Ryanair: plus qu’une compagnie aérienne, un modèle décrié qui reflète notre époque

Le plus grand transporteur d’Europe expose les pires instincts du public. On râle à chaque grève, à chaque retard, à chaque surplus de bagage payé... Mais si on était tous complices ?

Ryanair: plus qu’une compagnie aérienne, un modèle décrié qui reflète notre époque

Il ne se passe plus une semaine sans que Ryanair ne se retrouve dans l’actualité. Dernier fait en date ? La compagnie aérienne a changé ses conditions générales et force désormais les passagers belges lésés à porter plainte… en Irlande, où est basée la société.  « Tout différend qui découle de, ou est en relation avec, ce contrat est de la compétence des tribunaux irlandais. » De quoi décourager même le plus remonté des clients. Ce qui est tout à fait illégal, comme le rapporte Test-Achats. « La formulation et le fond de cette nouvelle clause peuvent être considérés comme abusif et contraire au droit européen et au droit international privé. L’attitude de la compagnie est pour le moins incompréhensible. » Après les différentes grèves lancées depuis cet été et les pertes financières qui en ont découlé, (dont 1.400 plaintes de passagers lésés compilées par Test Achats) le transporteur low-cost a également annoncé qu’il allait devoir couper dans les budgets et supprimer plusieurs postes cet hiver.

Belga ImageMichael O’Leary, CEO de Ryanair (Belga Image)

Une très mauvaise pub pour le géant aérien incarné par le fantasque Michael O’Leary, PDG de Ryanair depuis 1994. L’homme, qui s’est fait connaître pour ses méthodes musclées, est un génie de la communication. Du moins, jusqu’à aujourd’hui. C’est l’une des plus grosses fortunes d’Irlande : il détient près de 4% des parts de la compagnie, pour un montant estimé à 836 millions d’euros, il y a de quoi être motivé. Pourtant, pas sûr qu’il renouvelle son contrat, qui vient à échéance en 2019. C’est ce qu’il indiquait récemment, au vu des « perturbations » que subit son entreprise. Aussi adepte des punchlines que l’est Damso, O’Leary balance des petites phrases choc à chaque entretien. Irrévérencieux, déterminé, parfois grossier, le personnage détonne, mais marque les esprits. Surtout ceux de ses employés, qu’il ne ménage pas.

Tester la tolérance des passagers

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On dit que le client est roi. Chez Ryanair, c’est tout le contraire. La stratégie de la marque semble complètement mettre de côté l’intérêt du voyageur. Une valise trop grande ? Par ici la monnaie. Une grève ? Pas de remboursement. Un vol retardé ? Attendez tant que vous le pourrez. Michael O’Leary teste sans vergogne la tolérance de ses passagers en poussant toujours plus loin la carte de la nouveauté, telle que facturer l’enregistrement à l’aéroport, devoir imprimer sa carte d’embarquement ou appeler la veille pour savoir où se trouve son avion. Et le pire, c’est qu’on en redemande. Nous nous plaignons constamment de nos salaires qui n’augmentent pas, pourtant on se rue sur des vols à prix cassés subventionnés par le maigre salaire d’autres employés. Nous sommes complices d’une conduite que nous déplorons. Nous maintenons un système qui ne fonctionne à notre avantage que dans l’immédiat.

On se rue sur des vols à prix cassés subventionnés par le maigre salaire d’autres employés. Et s’il était là, le problème?

Les plaintes de Test Achats, les amendes de l’état, les grèves à répétition,… Des actions qui servent de pansement pour masquer l’évidence : seul le consommateur peut faire plier Ryanair et ses conditions exécrables en arrêtant simplement d’acheter des tickets d’avion à 15 euros. L’extrême sensibilité de la compagnie aérienne face aux pressions du marché prouve que la négociation est encore possible. Surtout que ses investisseurs n’hésiteront pas à rapatrier leurs avoirs si les tensions devaient perdurer. Ils ont d’ailleurs déjà commencé à le faire.

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