Patrick Dupriez : “on veut s’implanter dans les grandes villes »

Encore indécis pour les élections de dimanche? Moustique a rencontré chaque président de parti pour analyser les forces en jeu. Écolo, et Patrick Dupriez, proposent le vote pleinement engagé

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Patrick Dupriez défend les troupes écologistes, avec ses petits papiers, son sourire timide et ses yeux lumineux. Devant le mur vert de son bureau, il dresse la feuille de route écologiste. Les communales sont une bataille engagée.

Quel est le mot d’ordre pour ces élections?

 
Patrick Dupriez – Nos candidats s’inscrivent dans le cadre d’un projet et d’une vision dépassant le niveau communal. Nous voulons articuler les mobilisations communale et globale autour des questions de transition écologique. C’est crucial: par rapport aux grands enjeux du climat, 40 à 60 % des solutions sont entre les mains des villes et des collectivités territoriales. Les gens se disent que ce sont des trucs pour l’ONU ou L’UE, mais non.
 

La démission de Nicolas Hulot ne vous décourage pas? Peut-on faire de l’écologie politique sans perdre son âme?

Pas son âme. La démission de Nicolas prouve le contraire même si cela peut être ressenti, aussi pour moi, comme un message désespérant. Même en étant ministre d’un gouvernement avec un background aussi fort que le sien, Nicolas Hulot devait se résigner à une politique des petits pas. Cela illustre le déni irresponsable de la plupart des décideurs politiques. Le message de Nicolas Hulot, c’est aussi de dire que tout seul, il n’y est pas arrivé et que pour que ça marche, il faut une mobilisation sociétale large. Les gouvernements ne sont pas à la hauteur des enjeux. Pour faire face au déni, au cynisme et à l’incompétence des gouvernements, il faut une mobilisation générale. Dans toutes les sphères de la société, il y a des gens qui se disent qu’il faut changer tout le fonctionnement. Mais ils ne sont pas nécessairement connectés et organisés. Or, en face d’eux, ils sont très bien organisés.
 

Écolo est vraiment organisé pour offrir l’alternative?

 
En Belgique, nous sommes prêts. Nous nous sommes reconnectés avec la société. C’est notre force. Mais ce n’est pas suffisant. Même si on fait de bons scores, si on participe à plus de majorités, ce n’est pas assez si la mobilisation n’est pas plus large.
 

Et donc votre slogan, c’est “Être engagé ensemble”…

On n’aura pas raison tout seuls ni sur le fond ni dans la capacité à changer. On veut des communes partenaires avec l’idée de participation de tous mais aussi de bienveillance entre tous. Il y a plein de bonne volonté et les communes sont le meilleur endroit pour créer des dynamiques avec les gens. C’est l’inverse du clientélisme, du service rendu pour une voix en retour, qui gangrène la démocratie.
 

Plus d’écologie politique, ce sera moins de clientélisme?

À fond. Le clientélisme est particulièrement fort au niveau communal et provincial. Or, chaque passe-droit qu’on accorde, chaque décision prise pour augmenter ou maintenir son pouvoir personnel va à l’encontre de l’intérêt général. Et au-delà de ça, cela donne une image désespérante de la démocratie. Le défi est de faire fonctionner les communes efficacement. Plus personne ne devrait aller voir un élu pour avoir un logement ou un emploi. La responsabilité de l’élu, c’est que l’administration fonctionne bien et assure un traitement équitable.
 

Vous espérez avoir plus de bourgmestres…

 
Oui. Ce n’est pas simple puisqu’il faut que le bourgmestre obtienne le plus de voix sur la plus grosse liste. Mais on veut s’implanter dans les grosses villes. On est souvent présents dans des entités de moins de 20.000 habitants. Donc il y a un enjeu. Namur, on y est. Liège est en ligne de mire. L’enjeu est de déverrouiller les préaccords, là où les forces dominantes s’arrangent pour rester entre elles pour qu’on ne mette pas le nez dans leurs affaires. À Liège, c’est vraiment un enjeu. On est présents dans 48 majorités et on espère augmenter pour montrer que l’écologie ça fonctionne, y compris dans les oppositions. On a vu à quel point les élus de l’opposition étaient importants ces derniers mois.
 

Toutes les alliances sont-elles possibles pour Écolo?

 
On n’a pas au niveau local d’orientation privilégiée avec un parti. Et c’est important car au niveau local, les enjeux sont très variables. Dans le Hainaut, il y a un enjeu démocratique et de progrès à dépasser la mainmise du PS qui est en majorité absolue depuis cent ans, pour une question de démocratie. Et ailleurs, on peut s’allier avec le PS parce qu’il y a des jeunes avec une vision progressiste de la situation. La bonne analyse, c’est de voir ce qui est possible comme alliance sur la base de la situation locale. On vient avec une vision, de l’espoir de changement et des mains tendues.
 

Mais Écolo a aussi fait des préaccords, comme les autres…

 
Il y a quelques préaccords, mais avec la spécificité qu’ils ne sont jamais secrets. C’est transparent. À Louvain-la-Neuve ou à Etterbeek, c’est connu.
 

Un vote écolo n’est jamais perdu?

Jamais. Un vote dans l’opposition, c’est un vote qui a aussi du poids parce que ce sont des gens qui s’engagent pleinement.

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