Hausse des prix et lutte contre les moteurs diesel : le premier pas vers une ville verte ?

Le prix du diesel augmente et certains véhicules l’utilisant sont interdits dans plusieurs villes comme Bruxelles. Cette disgrâce du diesel est-elle annonciatrice de villes plus écoresponsables ?

© Alexander Popov / Unsplash

À 1,63€, le diesel n’a jamais été aussi cher qu’aujourd’hui. Mais ses utilisateurs soufflent déjà, puisque son prix redescend déjà dès demain de 2,6 centimes par litre pour le diesel B7 et B10 et de 4,8 centimes pour le diesel XTL. « Attendez demain pour faire le plein et économiser environ 1,60 euro sur votre plein de 60 litres », annonce joyeusement Carbu.com.

Depuis quelque temps, le diesel ne jouit pas d’une belle réputation. Outre son prix de plus en plus cher (une augmentation de + 22,3% en à peine un an), son empreinte écologique est de plus en plus critiquée. Diesel ou essence, les deux émettent des polluants comme le dioxyde de carbone ou les monoxydes d’azote. Mais le diesel émet aussi du dioxyde d’azote et des benzopyrènes, ces dernières étant des particules fines réputées cancérigènes et suspectées d’être responsables d’allergies, et de maladies cardio-pulmonaires. À Bruxelles, on considère que 47% des concentrations en dioxyde d’azote mesurées dans l’air seraient dues au trafic. Pour lutter contre cette pollution, la Région de Bruxelles-Capitale a instauré depuis le 1er janvier 2018 la « Zone de basse émission (LEZ) », soit l’interdiction de circuler pour certains véhicules à moteur diesel jugés trop polluants. Depuis le début du mois d’octobre, les avertissements que risquaient les conducteurs rebelles se sont transformés en amendes de 350 euros.

De Paris à Tokyo

La Belgique n’est pas la seule à se lancer dans la lutte contre le diesel . La Chine, le Royaume-Uni, la France, l’Inde et d’autres nations ont chacune annoncé leur plan pour supprimer progressivement les véhicules équipés de moteur à combustion interne. Dans certaines villes, des mesures ont été prises pour éliminer les moteurs diesel d’ici 2018 (Hambourg), 2019 (Oslo) ou 2025 (Madrid, Bruxelles, Athènes). Tokyo fait figure de précurseur dans cette liste puisque la ville interdit les diesels depuis 2003. Cette stratégie est-elle une première étape vers des villes plus vertes et respirables ? Dans la capitale japonaise, cette interdiction aurait fait diminuer le taux de mortalité par maladie pulmonaire de 22%. La ville a également vu son taux de particules fines baisser de 50% entre 2001 et 2011.

Malgré cet exemple probant, « très peu de pays ont pris des mesures législatives concernant des programmes d’incitation ou l’arrêt des ventes de véhicules ICE (moteur à combustion interne, NDLR.), et les mesures législatives adoptées sont non contraignantes », regrette le dernier rapport (2018) du Center for Climate Protection (CCP). « De manière générale, les experts affirment que les gouvernements se concentrent trop sur le court terme », continue le rapport. Selon Dustin Benton, directeur des politiques chez Green Alliance, « si nous continuons à construire et à acheter des voitures polluantes, nous manquerons l’opportunité de croissance de ce siècle ». Selon lui, les gouvernements risquent aussi de manquer aux engagements internationaux en matière de lutte contre le changement climatique s’ils n’accélèrent pas de manière significative leurs exigences en matière de réduction des émissions dans le secteur des transports. Car si plusieurs pays s’engagent vers une prohibition totale des moteurs diesel et/ou essence, ces interdictions n’entreront en vigueur « que » d’ici plusieurs années : 2025 pour Bruxelles, Madrid, Athènes et Mexico ; 2030 pour Auckland, Barcelone, Copenhague, Milan et Seattle. Avec parfois un degrés de progression que l’on connait aujourd’hui à Anvers, Gent, Mechelen et dans la capitale où certains modèles de véhicules sont progressivement interdits. Or, « quand les gouvernements agissent, les résultats sont impressionnants », explique le CCP. « Suite à la décision de la Cour fédérale allemande, qui a soutenu l’interdiction des véhicules à moteur diesel par les municipalités, les ventes de véhicules à moteur diesel ont chuté de 19,5% », continue le Centre.

Le mouvement vers des véhicules moins polluants a été fort médiatisé en octobre 2017, lorsque douze bourgmestres signent le Fossil-Fuel-Free Streets Declaration, créé par le réseau C40, engageant respectivement leur ville à s’équiper de bus 100% électriques d’ici 2025 et à des zones à zéro émissions d’ici 2030. Le C40, un groupe de villes engagés dans la luttre contre le changement climatique, part du principe qu’en matière de changement climatique, « les villes ont trois fois plus de chance de prendre des actions concrètes si un objectif a été défini ». Un avis aussi exprimé chez nous par deux figures importantes d’Ecolo : Jean-Marc Nollet et Patrick Dupriez. Reste à voir si la récente victoire des Verts dans certaines communes va amplifier cette impulsion vers moins de voitures polluantes.

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