Faut-il avoir peur du racisme anti-Blancs ?

Les spécialistes de la lutte antiraciste n’en décèlent aucune trace tangible nulle part. Pourtant, les croisés de la défense de l’Occident n’en démordent pas : les visages pâles seraient à leur tour victimes de discrimination.

Nick Conrad, illustre inconnu avant de poster la vidéo Pendez les Blancs © DR

Jusqu’à la fin du mois de septembre, Nick Conrad n’était encore qu’un illustre inconnu. L’obscure Organisation de lutte contre le racisme anti-Blancs (OLRA) aussi. Et puis, ils se sont rencontrés. Sur Internet. La seconde a exhumé du grand égout virtuel Pendez les Blancs, la vidéo nauséabonde du premier. Et l’affaire est partie en tango, sur fond de braises identitaires. C’était sur LCI. “Je vous parle d’un phénomène de masse qui se manifeste principalement par des actes de violences, mais aussi de la discrimination. Il est difficile à chiffrer car il n’y a pas de véritable libération de la parole à ce sujet. Mais oui, le racisme anti-Blancs existe!”, y proclamait Laurent de Béchade, fondateur de l’OLRA, pendant un quart d’heure de célébrité qu’il voudrait évidemment prolonger le plus longtemps possible. Le temps, par exemple, d’un débat.

En Occident, il n’existe aucun racisme ou discrimination culturelle à l’égard des Blancs. 

Débattons, donc. Pendez les Blancs est horrible. Est-il pour autant raciste ? Et existe-t-il réellement un racisme à l’égard des Blancs en Occident ailleurs que dans les fantasmes d’un groupuscule xénophobe ? “Sur un plan strictement individuel, tout le monde est susceptible d’être victime d’un comportement raciste. Et ce, que l’on soit un Noir ou un Blanc, un Arabe ou un Asiatique”, affirme Patrick Charlier, codirecteur du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme en Belgique (Unia). “Juridiquement, les critères sont neutres. La loi condamne les actes de discrimination faisant référence à la prétendue race, couleur de peau, nationalité, ascendance et origine nationale ou ethnique. Et donc la couleur de peau blanche est susceptible de faire l’objet de comportements racistes. Ceci étant, on est dans des rapports de proportion d’un groupe majoritaire sur l’autre. En Occident, il n’existe aucun racisme ou discrimination culturelle à l’égard des Blancs. Ceux qui, comme l’OLRA, mènent ce combat-là sont motivés par des arrière-pensées qui visent à diminuer la nécessité de lutter contre le racisme le plus courant et le plus évident afin de le relativiser”.

Avec les réseaux sociaux, l’émergence de mouvements de ce type est une hypothèse.

L’Unia ne peut avancer de chiffres, mais son coprésident affirme que le nombre de plaintes déposées par des Blancs est très largement minoritaire. Chez nous, le seul cas emblématique est celui de Sharia4Belgium. Son leader Fouad Belkacem a reçu sa première condamnation pour incitation à la haine à l’égard des non-musulmans. Comprenez principalement les Blancs. Si d’autres mouvements “anti-Occident” existent en dehors de l’organisation salafiste, ils n’ont pas été répertoriés. “Avec les réseaux sociaux, l’émergence de mouvements de ce type est une hypothèse. Mais nous ne disposons d’aucun élément qui permette de la confirmer ou de l’infirmer”, explique Patrick Charlier.

Cela n’empêchera pas les illuminés de l’extrême droite de hurler sur les réseaux à l’existence d’un “racisme inversé” (la formule est assez contradictoire quand on y pense). Ils disent ne plus oser se balader dans certains quartiers de peur de se faire agresser par des “étrangers”. Voire pire… “Substituer”! C’est que, poussée à son paroxysme, la paranoïa xénophobe a accouché de la théorie du “Grand remplacement”, qui avance que les Blancs sont victimes d’un complot raciste à l’échelle planétaire visant à éradiquer la “race blanche” de la surface du globe. Comment ? À coups de mariages mixtes et des gènes dominants, fourbes, cruels et surtout arabes dans la progéniture engendrée par ces unions…

La peur d’une planète noire

Mais débattons, donc. La peur d’une “désoccidentification” du monde n’est pas un sujet récent. En 2008 déjà, le duo de comédiens australiens Aamer Rahman et Nazeem Hussain avaient choisi d’en rire en présentant pour la première fois leur sketch phénomène Fear Of A Brown Planet (La peur d’une planète noire), dans lequel ils se moquaient (gentiment) des Blancs et de leur peur de l’étranger… Ce qui, en retour, leur a valu nombre de critiques négatives, dont certaines les traitaient de “racistes inversés”.

Au cours d’une représentation, l’un des humoristes avait ironisé sur la situation : “Si je voulais vraiment être un raciste inversé, j’aurais besoin d’une machine à remonter le temps pour me rendre en Europe avant qu’elle ne colonise le monde. Je volerais ses terres et ses richesses en premier et j’établirais ensuite un commerce basé sur l’esclavage où j’enverrais des Blancs travailler dans des immenses rizières en Chine par exemple. Je ruinerais le continent quelques siècles pour que les descendants européens veuillent émigrer dans les pays riches. Mais j’aurais déjà mis en place un système qui privilégierait les personnes noires et basanées pour que les Blancs n’aient pas l’opportunité de construire leur avenir. Juste pour le fun, je soumettrais les Blancs aux critères de beauté noire pour qu’ils finissent par détester leurs cheveux et leur couleur de peau”… Et le comédien de conclure : “Si, après quelques centaines d’années, je montais sur scène et je disais: “Eh, c’est quoi leur problème aux Blancs? Pourquoi ils ne savent pas danser?” Là, je serais effectivement un raciste inversé!”

Blague à part, une personne blanche ne se verra jamais refuser un job ou la location d’un appartement en raison de sa couleur de peau ou de son origine. Pourtant, nombre d’Occidentaux continuent à ne pas vouloir faire la part des choses, quand bien même leurs ancêtres n’ont jamais subi le colonialisme, l’esclavagisme ou l’un ou l’autre massacre à grande échelle… On peut regretter le fait que le monde était mieux avant. Mais posons-nous la question : pour qui, vraiment ?

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