Les chiens aboient, le Code passe

La législation wallonne sur le bien-être animal vient d’être adoptée. Une première qui nous vaut les projecteurs des pays voisins. Parce que c’est un basculement sociétal.

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Le Code du bien-être animal est une bible. Douze chapitres et 109 articles. Nos disciples les animaux de compagnie, les poules, les chevaux, les vaches, les NAC (nouveaux animaux de compagnie) vont pouvoir couler des jours plus heureux sous notre ciel. On ne pourra plus faire d’eux ce qu’on veut, les transporter ou les mettre à mort dans n’importe quelles conditions. Et surtout gare à celui qui portera désormais la main sur nos compagnons à poil ou à plume. La répression en cas d’infraction en Wallonie sera désormais l’une des plus sévères au monde. Le Code wallon du bien-être animal a été adopté à l’unanimité de tous nos députés, moins deux petites abstentions.

C’est un changement de paradigme, celui d’une société où chaque être vivant a droit au respect et au bonheur. La Wallonie vient de prendre une bonne longueur d’avance en la matière. C’est presque une primeur mondiale. “Mais la Suisse va bien plus loin encore, affirme Marc Vandenheede, éthologue à l’ULiège et à l’UCLouvain. Le Code wallon offre l’avantage de clarifier la législation avec des textes qui étaient jusqu’ici divers et variés. Il rend tout plus clair et plus lisible. Et dire au public qu’un animal est un être sensible et n’est pas un objet est une avancée.” La science nous éclaire de plus en plus sur leurs besoins physiologiques, ontologiques mais aussi comportementaux. Un animal est un être qui a une santé men-tale, des émotions et donc un risque de souffrance. “On a donc une responsabilité vis-à-vis d’eux. On doit leur offrir des conditions de vie et de mort décentes, donc sans souffrance”, poursuit l’éthologue. Le Code va jusque-là. Il impose notamment des caméras dans les abattoirs.

Le système actuel de production de viande reflète une société fondée sur l’exploitation sans limite des autres êtres vivants.

Les défenseurs des droits des animaux, notamment Gaia, saluent ce Code. Mais ils voudraient aller plus loin encore en estimant qu’un animal ne devrait plus jamais être tué. Pour Marc Vandenheede, un travail philosophique, d’éducation et spirituel est aujourd’hui nécessaire sur ces questions. Ce sera peut-être la prochaine étape. La philosophe française Corine Pelluchon considère ainsi que la cause animale est la cause de l’humanité. Il s’agit là selon elle d’un combat politique. Depuis l’antiquité, les humains se sont distingués des animaux pour cerner ce qu’ils pensaient avoir en propre: la raison et le langage articulé. Selon la philosophe, nos rapports aux animaux sont en réalité le miroir de ce que nous sommes. Le système actuel de production de viande reflète une société fondée sur l’exploitation sans limite des autres êtres vivants. “Chaque année, environ 140 milliards de mammifères sont tués sur terre pour leur chair, sans compter les poissons, les expérimentations, la fourrure, la captivité. Nous perdons notre âme en agissant ainsi”, écrit-elle

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