Et si on partait en vacances en train ?

Grève des bagagistes, vols annulés, scandales et pollution de l’air… Et si on abandonnait le ciel pour les rails ? C’est en tout cas la proposition de plusieurs associations.

© Fabrizio Verrecchia / Unsplash

La grève du bagagiste Avia Partner a entraîné l’annulation de 110 vols ce lundi à l’aéroport de Bruxelles. Ce même lundi, un rapport de l’Agence européenne de l’environnement (AEE) conclut que la pollution de l’air constitue la première cause de mort prématurée dans 41 pays d’Europe. D’après l’AEE, la principale source de cette pollution invisible est le transport (routier et non routier).

Chaque année, 36,8 millions d’avions quadrillent le ciel. Sur un trajet de 500 km aller-retour (soit la distance Bruxelles-Zurich), entre 145 et 241 kg de CO2 par passager sont émis dans l’atmosphère. Ces derniers mois, les grèves et bad buzz qui ont touché le secteur de l’aviation ont entraîné une vague de mécontentement chez les voyageurs, certains appelant même au boycott de Ryanair (pour le mauvais traitement de ses employés, ou encore pour avoir mal géré une altercation raciste à bord d’un avion). Dès lors, une question peut se poser : devons-nous systématiquement prendre l’avion pour partir en vacances ?

« 100 millions de français vers l’Union Européenne »

L’association française Oui au train de nuit menait ce mois-ci une semaine d’action en France. Son message : « le train de nuit est une alternative efficace à l’avion » et serait « déjà en croissance en Europe ». L’ONG veut déployer un réseau complet d’Intercités de nuit. Il permettrai d’ici 2030 de diminuer le recours à l’avion sur les déplacements à l’échelle européenne. « L’Europe est un continent de taille réduite et le train de nuit est bien adapté pour des distances de 600 à 1500 km. Il va deux fois plus loin que le TGV qui reste pertinent entre 300 à 750 km. Sur les 150 millions de passagers aériens au départ de la France, 100 millions sont à destination de l’Union Européenne, et plus particulièrement des pays limitrophes. De nombreux voyages peuvent ainsi s’effectuer en train de nuit. Le gain pour le climat est donc considérable, pour un investissement relativement modéré, puisque l’infrastructure est déjà en place », explique l’association sur le site de Mediapart. Le collectif oragnisait ce mois-ci une dizaine de manifestation en France. Jeudi dernier, une centaine d’usagers et de cheminots défilaient à Strasbourg pour réclamer le retour des trains de nuit vers le sud, supprimés pas la SNCF en 2016.

Un appel mondial

Oui au train de nuit n’est pas le seul mouvement à promouvoir le train pour les voyages longue distance. La campagne mondiale Stay Grounded et l’appel européen Back on track visent aussi à réduire le nombre d’avions dans le ciel. Les objectifs de Stay Grounded sont clairs : lutter contre la construction de nouveaux aéroports (une centaine de nouveaux aéroports sont en projet dans le monde), contrer les privilèges accordés à l’industrie aéro-nautique, changer les habitudes de transport et migrer vers des alternatives moins gourmandes en énergie, et surtout moins polluantes.

Pour les organisateurs de la campagne Back on track, les trains internationaux et les trains de nuit font partie intégrante du trafic ferroviaire européen. Or, les trains de nuit seraient « négligés » ce qui serait « un indicateur fort d’un système ferroviaire désintégré et détérioré ». Pour renforcer le système ferroviaire européen, l’organisation considère que le secteur doit être subventionné « tant que les trains sont soumis à une concurrence déloyale, comme celle des avions ». Elle insiste pour que les trains restent du domaine public et non privé, que les billets soient facilement accessibles et abordables et que les trains de nuits relient « un grand nombre de villes et pays européens ». 

Chez nous, le service international de la SNCB permet de rouler vers la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suisse, l’Autriche et l’Italie. Le service public promeut aussi le pass Interrail qui permet à son détenteur de circuler sur les réseaux ferroviaires européens à un tarif avantageux.

Le charme des trains-couchettes

Avec leurs 1,4 millions de passagers par an, les trains de nuits autrichiens seraient l’exemple à suivre. « L’Autriche est pionnière avec son réseau d’Intercités de nuit ÖBB ‘nightjet’ », expliquent les membres de Oui au train de nuit. Le réseau permet d’éviter 12.000 vols intra-Européens et prévoit la mise en circulation de nouveaux trains et la construction de nouvelles lignes en 2019 et 2020. Certes, un trajet en train est plus long et plus éprouvant qu’un vol en avion de quelques heures. D’où l’importance du « de nuit ». L’association française le confirme : voyager de nuit, c’est s’assurer « une arrivée en centre-ville dès le matin, ce qui permet de profiter de journées entières à destination ». Nombreux sont alors les aventureux à tomber sous le charme des trains-couchettes. Dans son Manuel de l’antitourisme, le sociologue Rodolphe Christin préconise aussi les longues heures de route (en train, en bus, à vélo ou en voiture). Ces types de trajet seraient une partie constituante des vacances, car pour l’écrivain, celles-ci doivent commencer dès que le pas de la porte est franchi, et non une fois les valises posées au guichet de l’hôtel.

Séduits ou pas par ce genre de voyage, avec la montée des prix des hydrocarbures, le secteur de l’aviation et ses passagers devront de toute façon se réinventer. Pour Oui au train de nuit, la solution est toute trouvée : « la fiscalité devra tôt ou tard évoluer en faveur des mobilités peu énergivores. L’Intercité de nuit est donc une mobilité du futur ».

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