Qui sont ces femmes qui ont soutenu Brett Kavanaugh ?

La nomination du juge à la Cour suprême a divisé l’Amérique. Et malgré les accusations d’agression sexuelle à l’encontre de Kavanaugh, les Américaines sont loin de constituer un front uni sur la question.

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« Je veux que chaque sénateur sache que je suis ici pour représenter des centaines de mères qui ne pouvaient pas être là aujourd’hui, mais qui nous regardent et veulent que le juge Kavanaugh soit élu », scandait jeudi dernier Kimberly Fletche, présidente et fondatrice de Moms For America. Comme elle, des centaines de femmes sont venues soutenir Brett Kavanaugh jeudi dernier, suite à l’appel de l’association Concerned Women for America. Le rassemblement intitulé pour l’occasion « Women for Kavanaugh » réunissait plusieurs organisations conservatrices bien connues comme Faith and Action, Judicial Crisis Network, Independent Women’s Forum, Tea Party Patriots et Heritage Action.

Leurs voix ont été entendues. Vendredi après-midi, la sénatrice républicaine Susan Collins déclarait qu’elle voterait « oui » à la nomination de Kavanaugh à la Cour suprême du pays. Dans un discours de plus de 40 minutes, elle déclarait que croire Kavanaugh était « le reflet d’une justice juste et impartiale » et que les affirmations de Christine Blasey Ford, « bien que crédibles », n’étaient « pas assez sérieuses pour être accablantes ». L’appui de Collins a immédiatement incité le démocrate de Virginie-Occidentale, Joe Manchin, encore hésitant, à annoncer qu’il voterait également oui. Kavanaugh obtient alors les 51 voix nécessaires à sa nomination et prête serment dès le lendemain.

L’Histoire retiendra qu’elle a trahi les femmes.

L’annonce de Collins a fait l’effet d’une bombe auprès des observateurs libéraux. « L’Histoire retiendra qu’elle a trahi les femmes », a déclaré la militante Linda Sarsour sur Twitter. Certains ont traité Collins de lâche ; d’autres l’ont accusée de tourner le dos aux victimes d’agression.

Lâche ou pas, Collins n’est pas la seule femme américaine à soutenir Kavanaugh, malgré les accusations d’agression sexuelle auxquelles l’homme fait face. 69% des femmes républicaines étaient en faveur de sa nomination à la Cour suprême. Selon plusieurs scientifiques, ce soutien conservateur et féminin s’explique assez facilement. « Les femmes conservatrices font face à un conflit cognitif important », explique Arie Kruglanski, professeure en psychologie à l’Université du Maryland, interviewée par The New Republic. « D’un côté, elles sont très attachées au point de vue conservateur et aimeraient voir Kavanaugh sur le banc de la Cour suprême. De l’autre, elles sont confrontées à toute une série d’information qui leur suggère qu’il n’est pas apte à occuper ce poste ». Selon cette experte, ce conflit doit être résolu pour restaurer l’équilibre intérieur. Voilà pourquoi la plupart des femmes conservatrices placeraient leurs valeurs politiques au-dessus de leurs propres intérêts. « Elles restent très attachées au point de vue conservateur et doivent le défendre », explique Kruglanski. « Et plus la menace sur leur vision du monde est grande, plus l’intensité de leur défense est forte ».

Elles ont surtout compris que la nomination de Kavanaugh constitue une sérieuse victoire pour leur programme politique.

« Les femmes conservatrices, toutes les personnes que vous voyez ici sont là pour dire : nous allons nous battre de toute notre force pour cette nomination », criait Jessica Anderson, vice-présidente d’Heritage Action lors du rassemblement Women for Kavanaugh. Les organisations participantes ont principalement fait part de leurs préoccupations sur le bon déroulement d’une procédure régulière et la présomption d’innocence, tout en s’opposant à une enquête plus approfondie sur les accusations auxquelles fait face Kavanaugh. « Nous tenons à notre Constitution, au respect d’une procédure officielle, à la présomption d’innocence et à l’État de droit », expliquait jeudi Jenny Beth Martin, co-fondatrice du Tea Party Patriots

Pour les observateurs, les femmes conservatrices ont surtout compris que la nomination de Kavanaugh constitue une sérieuse victoire pour leur programme politique. Selon Jonathan Haidt, psychologue spécialisé dans les différences entre libéraux et conservateurs, s’étonner du soutien des femmes conservatrices à Kavanaugh, c’est croire à tort que « la solidarité féminine est ce qui leur tient le plus à cœur ». Leur soutien s’inscrit alors dans le classique duel Républicains versus Démocrates. « Ce que nous voyons malheureusement ici, ce sont des Démocrates mettant en avant des accusations qui, lorsqu’on y regarde de plus près, ne tiennent pas la route », déclarait par exemple jeudi Carrie Severino, conseillère et directrice des politiques au sein de l’organisation politique et conservatrice Judicial Crisis Network. De son côté, Ethan Todras-Whitehill, fondateur du groupe de défense SwingLeft, expliquait samedi à The New Republic que la solution n’est pas d’”élire plus de femmes”, comme le scandaient les opposants à Kavanaugh, mais d’« élire plus de femmes démocrates »…

Dans cette affaire, il semblerait donc que le respect de la parole des victimes d’agression sexuelle ne soit en vigueur que si leurs revendications s’aligent sur certains objectifs politiques. Dans un contexte post #metoo, le problème du harcèlement sexuel ne comble pas le fossé entre Républicains et Démocrates.

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