Pourquoi certains élèves n’ont pas encore d’école secondaire ?

À l'instar de la jeune Krystal, un certain nombre d'enfants ne sont pas encore scolarisés en première année à la veille de la Toussaint. Au-delà de cette situation particulière, c'est le manque de places dans des écoles de qualité en Fédération Wallonie-Bruxelles qui fait à nouveau surface.

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Ils sont à bout mais n’en démordent pas. Voilà bientôt deux mois que toute leur vie tourne autour de ce combat : inscrire leur fille dans l’école secondaire de leur choix. Pour Chantal et Didier, Krystal doit absolument obtenir une place au Lycée Maria Assumpta. La jeune fille de 12 ans a fait ses études de primaire dans cet établissement réputé pour sa qualité et situé dans le nord de la capitale. Il y a d’abord l’aspect pédagogique :tant l’excellente réputation du lycée que l’obligation du port l’uniforme leur plaît. La proximité géographique s’avère un autre atout de l’école. Celle-ci se trouve à quelques kilomètres du domicile familial. Il y a enfin et surtout le fragile état psychique de l’enfant. Plusieurs professionnels du monde de la santé ont confirmé dans leur rapport que l’enfant encaisse mal les changements et que poursuivre ses études dans l’école où elle était en primaire serait préférable.

« C’est une fille stressée et anxieuse. Elle a subi un choc émotionnel à l’âge de 8 ans en raison de circonstances personnelles. En 2014, elle a commencé à avoir des soucis de santé avec un mal au ventre et une peur de vomir quand quelque chose ne va pas. Depuis deux trois ans, quand on part en vacances, il lui faut trois ou quatre jours pour s’habituer et se sentir mieux. Changer d’environnement est difficile pour elle », explique sa maman, 51 ans. « En plus de cette fragilité avérée au changement, il y a aussi le fait que je veux donner les meilleures chances pour réussir dans la vie à ma fille. Elle a 12 ans et c’est maintenant que tout se joue. Quand j’étais jeune, j’ai fréquenté des écoles qu’on appelle aujourd’hui des écoles poubelles et que je ne lui souhaite pas. Je veux qu’elle puisse sortir de l’école plus tard et être capable de réussir l’unif », enchaîne le papa, 46 ans.

La jeune fille se met à jour à domicile

Krystal passe aujourd’hui ses journées à la maison, se tenant à jour au fil des semaines par rapport à ses anciens amis de classe. « Je me sens mal. Quand irais-je à l’école? Je continue à faire mes devoirs. Je suis très très très déçu », lâche la jeune fille. Alors que s’est-il passé ? Il faut d’abord remonter au mois de mars dernier. À l’époque, en recevant un questionnaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ses parents sont invités à donner le nom des trois écoles de leur préférence. Et à préciser leurs premier et second choix. Ils ne mettront qu’un seul nom : Lycée Maria Assumpta. Ce n’est pas interdit et ils ne sont pas les seuls parents à procéder de la sorte. Le nombre total de questionnaires comportant un seul choix n’est pas même connu des autorités en raison du traitement confidentiel de la première phase procédure d’inscription. Seuls sont ouverts les questionnaires des élèves qui ne trouvent pas d’école dans l’établissement de leur premier choix.

Benjamin Denolf

937 parents ont formulé un seul choix

Pour cette année 2018-2019, 7.229 questionnaires ont dû faire dans un deuxième temps l’objet de l’attention de la CIRI (la Commission Interréseaux des Inscriptions). Parmi ceux-ci, 937 parents (13%) ont formulé un seul choix et 1.888 parents (26%) en ont fait deux, indique le cabinet de la ministre de l’Enseignement Marie-Martine Schyns (CDH).

Formuler plusieurs choix n’a pourtant aucun impact négatif sur la possibilité d’obtenir son premier choix jusqu’au 23 août à minuit. « En effet, si un élève obtient un deuxième, troisième, quatrième, … choix après le classement CIRI (mi-avril) et qu’il ne se désiste pas de son premier choix, il reste en liste d’attente dans son 1er choix. Si suite à l’évolution de la liste d’attente dans son premier choix, il obtient une place en ordre utile dans ce premier choix, il est automatiquement inscrit dans son premier choix et perd sa place dans l’autre établissement où il avait jusque-là une place en ordre utile », explique son porte-parole.

Pourquoi les parents de Krystal n’ont actuellement pas obtenu gain de cause malgré les courriers de deux avocats et plusieurs attestations rédigées par des médecins qu’ils ont consultés ? Tout d’abord, leur demande de recours aurait dû parvenir à la CIRI dans les dix jours qui suivent la réception de leur classement (mi-avril) de manière générale dans les plus bref délais. Et donc pas en septembre.

Un recours beaucoup trop tardif

Dans un courrier récent aux parents qui lui demandaient d’ouvrir une place pour leur fille pour raisons médicales exceptionnelles, son président de la CIRI Pierre Voglet réfute l’argument. « L’absence de scolarisation de Krystal qui est à l’origine de la dégradation de son état de santé (…) résulte de l’attitude de leurs parents et en particulier de leur décision de ne pas participer à la période des inscriptions ouverte le 23 avril alors même qu’il était hautement prévisible que compte tenu de son classement initial Krystal ne parviendrait pas à obtenir une place en ordre utile dans l’établissement désigné. Par conséquent, la CIRI a estimé que ces circonstances ne pouvaient s’assimiler à un ca de force majeure », fait-il savoir. De son côté, les parents insistent : ils sont passés en quelques mois de la 58e à la 1e place sur la liste d’attente. Alors comment pouvaient-ils savoir que cela n’irait pas ?

Quelques autres élèves non scolarisés

Combien d’enfants sont actuellement sans école ? Possiblement huit, selon le cabinet de Marie-Martine Schyns (CDH). « Le 2 octobre, quelque 18 élèves étaient toujours en liste d’attente dont – selon nos informations confirmées par les parents – trois sont inscrits dans une école privée, cinq étaient inscrits en Région flamande,1 est inscrit en Communauté française mais ne souhaitent pas nous dire dans quelle école (il n’est donc plus vraiment en liste d’attente), une poursuit sa scolarité à l’étranger, cinq veulent rester en liste d’attente (liste d’attente) et ne souhaitent pas indiquer comment ils remplissent l’obligation scolaire, trois sont injoignables », indique son porte-parole. Derrière le drame personnel, c’est le manque de places d’école de qualités qui resurgit. Et éventuellement le besoin pour certains parents d’avoir encore plus d’informations. Les parents de Krystal envisagent, pour leur part, d’aller devant le Conseil d’État. En cas de refus, ils se tourneront la mort dans l’âme vers une des quelques écoles avec encore de la place.

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