Que signifie le succès des Verts ?

Les verts enregistrent de nettes progressions à Bruxelles et en Wallonie. Ce succès électoral traduit-il une prise de conscience écologique du citoyen ? Et est-il annonciateur d'un changement politique aux prochaines élections ?

© Belga Image

« Les citoyens ont réclamé une alternative, ils ont choisi Ecolo » a clamé hier soir Zakia Khattabi, co-présidente du parti vert francophone. « Nous voulions apporter des réponses à la crise climatique. Nous voulions assainir la politique. Aujourd’hui, on peut le faire ! »,a-t-elle poursuivi.

À Bruxelles et en Wallonie, impossible de nier cette fameuse « vague verte ». Dans la capitale, le parti enregistre une progression dans toutes les communes, à l’exception de Molenbeek, remportant le mayorat à Forest (Stéphane Roberti), Watermal-Boitsfort (Olivier Deleuze) et Ixelles (Christos Doulkeridis).

À Bruxelles ville, le parti a scellé une coalition avec la majorité PS. Invité ce matin sur La Première, Benoit Hellings se réjouit d’avoir atteint son but : « Nous avions comme objectif d’être premier ou deuxième, donc notre objectif est atteint puisque nous sommes deuxième ». Il s’expliquait aussi sur la coalition avec le parti socialiste : « On va devoir travailler avec Philippe Close au renouveau du PS et de la Ville de Bruxelles et c’est le sens de l’engagement que nous avons pris cette nuit avec lui. Il a accepté que nous fassions partie d’une majorité autour des thématiques qui nous sont chères. Nous allons travailler à la réalisation d’un accord de majorité qui va faire en sorte que toutes les catastrophes qui se sont passées les 6 dernières années à la Ville de Bruxelles ne puissent jamais se reproduire et que la Ville soit un exemple en matière de développement durable et de gouvernance », évoquant sans surprises les différents scandales qui ont secoué la ville, comme l’affaire du Samusocial.

Diriger autrement

Pour Vaïa Demertzis, politologue chargée de recherche au CRISP, c’est bien ce signal de « bonne gouvernance » qui aurait poussé certains électeurs à voter pour Ecolo, plutôt que l’enjeu climatique : « Les écologistes n’ont pas nécessairement fait campagne dans les commune sur le réchauffement climatique, mais plutôt sur le développement durable et surtout sur la transparence et une manière différente de faire de la politique », explique-t-elle. « Ecolo a beaucoup fait campagne sur les notions de décumul, d’éthique en politique, de transparence, de retour vers le citoyen. Je pense que c’est clairement ça qui a payé dans son évolution ».

Nier la prise de conscience écologique que pourrait refléter le succès d’Ecolo serait néanmoins ridicule. « On ne peut pas exclure l’hypothèse environnementale, clarifie la politologue, mais rien n’indique qu’il s’agisse de l’hypothèse privilégiée. Il peut bien entendu y avoir les deux ». Quant à l’efficacité du parti sur les enjeux climatiques globaux, Jean-Marc Nollet rappelait hier soir que « 60% des mesures contre le dérèglement climatique peuvent être prises au niveau communal », faisant donc des communes « un très bon levier pour Ecolo ». « Par rapport aux grands enjeux du climat, 40 à 60 % des solutions sont entre les mains des villes et des collectivités territoriales. Les gens se disent que ce sont des trucs pour l’ONU ou L’UE, mais non », rappelait aussi Patrick Dupriez dans nos pages.

La montée d’Ecolo est aussi à mettre en perspective avec celle du PTB qui progresse également à Bruxelles et en Wallonie. « Ils montent tous les deux. Or, le PTB n’est pas du tout dans une perspective de développement durable ou de lutte contre le réchauffement climatique ; et les deux partis ne se prennent pas de voix l’un l’autre. On peut en déduire qu’Ecolo fait les frais positifs d’une certaine volonté de faire confiance à des partis différents », analyse Vaïa Demertzis. Face aux partis « traditionnels » (MR, PS et cdH), Ecolo se révèle alors être « une alternative crédible » pour signaler le refus d’une certaine manière de gouverner.

Après les élections, l’action

« Aujourd’hui nous appelons à respecter le signal de l’électeur et à former des majorités de vainqueurs », clamait Zakia Khattabi hier soir. Le parti va-t-il réussir à transformer ce signal en réelle prise de pouvoir ? À Bruxelles, les verts semblent en tout cas avoir réussi. En montée nette dans 18 communes sur 19, Ecolo scelle des coalitions afin de gouverner. « La consigne d’Ecolo était assez claire, ça devait être : ‘On monte partout où c’est possible et on n’hésite pas’. On le voit bien à Bruxelles-ville où ils n’ont pas hésité à s’allier avec le PS. Ils sont clairement en train de transformer le paysage politique à Bruxelles, c’est évident », explique la politologue. La « vague verte » d’hier soir se serait transformée ce matin à Bruxelles en prise de pouvoir concrète.

En Wallonie, là où sa progression est moins marquée, la situation est moins claire. « On ne peut pas dire qu’Ecolo soit incontournable en Wallonie comme il l’est à Bruxelles. La consigne était claire : on bétonne Bruxelles le plus vite possible, et puis on voit ce qui se passe en Wallonie », poursuit Vaïa Demertzis.

Cette montée au pouvoir communal est-elle annonciatrice d’une poussée verte aux prochaines élections de mai 2019 ? « On peut le supposer d’après les provinciales ». Effectivement, Ecolo (en Wallonie) et Groen (en Flandre) enregistrent également une progression dans toutes les provinces. « Ecolo et Groen travaillent souvent de concert pour monter ensemble. Cela veut dire que s’ils montent tous les deux maintenant au provincial dans une proportion plus ou moins semblable, on peut s’attendre à des campagnes concernant un renforcement des problématiques communes et la volonté de travailler en commun », prospecte Vaïa Demertzis, tout en appelant à la prudence : « Il peut se passer beaucoup de choses en sept mois, on n’est jamais à l’abris d’une surprise ».

Sur le même sujet
Plus d'actualité