Pourquoi les statistiques liées à la criminalité sont en baisse constante en Belgique?

Le nombre de procès-verbaux policiers dressés en Belgique n’a jamais été aussi faible depuis l’an 2000. Une tendance positive et observée plus globalement à l’échelon européen mais qui cache aussi une réalité plus sombre: l’explosion de la cybercriminalité.

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La criminalité a baissé ces 10 dernières années de manière spectaculaire en Belgique et la tendance est plus forte à Bruxelles (20%) que la moyenne nationale (15%). Pourtant la population a augmenté, durant la même période de 15,5 % dans la capitale. C’est ce que rapporte cette semaine Le Soir sur base du premier rapport de l’organe régional Bruxelles prévention et sécurité (BPS). En une décennie, il ressort ainsi que le nombre de faits recensés est passé de 181.189 à 145.493. Alors qu’est-ce qui explique cette baisse ? Le quotidien ne se penche pas sur les causes possibles. Comme nous allons le voir ci-dessous, c’est surtout les vols liés à la propriété (voitures, magasins, domicile) qui font baisser les chiffres partout dans le pays. La diminution plus marquée dans la capitale pourrait s’expliquer, pour sa part, à… la présence militaire dans l’espace public décidée dans la foulée des attentats de 2015 et 2016.

Une tendance générale et qui n’est pas récente

Tout d’abord, disons-le d’emblée  : la plupart des chiffres de BPS ne sont pas nouveaux. Ils sont disponibles dans le dernier rapport de la police fédérale. Au niveau national, le nombre de faits recensés est ainsi passé, entre 2007 et 2017, de 1.002.857 à 860.604 (15%). Au sud du pays, les statistiques chutent ainsi de 10% durant cette période, passant de 331.530 à 297.434. Du côté flamand, les chiffres diminuent de 489.275 à 417.599 (15%). Dans son rapport, la police fédérale livre deux possibles raisons à cette diminution  : la difficulté croissante de commettre des délits en passant inaperçu et… une population qui aurait moins tendance à porter plainte. « À cause de la multiplication des caméras, de la prévention des cambriolages, de la présence policière et militaire dans les rues, il est plus difficile de commettre des délits. Une moindre propension de la population à déposer plainte expliquerait également cette diminution des chiffres », lit-on dans le document.
Un contrôle social accru, des systèmes de sécurité performants… et des militaires

« Il y a de plus en plus de demande de la part des politiques et des citoyens pour la mise en place de ce qu’on appelle des partenariats locaux de prévention. Cela crée quoi  ? Des collaborations qui mettent du lien social entre les citoyens. Les gens apprennent à se connaître, ce qui contribue au renforcement du contrôle social », observe Stéphanie Hugo, porte-parole de la zone Marlow (Uccle, Auderghem et Boitsfort). «Avec les caméras de surveillance qui sont installées, cela devient plus difficile de faire quelque chose sans que l’on vous voit. Il y a aussi tous ces systèmes de sécurité dans les voitures ou les domiciles dont l’amélioration rend plus difficile les tentatives de vol  », explique Johan Berckmans, de la zone Bruxelles-Ouest, qui couvre entre autres Molenbeek. « Ce sont surtout les faits pour vols à la propriété qui font chuter les chiffres. Et oui, les systèmes de sécurisation sont de plus en plus performants. Il est aussi probable, même si on ne peut le prouver avec certitude que la présence militaire dans les rues de Bruxelles a rendu plus difficile ou dissuader des vols », indique Michaël Dantinne, docteur en criminologie à ULiège.

Une criminalité en baisse, vraiment  ?

En réalité, les statistiques liées à la criminalité ne sont jamais que le reflet de l’activité de l’appareil de sécurité. Ils offrent une vision biaisée de ce qui se passe vraiment sur le terrain, explique Michaël Dantinne. « Les statistiques proviennent de deux sources  : les plaintes que les gens font et les procès-verbaux que la police dresse par ailleurs. Il y a toujours une partie de la criminalité qui est cachée, notamment parce que les gens ne veulent pas aller porter plainte ou ne sont pas au courant qu’on leur a porté préjudice. Pour donner un exemple, dans le cas des vols de voiture, on a des chiffres qui se rapprochent très fort de la réalité, car les gens ont souvent besoin de porter plainte pour leur assurance. Pour la criminalité informatique, les statistiques sont très en deçà de la réalité », explique le criminologue. Les réseaux criminels ont-ils abandonné la rue pour faire de la toile leur terrain de jeu  ? C’est possible. Du côté de la zone Bruxelles-Ouest, on observe en tout cas dans certaines proportions un tel basculement. « On a donc formé des policiers pour lutter contre, mais cela reste encore très difficile », indique son porte-parole. La belle histoire de la criminalité en baisse est en tout cas plus nuancée qu’il n’y paraît au premier abord.

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