Alain Afflelou « Astigmate, myope et presbyte »

Incarnation d’une marque forte, il publie un livre sur son aventure en lunetterie. Voyons voir.

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Pour moi, vous êtes un peu le Julio Iglesias de la lunetterie…

Ah bon? Alors, j’espère qu’il est le Afflelou de la chanson…

Vivez-vous à fond votre business? Êtes-vous myope? Astigmate?

Je suis astigmate, myope et presbyte. Je porte ce qu’on appelle des verres progressifs…

En 1972, quand vous ouvrez votre premier magasin, porter des lunettes, c’était moche. C’était presque une punition…

C’était une contrainte pour les gens. Même encore aujourd’hui, il y a des gens qui ne portent pas trop leurs lunettes pour ne pas montrer leur âge. Il y a des gens qui ont de vrais problèmes relationnels avec leurs lunettes de vue. Pour d’autres, c’est un signe de communication avec lequel on joue…

Mais dans les années 70, les opticiens ressemblent à des profs de physique et n’ont aucun goût…

Le magasin d’optique était presque un laboratoire, l’opticien portait une blouse blanche comme un médecin.  

Vendre des lunettes, n’est-ce pas connaître le visage d’une société? Vous vendez des lunettes depuis plus de 45 ans, avez-vous vu évoluer le visage de la France?

Non. Vous savez, chaque visage est unique. Bien sûr, il y a la forme du visage, mais aussi la personnalité et le regard… Et le regard, c’est l’âme. On peut avoir un regard profond ou un regard de veau…

Vous êtes considéré comme un génie du marketing. Sur qui avez-vous pris exemple? Sur Coca-Cola, sur les fast-foods, sur votre grand-père, sur votre instinct?

Sur le bon sens. C’est mon père qui m’a montré ce qu’était le bon sens. Chez Coca-Cola, ça fait cinquante ans qu’ils disent la même chose… Tant qu’ils continueront à faire de la pub, on pourra aussi continuer à en faire. Vous savez, la publicité c’est toujours taper sur le même clou…

Pour votre dernière campagne, Sharon Stone, elle est payée combien? Énormément?

Passionnément. Je n’ai pas le droit de le dire… Mais ça fait cinq ans que ça dure, ça veut dire qu’on est capable de supporter ce budget.

Votre nom est aussi célèbre que celui de Nutella ou Danone. Vous rêviez de devenir un homme qui se confond avec sa marque?

Moi, je ne rêvais de rien du tout. Je voulais être footballeur.

Ça n’a pas bien marché…

Non. Mais une marque, je ne savais même pas que ça pouvait exister…

Comment faites-vous pour vendre une deuxième paire de lunettes pour un euro de plus seulement?

Il y a quelques années, les gens se battaient pour avoir des remises… Je me suis dit que les clients apprécieraient plus d’avoir une deuxième paire de lunettes plutôt qu’une remise de 15 ou 20 %. D’autant que la remise, ils l’oublient. La deuxième paire, ils s’en souviennent… L’opération a été un succès spectaculaire.

Parfois, les lunettes peuvent avoir une dimension érotique…

Euh, non…  Je ne me suis jamais posé la question. En revanche, il y a une dimension sensuelle. Les gens attendent des lunettes qu’elles leur donnent un positionnement sensuel, mais la sensualité, ça n’a rien à voir avec le sexe.

Qui porte le mieux ses lunettes? Michou, Bono ou Karl Lagerfeld?

Michou. Il est identifié à ses lunettes.  

PASSIONNÉMENT, Alain Afflelou, Michel Lafon, 189 p.

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