Cinq leçons des élections pour 2019

Aucune élection n’avait pris le pouls de la Belgique depuis cinq ans et c’est un rythme saccadé qui a été enregistré ce 14 octobre. Les électeurs ont engendré un embryon électoral fédéral totalement surprenant, et extrêmement complexe, ce dimanche. Voici cinq enseignements qu'on peut en tirer.

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L’embryon fédéral aura sept mois pour se développer et devenir le nouveau destin de notre pays. Pour en prendre la photo, nous nous sommes basés sur les projections de sièges calculés par l’institut Vives de la KULeuven à partir des choix effectués par les électeurs au niveau des provinces. Rien n’est joué, mais tout est redistribué selon une arithmétique neuve qu’aucun sondage n’avait réellement captée.

1. La poussée des extrêmes.

Les électeurs ont fait vaciller les absolus et les maîtres du jeu. Le Vlaams Belang a repris du terrain sur la droite de la droite à la N-VA. Le PTB a taillé des croupières au PS sur la gauche de la gauche. La N-VA reste le premier parti de Flandre. Bart De Wever reste le maître d’Anvers. Mais il a néanmoins perdu de sa toute-puissance et un cinquième de ses électeurs.

Le pari nationaliste de réduire en miettes le Vlaams Belang est pour l’heure en train de virer à l’aigre. Si les Flamands avaient voté pour le fédéral et le régional, la N-VA aurait perdu neuf sièges à la Chambre et onze au Parlement flamand. Le regain du Vlaams Belang se traduirait par sept sièges en plus à la Chambre et onze au Parlement flamand avec un score qui grimpe de 5,8% et culmine à 13%. Le PTB, lui, emporterait cinq sièges au niveau fédéral et huit au parlement wallon.

2. Aucune prime au pouvoir pour la Suédoise.

La coalition fédérale actuelle n’obtiendrait plus de majorité à la Chambre. Impossible de reconduire un gouvernement Michel II avec la projection décidée par les électeurs. Tant les pertes de la N-VA que celle du MR (trois sièges en moins) conduisent à une minorité de 73 sièges seulement.

3. Des sanctions pour les affaires.

Le PS ne ressort pas laminé de ces élections. Mais les pertes sont néanmoins sévères. Le PS enregistre un score de 24,8% en Wallonie alors qu’il avait encore 30,90% des voix. C’est une chute de 6,1% qui dessine un paysage où tout de même un quart des Wallons reste socialiste.

4. Un axe vert comme charnière.

Dans un paysage plus déchiré que jamais entre un nord du pays nationaliste et de droite et un sud du pays à gauche, un axe vert se dessine comme une charnière commune possible avec une poussée écologiste des deux côtés. Groen prendrait six sièges à la Chambre et huit au Parlement flamand. Écolo gagnerait cinq sièges à la Chambre et huit au Parlement wallon.

5. Trois coalitions rendues possibles.

Si la Suédoise est rendue impossible à reconduire, trois tripartites neuves pourraient être une option. Un arc-en-ciel devient une option avec une tripartite socialiste, libérale, écolo unie au sud et au nord du pays. La tripartite classique avec les trois partis traditionnels (PS-MR-cdH) est possible mathématiquement, mais difficile à concevoir à ce stade sur un plan à la fois politique et de respect des électeurs. Troisième option possible sur base des projections actuelles : une coalition PS-Écolo-cdH. La grande leçon, c’est que la N-VA ne serait plus à ce stade incontournable pour diriger le pays.

Mais bien entendu, la campagne ne fait que commencer et les choix provinciaux ne disent pas tout de ce que voudront les électeurs, à la fois pour leur pays et leur région et également après neuf mois de combats qui seront assurément rudes.

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