Benoit Lutgen : « Non, nous ne sommes pas en train de mourir »

Encore indécis pour les élections de dimanche? Moustique a rencontré chaque président de parti pour analyser les forces en jeu. Le cdH et Benoit Lutgen proposent le vote d’ouverture, couleur orange mais sans sigle.

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L’entrée de Bastogne est dans les camions et la poussière, travaux et approche des élections obligent. On retrouve Benoît Lutgen dans la « maison du cdH » de son fief. Dans le salon, pour toute décoration, un bouquet de fleurs artificielles – mais orange – abandonné dans un coin. Le président du cdH dévore un burger local, siffle un verre d’eau et distribue les claques à gauche et à droite. Il connaît la mécanique centriste par cœur: c’est la boîte à musique qui a bercé son enfance.

Vous avez décidé de présenter très peu de listes sous le label cdH.

Benoît Lutgen – Ce n’est pas que je l’ai décidé, je l’ai souhaité. Après, c’est une décision qui appartient au niveau local. J’ai demandé aux mandataires il y a un an déjà de s’ouvrir un maximum à la population, de faire des listes de rassemblement de personnes autour de projets qui défendent des valeurs qui sont les nôtres: respect, tolérance, dignité humaine. J’ai dit clairement: faites des listes d’ouverture. Ce n’est pas un phénomène nouveau. En 2012, dans toutes les formations, on trouvait de telles listes.

C’est énorme cette fois-ci au cdH: plus de trois quarts des listes sans la marque du parti.

Sûrement pas. Au niveau local, les personnes votent d’abord pour des projets et des personnes avant de voter pour des étiquettes de parti, surtout dans les petites et moyennes villes. Et ces listes permettent d’abaisser les murs autour de personnes qui ne viendraient pas si elles devaient le faire sous une étiquette de parti. Donc, c’est une bonne chose.

Ces listes sont-elles vraiment humanistes?

Tous les candidats qui se présentent sur liste cdH ou se revendiquent cdH ont signé une charte. Et sinon, depuis la nuit des temps, il y a des listes ensemble, du bourgmestre, d’avenir… C’est toujours comme ça.

Le cdH sauve sa peau. L’étiquette de parti est moins porteuse.

Ça, c’est du discours de journaliste. Et au niveau provincial, le cdH se présente partout sous son sigle.

Des politologues prédisent depuis longtemps la mort de l’ancien PSC.

Ils ont dit ça aussi en 2014. Ils prédisaient 9 %. On a fait plus de 15 %. Alors les politologues, sondeurs en tout genre et cartomanciens… Un parti qui fait 15 % ne meurt pas. Par ailleurs, plus de 40 % des candidats sur les listes se présentent pour la première fois. Y compris dans les grandes villes comme à Liège.

C’est aussi parce qu’il a fallu faire des listes paritaires hommes-femmes, cette fois-ci.

Je l’avais déjà fait la fois passée à Bastogne. On a, au cdH, plus de ministres femmes que de ministres hommes. C’est la seule formation politique à pouvoir le dire. On est pour les femmes, au cdH.

Vous êtes serein. Pourtant vous êtes attaqué sur le terrain de Bastogne par votre frère.

Ça n’enlève rien à ma sérénité. C’est mon frère qui a présenté ça comme un duel, un match des sœurs Williams. Je n’ai rien d’autre à dire. C’est un constat qui pollue la campagne parce que Bastogne, c’est autre chose que les frères Lutgen. C’est 16.000 habitants qui se battent tous les jours pour leur ville, leur famille, eux-mêmes.

Vous serez victorieux?

Je préfère gagner. Bastogne va bien. Test-Achats la classe ville 5 étoiles. C’est la première attraction touristique de la province. C’est la seule ville à ne pas avoir augmenté ni les taxes ni les redevances durant six ans. Bastogne se développe au niveau des investissements. 22 entreprises vont venir s’installer avec la création de 300 emplois. C’est du job bien fait. Que l’élection se termine par une victoire ou une défaite, j’aurai le sentiment du travail collectif accompli.

En termes d’alliances, à quoi peut-on s’attendre? Est-ce qu’il y a un mot d’ordre anti-PS?

Non, non. Il y a un mot d’ordre anti-extrême gauche et anti-extrême droite. Je distingue les deux par le racisme qui n’appartient qu’à l’extrême droite. Mais la mécanique est souvent la même et c’est envoyer tout le monde dans le mur. Il faut voir ce qui se passe dans des pays portés par l’extrême gauche comme le Venezuela. Cette extrême gauche a été portée comme modèle absolu pendant longtemps par certains, parfois par des écolos. Je pense à Patrick Dupriez.

Donc rien avec le PP et le PTB?

Rien avec les extrêmes. Tous ces partis qui jouent sur les peurs et le populisme, c’est non. Le populisme monte partout et cette élection est un test chez nous pour les formations démocrates.

Sur le centre, vous êtes talonné par DéFI.

Monsieur Maingain regarde la Wallonie avec des jumelles d’approche depuis Bruxelles. Il ne s’y intéresse guère si ce n’est pour parader. Je vois des candidats chez DéFI qu’on connaît très bien parce qu’ils ont été par le passé dans d’autres formations politiques. Ils ont tous pour la plupart été au MR. Et je rappelle que Monsieur Maingain a été la succursale du MR pendant 25 ans. Il est maintenant la succursale du PS. Je l’ai vécu. Il se présente comme un parti de bonne gouvernance, mais il est aujourd’hui rattrapé par ses propres casseroles, comme à Molenbeek. Et puis, DéFI est le parti où il y a le plus de cumulards. Même le PS l’est moins aujourd’hui.

Il y aura des alliances avec le PS?

Ça dépend du résultat des élections. C’est ouvert.

Votre rejet du PS serait oublié. Paul Magnette n’a pas oublié, lui.

Paul Magnette est celui qui porte la plus grande responsabilité. Il n’a pas agi quand il y avait le feu dans la maison. Paul Magnette est brillant, intelligent, mais n’est pas un homme d’action.

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