Le pacte d’excellence des bébés

Entre les listes d’attente interminables, les tarifs indécents et les discriminations, obtenir une place pour son nouveau-né est un parcours du combattant. Le "pacte d'excellence pour la petite enfance" de la ministre Greoli apportera-t-il les solutions?

Bébé © Unsplash

Les délais sont devenus complètement dingues. Au point qu’on conseille désormais aux parents d’inscrire leur bébé en crèche au troisième mois de grossesse, au minimum. Sans compter le coût qui pèse très lourd sur les revenus des jeunes parents.

Le coût de la crèche : entre 500 et 700 €

La ministre en charge de la Petite enfance entend réduire le coût de l’accueil de la petite famille pour une majorité de ménages et faire payer davantage aux parents les plus aisés. Elle présentera au gouvernement cette semaine une réforme des milieux d’accueil, sorte de « pacte d’excellence » du secteur. « On va réformer la participation financière des parents. Elle dépendra davantage de leurs revenus, pour rendre les crèches plus accessibles aux bas salaires. On va simplifier les tranches financières de référence. Aujourd’hui, payer 550, 600, 700 euros, ce n’est pas rare. Au final, la crèche coûtera moins cher pour une majorité de parents », explique Alda Greoli, sur Bel-RTL. La ministre annonce aussi mettre 48 millions d’euros sur la table pour ouvrir 2.000 nouvelles places en Wallonie, dont 963 réservées pour Liège et le Hainaut.

Un bébé sur trois a accès à une crèche

Ces mesures apporteront-elles un peu de lumière dans un tableau assez sombre? Entre 2005 et 2015, rapporte l’Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE), le nombre de places disponibles dans les crèches francophones est passé de 31.215 à 43.007 alors que le nombre d’enfants de moins de deux ans et demi a grimpé de 127.658 à 137.418. Autrement dit: moins d’un enfant sur trois (31,3 %) peut y passer ses journées, bien que les accords de Barcelone recommandent un minimum de 33 %. Étrange, explique Anne Teheux, responsable de la fédération des services maternels et infantiles de Vie féminine, car “il ne viendrait pas à l’idée que 30 % de la population ait accès à l’école ou aux hôpitaux…”. C’est pourquoi les pays nordiques, menés par la Finlande, ont décidé de garantir une place à chacun de leurs marmots dès leur premier anniversaire.

Ce n’est pas que de l’accueil

Le rôle des crèches ne se limite de fait plus au service de garderie qu’on lui prêtait lors de leur création dans les années 70, au moment où les femmes se sont massivement mises au boulot. Aujourd’hui, convient Anne Teheux, l’accueil a aussi un rôle social et éducatif. “C’est important que les enfants puissent être socialisés. Investir maintenant dans les crèches, c’est offrir des chances à l’enfant de pouvoir se développer harmonieusement dans le futur.” Chez nous, personne n’ose pourtant revendiquer une couverture totale. Les acteurs de terrain se montreraient déjà satisfaits, disent-ils, si les plans “Cigogne” successifs – 14.849 places supplémentaires avant 2022 – atteignaient leurs objectifs, tant l’espoir que cela se produise semble faible.

Beaucoup d’inégalités

Comme si la pénurie ne suffisait pas, la politique d’accueil de la petite enfance en Belgique est extrêmement inégalitaire. Le Hainaut est la province la plus mal lotie (27,7 % de taux de couverture) et le Brabant wallon la plus avantagée (49,2 %). À Bruxelles, le taux n’est que de 26,5 %, avec des différences considérables entre les communes: 17 % à Koekelberg, pour 67 % à Etterbeek. Auteur d’une étude de 10 ans sur l’accueil de la petite enfance, Alain Dubois, sociologue au Centre d’expertise et des ressources pour l’enfance (Cere), a une explication. Les crèches subventionnées (environ 70 %) doivent adapter leurs tarifs selon le principe de participation financière parentale (PFP). À la journée, les tarifs oscillent dans ce cadre entre 2,49 € pour les plus bas revenus (moins de 1.005,71 € par mois par ménage) à 34,67 € (à partir de 6.176,76 € par mois par ménage) pour une moyenne de 15,90 €. Or, les subventions publiques octroyées aux crèches ne dépassent jamais les 70 % du coût réel.

Les entrepreneurs, les responsables de crèches doivent financer cette partie de leur poche. “Les privées subventionnées ont donc intérêt à privilégier les communes riches où les citoyens ont de hauts revenus, lance Alain Dubois. D’autant qu’aucune loi n’impose aux communes un taux de couverture minimum. Alors, personne ne répond aux appels à projets des communes les plus défavorisées et la pénurie y est plus importante.” Le secteur privé non subventionné (crèches, maisons d’enfants, accueillants, etc.) ne s’intéresse pas non plus à ces communes. Ces établissements peuvent appliquer les tarifs qu’ils souhaitent, sans plafond. Ils s’installent par conséquent dans des zones où les clients sont prêts à payer jusqu’à 1.000 € pour un accueil mensuel à temps plein. Leurs clients ne viennent pour autant pas uniquement des milieux aisés. Ces lieux d’accueil demeurent parfois la seule option pour les parents sur des listes d’attente trop longues.

Le projet de la ministre Greoli vise non seulement à la simplification mais surtout au renforcement de la qualité et de l’accessibilité pour toutes les familles. Il devrait être vôté encore sous cette législature.

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