite, mais dans les localités où… le PS était fort. Les deux formations sont donc des concurrents directs. Le PTB s’est-il dit qu’une victoire aux élections régionales et fédérales de mai 2019 passait par le refus de compromis ? Le PS qui n’a également pas fait beaucoup d’efforts pour réaliser les vœux de la FGTB veut-il éviter de renforcer la crédibilité d’un concurrent à gauche ? « C’est en tout cas difficile de savoir si les deux partis sortiront indemnes de cette séquence », lâche Jean Faniel. Le seul gagnant évident aujourd’hui, c’est… le MR. « Cela lui permet d’aller dans des majorités où il n’aurait pas pu ou voulu être si les deux autres s’étaient accordés », conclut le directeur général du Crisp.

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