Footgate : l’argent, un mal nécessaire

Coup de massue sur la planète foot. «L'affaire Bayat» vient remuer la sempiternelle question des fortunes qui se brassent autour du ballon rond, particulièrement lors des transferts. Et si le problème ne venait pas de l'argent, mais de ce qu'on en fait ?

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De nombreux experts, chroniqueurs et footballeurs du dimanche parlent du foot d’aujourd’hui comme d’une bulle prête à exploser. Une idée qui faisait consensus jusqu’à ce que Bastien Drut, stratégiste chez CPR Asset Management et auteur de Mercato, l’économie du football au 21e siècle, analyse le marché et soutienne que le foot-business, aujourd’hui totalement connecté à l’économie mondiale, a les reins solides. Sa voix dissonante a encore pris du poids après la parution d’une étude la BBC affirmant que la moitié des clubs de Premier League n’avaient plus besoin de leurs supporters pour faire du profit. Autrement dit, même en jouant dans un stade vide, les clubs anglais continuent à gagner de l’argent. Et ça, c’est du sport  ?

Dans votre livre, vous soutenez, au contraire de nombreux suiveurs, que le football n’est pas une bulle. Pourquoi ?

Les gens pensent que le football est devenu une bulle à cause de l’explosion des dépenses. Par dépense, j’entends les indemnités de transferts et la masse salariale des clubs, qui sont en effet en constante augmentation, surtout pour les plus grands d’entre eux. Mais ce que l’on ne dit jamais, c’est que ces grands clubs ont vu en parallèle leurs recettes fortement s’accroitre. Ils ont largement les moyens de financer leurs dépenses. Le montant du transfert de Neymar au Paris Saint-Germain l’an dernier (ndlr  : 222 millions d’euros) a choqué le grand public, à juste titre d’ailleurs. Mais cela en amène beaucoup à faire des raccourcis. Ceux qui se demandent comment un homme peut coûter autant oublient ce qu’un joueur comme Neymar va générer comme recettes pour son club acquéreur, en contrats de sponsoring, en droits télés…

Comment estime-t-on la valeur d’un joueur ?

Un bon joueur, comme Neymar, aura un impact sur les prestations de son équipe, qui ira probablement plus loin en Ligue des Champions avec lui. Et aura donc un impact financier, un bon parcours en LdC rapportant beaucoup d’argent. En outre, il amène avec lui sa notoriété. Sur les réseaux sociaux, Neymar a plus de poids que son nouveau club. Il permet donc au PSG d’être plus suivi à travers le monde et le club en profite pour signer de nouveaux contrats de sponsoring.

Les réseaux sociaux ont changé la donne ?

La valeur commerciale des joueurs a toujours existé mais elle a explosé avec l’émergence des réseaux sociaux. Avant, les clubs avaient du mal à valoriser l’amour que leur portaient les supporters aux quatre coins du monde. Aujourd’hui, il peut se monétiser, à travers les millions de followers.  

Le foot a-t-il atteint un plafond ?

Les dernières tendances montrent un accroissement constant des ressources des grands clubs, qui continuent de s’internationaliser. Le Barca va bientôt atteindre le milliard d’euros de chiffre d’affaires. Le problème reste la très mauvaise redistribution des ressources entre les clubs les plus puissants et les autres.

Dans Mercato, vous abordez également la fraude fiscale qui gangrène le foot. Les plus grands joueurs ont eu à payer de lourdes amendes car ils éludaient une partie de leurs impôts. Le fait de mettre des noms (Ronaldo, Messi, Falcao…) sur la fraude peut-il être un moyen de sensibiliser le grand public à une problématique généralisée ?

Le football pourrait en effet être un moyen de vulgariser l’évasion fiscale, qui concerne les personnes à très haut revenu comme de nombreux footballeurs. Il pourrait avoir un rôle pédagogique par rapport à ce problème. Mais l’opinion que se font les supporters de ces joueurs changera-t-elle  ?

Les supporters, justement, sont assez peu présents dans votre livre. Ont-ils encore leur mot à dire dans le foot d’aujourd’hui ?

Un milliardaire américain a récemment racheté une grosse partie des parts qui lui manquaient du club anglais d’Arsenal. Cela n’a pas plu du tout aux supporters, mais que peuvent-ils faire ? Je ne pense pas que l’on verra un jour poindre une insurrection des supporters à l’encontre des actions de leurs clubs. Des clubs qui sont assez malins pour, par exemple, ne pas trop augmenter le prix des places, alors qu’ils pourraient le faire. En fait, beaucoup de supporters ne considèrent pas ces questions économiques et acceptent le foot tel qu’il est.

Qui détient l’avenir du foot entre ses mains ?

C’est extrêmement difficile à dire. Je pense que les agents (les plus gros en tout cas) jouent un rôle aussi important que malsain aujourd’hui. Quand certains intermédiaires gagnent autant que les meilleurs joueurs, il y a un problème. Je le répète, cela provient également du manque de contrôle politique autour du foot. Des institutions comme la FIFA et l’UEFA font ce qu’elles veulent. Je ne m’explique pas cette absence politique. Il ne faut évidemment pas tomber dans un interventionnisme stupide mais le foot doit être régulé. Je ne comprends pas que la FIFA ne soit pas chapeautée par l’ONU par exemple.

Les milliardaires vont-ils continuer à investir dans le foot ?

Je le pense. Il s’agit d’une façon pour eux de se créer une notoriété en Europe, de faciliter certaines affaires et de faire partie d’un «  club  » très restreint. De plus, si avant ils étaient habitués à perdre de l’argent avec le foot, ils commencent à en gagner…

Enfin, le foot tel que nous le connaissons actuellement émerge en partie de l’arrêt Bosman. Aurait-on pu prévoir une telle évolution à l’époque ?

Ah ça non ! Je pense que personne n’avait imaginé une telle circulation de joueurs. Aujourd’hui il n’existe pratiquement plus aucune restriction, au niveau de la nationalité notamment. Aucun autre segment de l’économie n’est aussi globalisé que ne l’est foot. A mon avis, s’ils avaient su, les politiciens de l’époque auraient préféré éviter cela.

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