25% des migrants victimes de violences policières en Belgique: on fait le point

Un rapport publié par l’O.N.G. « Médecins du Monde » établit que 25% des migrants en transit ayant eu affaire à la Police ont subi des brutalités de leur part. Mise en relief.

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« Ce rapport est unilatéral, partiel et orienté » a estimé Vincent Gilles, du syndicat de police SLFP. « Sa préparation a été concertée avec les corps de l’Etat, qui, demain, seront chargés de trouver des solutions : Myria pour les migrants et le Comité P pour la Police » avait pourtant prévenu Pierre Verbeeren, le directeur général de l’O.N.G. La vérité a bien souvent deux visages. Particulièrement, en ces temps de « fake news ». Alors de quoi parle-t-on  exactement  ?

Le Protocole d’Istanbul

Pour objectiver la réalité, il y a des règles. Ceci dans tous les domaines : en médecine, en météorologie, en comptabilité… En matière de documentation sur les traitements dégradants, ces règles ont été édictées par l’O.N.U. dans un document qui porte le nom de « Protocole d’Istanbul ». Le rapport « Violences Policières envers les Migrants et les Réfugiés en Transit en Belgique » respecte ces règles. Il ne s’agit donc pas d’un document farfelu écrit par des « bobos-bisounours » voulant s’attaquer à des policiers forcement « fascistes » avides de se défouler sur une population obligatoirement « sans défense ».

Les chiffres

Depuis des années, les bénévoles ou travailleurs humanitaires en contact avec la population en migration, de passage chez nous, ont répercuté auprès de leur association respective des témoignages de violences physiques, verbales, des vols, des comportements inappropriés. Pour dépasser le stade « anecdotique » et lutter contre le bulldozer de l’émotion, Médecins du Monde a décidé d’envoyer 2 enquêteurs professionnels sur le terrain. Ceux-ci ont, durant les mois de mai, juin et juillet interrogé 440 personnes. Sur cet « échantillon », 110 ont fait état de brutalité policière. Un peu moins de la moitié de ceux-ci ont accepté de témoigner.

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Les actes

Il faut se garder de généraliser. Tout de même, quand on connaît la grande pudeur et la crainte qui règnent généralement dans la sociologie particulière qu’est la « transmigration » – quel vilain mot – il y a de quoi faire sourciller le plus convaincu des sceptiques. Sur les 51 témoignages détaillés recueillis, 33 font état de violences physiques, 39 de violences psychologiques. Pour deux tiers, ces violences ont eu lieu au commissariat. Quatorze des 51 récits détaillés provenaient de personnes mineures. Sept de ces 14 mineurs ont été battus ou mordus par des chiens durant leur arrestation. A deux d’entre eux, on a retiré les sous-vêtements de force. Bref, des faits qui interpellent, tant ils sont en contradiction avec l’idée qu’on se fait de nos valeureux et globalement sympathiques policiers.

Des circonstances atténuantes

On l’a dit : ce serait une erreur de qualifier le rapport de MdM de « fantaisiste ». Tout comme il faut se garder de condamner les pratiques d’une Police qui serait devenue trop prompte à dégainer la matraque. Non, les Policiers ne se sont pas mués en tourmenteurs de migrants. Mais les pressions exercées par le Gouvernement sur les hommes en bleu ont sans doute usé les nerfs de certains. En Belgique, il manque plus de 3500 policiers, en conséquence de quoi le rythme de travail est trop dense. Du reste le rapport de MdM est, sans doute, l’autre visage d’une vérité. Celle d’une profession qui s’est, récemment, mise « en arrêt maladie »

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