Les jeunes sont-ils téméraires en matière de sexe ?

Bien informés ne rime pas forcément avec bien protégé. Et quand internet et les réseaux sociaux s’en mêlent, les nouvelles pratiques prennent elles aussi le goût du risque. C'est ce qui ressort de notre enquête exclusive menée par l'institut de sondage Listen auprès des 15-24 ans et de leurs parents.

41081798630_de78a408cb_o

« C’est arrivé deux fois ». Marjorie, 22 ans, l’avoue. Par deux fois, elle a oublié le préservatif lors d’une relation sexuelle. Pas tellement par goût du risque, plutôt à cause de la frénésie de l’instant. Un cerveau trop alcoolisé pour y penser, un partenaire incapable d’avoir une érection avec le latex, et un moment que l’on ne pense plus à interrompre. « Ca arrive. Et même après, on n’en parle pas forcément ». Marjorie n’est pas la seule. Lors de notre enquête, un tiers des interrogés, principalement des 18-24 ans, ont dit avoir déjà eu une relation sexuelle non protégée. « C’est un chiffre à relativiser, tempère Sylvie Loumaye, psychologue et sexologue. Une relation sexuelle non protégée n’appelle pas automatiquement une prise de risque. Une partie d’entre eux pourrait avoir fait un test de dépistage avant de décider de se passer de préservatif avec un partenaire régulier.

Globalement, on observe également que le jeune est plutôt bien informé et connaît les risques en matière de transmission d’IST ou du VIH, comme le montre un sondage de l’UCL réalisé auprès de ses étudiants en 2016. Le préservatif serait donc volontiers dans la poche des jeunes et dans leur représentation de la sexualité. « L’usage du préservatif est un peu comme la ceinture de sécurité en voiture, avance la sexologue. On sait tous qu’il faut la mettre et les dangers que cela représente si on ne le fait pas. Le jeune sait qu’il devrait se protéger, mais il n’y arrive pas toujours pour toutes sortes de raisons liées au contexte, aux non-dits avec son partenaire…».

IST oubliées ?

Autre chiffre frappant de notre étude : l’attitude du jeune après un rapport non protégé. « Après la première fois, j’ai fait un dépistage. Après la seconde, il m’avait dit qu’il était clean, et je savais que moi aussi », se souvient Marjorie. Comme elle, un jeune sur quatre s’est fait dépisté ensuite. Comme elle également, presque la moitié d’entre eux n’ont tout simplement pris aucune mesure. « Les Infections Sexuellement Transmissibles (IST) sont en augmentation en Belgique, surtout chez les jeunes entre 15 et 30 ans  », indique l’ASBL Sida’sos. Parmi elles, l’infection à la Chlamydia, l’IST la plus fréquente chez nous, connaît une augmentation d’en moyenne 16% par an et sa population préférée sont les jeunes de 15 à 30 ans  ! « On connaît le risque, mais on a un peu l’impression que ça n’arrive qu’aux autres. Et parfois, dans le feu de l’action, on n’y pense plus vraiment. » Téméraires, les jeunes ?  « L’adolescent est aussi plus sujet au passage à l’acte qu’un enfant ou un adulte, rappelle la sexologue. Il a une propension à se mettre un peu en danger parce qu’il a une soif de découvrir, d’aller vers l’inconnu. Ça lui fait moins peur que l’adulte plus raisonnable qui connaît déjà les conséquences de ce genre d’action. Mais on constate que si on prend le temps d’expliquer et de donner une bonne information sur les risques encourus, le jeune sera plus raisonnable ».

Réseaux sexiaux

La bonne information, faut-il encore la trouver. Internet regorge d’images, d’informations ou de références au sexe. Et les jeunes, massivement présent sur la toile – 98% des 16-24 ans ont utilisé internet au cours des trois derniers mois -, sont les premiers touchés. Plus deux tiers d’entre eux regardent des images ou vidéos en ligne et la moitié surfe sur internet lorsqu’ils veulent en savoir plus sur un sujet. Le web est devenu l’outil de prédilection. « Il y a une explosion de l’information, explique Sylvie Loumaye. Avec comme conséquence une mésinformation des jeunes sur le sujet. La pornographie, facile d’accès sur internet, influence la manière dont ils envisagent la sexualité. La fellation et le cunnilingus sont devenus banals par exemple. L’adolescent va avoir tendance à recopier ce qu’il voit et penser que c’est comme ça qu’il faut faire. »

Sur internet et les réseaux sociaux, le jeune retrouve aussi sa propension à prendre des risques ou adopter des comportements qu’il n’aurait jamais eu sans écran interposé. « Les transgressions sont beaucoup plus insidieuses. En apparence, le jeune est dans sa chambre, chez lui, tout se passe bien. En réalité, ce qui se cache derrière l’écran est peut-être pire », rappelle Philippe van Meerbeeck, grande figure de la psychanalyse pour ados. Flirter avec un inconnu par écran interposé, diffuser ses ébats, se photographier nu… «On a le sentiment que derrière l’écran il y a moins de tabous, qu’il nous protège et qu’on est anonyme. Ce côté ‘caché’ nous désinhibe et nous amène à faire des choses que l’on ne ferait pas sans », précise Sylvie Loumaye. C’est sûr qu’envoyer des photos de soi dénudé semble beaucoup plus facile que de se déshabiller devant des milliers de personnes. En réalité, le web n’a pas ‘inventé’ grand-chose. La pornographie, les photographies, les coups d’un soir existaient déjà. « Ce sont les supports qui ont changé et ce que ceux-ci impliquent  : une large diffusion, et tout cela dans un certain confort pratique puisque l’on peut tout faire, tout voir pratiquement depuis son fauteuil ».

Conseil parental avisé

Sur la question des rapports sexuels, parents et enfants ne sont pas dans le même monde. Les perceptions des uns sont loin des réalités des autres. « On manque de mots pour en parler. Les adultes ne sont pas outillés. Mal à l’aise, ils ne savent pas comment faire. De même, les jeunes n’ont souvent pas l’intention ni l’envie de dévoiler cette partie de leur vie à leurs parents. Ce n’est pas par manque de confiance, plutôt une volonté de garder leur jardin secret. » Alors si l’un et l’autre ne peuvent pas s’entendre sur le sujet, place aux relais  : un planning familial, un proche de la famille… Les spécialistes sont formels : la sexualité, il faut en parler. Mais pour pouvoir le faire, il faut aussi connaître ce que vit la jeunesse d’aujourd’hui et comment elle le vit. Paradoxalement, la sexe se montre partout : une pub, un film, un clip, mais ne se dit pas (encore).

Pour découvrir la totalité des résultats de notre enquête « Sexe, drogue, alcool et réseaux sociaux : les jeunes en péril ? », rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

Sur le même sujet
Plus d'actualité