Aznavour, fin de bohème

Une carrière impressionnante. 1.400 chansons enregistrées dans huit langues, 180 millions d’albums vendus, 70  ans à arpenter le monde entier. Il avait 94 ans, il laisse un répertoire classique et exemplaire.

Charles Aznavour © Belga Image

Bien avant tout le monde, Charles Aznavour a inventé les notices Wikipédia.  En 1960, il résume son parcours artistique passé et à venir dans Je m’voyais déjà, chanson écrite dans un bar bruxellois qu’il présente pourtant comme une pure fiction. Ou l’histoire pourtant très autobiographique d’un jeune homme complexé par son physique qui se rêve en haut de l’affiche, traverse les galères et les galas dans l’indifférence la plus totale avant de décrocher la timbale.

De ses années d’errance, cet artiste désormais adulé par la planète entière avoue encore dans cette chanson qu’il en a gardé une blessure profonde. “Mon cœur s’est aigri un peu en prenant de l’âge, mais j’ai des idées, je connais mon métier, j’y crois encore”. Avouez qu’on ne pourrait dresser meilleur portrait de Shahnourh Varinag Aznavourian (son vrai nom), qui nous a quittés ce 1er octobre à son domicile de Mouriès, en France, à l’âge de 94 ans. Des films aussi (voir ci-contre), des combats (son association caritative “Pour l’Arménie”) et aussi, même si ce n’est pas l’heure de le rappeler, des polémiques comme sa récente et très maladroite sortie sur les migrants (“qu’il conviendrait de trier pour garder les génies et les gens utiles”).

Des histoires de tous les jours

Premier à avoir osé chanter l’homosexualité sans dérision (Comme ils disent, en 1972 – chanson qu’il incarnait littéralement sur scène avec une gestuelle d’acteur), Charles Aznavour faisait passer ses messages et ses émotions de la plus simple manière qui soit. En racontant des histoires de tous les jours qui nous ramenaient à notre condition de mortels. C’est le cas de ses plus belles chansons comme La bohème, Tu t’laisses aller, La mamma, Les plaisirs démodés, Hier encore ou Emmenez-moi si bien repris par Jeanne Moreau ou Vanessa Paradis.

Des classiques écrits dans la fleur de l’âge mais qui, tous, d’une manière ou d’une autre, évoquaient la fuite du temps et la tristesse des jours qui passent. Un sentiment qu’il disait être l’expression de son âme arménienne, et même s’il avait signé – on l’a un peu oublié – des tubes yé-yé, odes à la jeunesse comme Retiens la nuit de Johnny Hallyday et La plus belle pour aller danser de Sylvie Vartan. “Je ne suis pas vieux, je suis juste âgé”, se plaisait à nuancer Charles Aznavour lors de ses dernières interviews. Voilà l’un des derniers géants de la chanson qui s’est envolé…

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