Francken, Hitler… Même combat ?

Le secrétaire d’État à la Migration expose ses idées dans Continent sans frontière, son livre-événement. La FNAC l’expose aux côtés de Mein Kampf

Continent sans frontières de Theo Francken © Belga Image

Les photos des étalages de la FNAC sont apparues sur les réseaux sociaux. On y voit des piles de Continent sans frontières, le bouquin de notre secrétaire d’État voisiner des piles du best-seller actuel en Flandre : Mijn Strijd. Plus connu sous son titre allemand Mein Kampf, l’ouvrage dans lequel Adolf Hitler délivre sa profession de foi politique. Provocation de la FNAC ? Non, n’en déplaise à Theo Francken, qui a fait part de sa contrariété sur Twitter. La bible nazie connaît un véritable succès de librairie, en Flandre et aux Pays-Bas. Comme, chez nous, Continent sans frontière, dont les idées, séduisantes à défaut d’être réalistes, se vendent bien.

« On savait que ça allait faire du buzz, mais c’est tout de même une surprise: il ne nous reste aucun exemplaire de Continent sans frontière« . Deux jours après sa sortie, le livre dans lequel Theo Francken énonce sa vision de la migration est épuisé. Tout est parti en quelques heures dans cette grande librairie de la capitale. Une recommande immédiate, augurant un best-seller voire une réimpression. On savait Theo Francken populaire en Flandre et en Wallonie. On savait que ses idées l’étaient tout autant. Surtout en Flandre. On sait maintenant qu’il en est de même chez nous.

« On ne fait pas de politique, poursuit le libraire, mais on peut souhaiter que les gens qui achètent ce livre le fassent avec du recul. Qu’ils remettent en question les idées exposées. Qu’ils ne les gobent pas toutes crues. Dans quelques jours, je vais recevoir un ouvrage également consacré à la migration, dont les thèses sont opposées. Mais j’ai comme l’impression que cela se vendra beaucoup moins bien… » Dommage. Ce livre, intitulé Au-delà des frontières, signé François Gemenne, expert en migrations et chercheur à l’Université de Liège et à Sciences Po Paris, et Pierre Verbeeren, le directeur de Médecins du monde aurait permis de penser une politique d’asile et d’immigration qui ne soit pas dictée par “l’urgence”. Ou pour d’autres motifs. Comme une campagne électorale, par exemple.

On ne fait pas de politique, mais on peut souhaiter que les gens qui achètent ce livre le fassent avec du recul.

Sauf qu’en politique, il n’y a rien de mieux que les migrants pour assurer sa popularité. Depuis quelques semaines, à l’approche des échéances électorales, le sujet devient un sujet de plus en plus tendu. Les parents de la petite Mawda, tuée lors d’un contrôle de police, attendent toujours leur titre de séjour, alors que le Premier ministre a affirmé “prendre le dossier en main”. Les autorités libèrent des sans-papiers avec casiers judiciaires qui se retrouvent, en partie, au Parc Maximilien. Theo Francken a juré dans un premier temps qu’il ne s’agissait pas de délinquants, puis s’est rétracté en affirmant que cela ne se reproduirait plus.

Le « modèle » australien

Maggie De Block était la superstar des sondages lorsqu’elle occupait, au sein du gouvernement, les fonctions de Theo Francken. Pareil pour tous ceux qui agitent cette problématique, de l’Italie d’aujourd’hui à l’Allemagne d’avant-hier. Theo Francken exprime, dans les 311 pages de son opuscule, essentiellement 4 points. Un : il n’est pas d’accord avec la situation migratoire actuelle. Deux : l’Europe est faible. Trois : il faut un État fort. Quatre : la solution à la « crise de la migration », c’est l’option australienne. Or, ce modèle, quel est-il ? Il tient en un mot : la déportation. Quiconque est arrêté, franchissant illégalement la frontière, est envoyé dans des camps de réfugiés situés sur l’île de Nauru ou en Papouasie. Les conditions de vie y sont telles qu’afin d’éviter que l’opinion publique puisse s’en émouvoir, le gouvernement australien a décidé que tout reportage traitant de la question est – tout simplement – illégal.

« Cette solution n’est pas transposable à notre pays », s’est d’ailleurs ému Olivier Chastel, pourtant pas vraiment un « bobo bisounours » (il a d’ailleurs confirmé ce week-end ce que tout le monde savait déjà : « Le débat sur l’immigration sera en 2019 en haut de l’agenda du MR »). Non transposable, entre autres parce qu’il y a une grande différence entre l’Australie et l’Europe: sa natalité. En 2050, il y aura 15 millions d’habitants supplémentaires en Australie. En Europe, 25 millions de moins. En 2050, Theo Francken aura 72 ans. De quoi vivra-t-il? Très certainement d’une pension. Oui, mais avec des millions d’Européens en moins, qui va payer la pension de notre secrétaire d’État ? Si ses livres se vendent bien, ils ne compenseront sans doute pas tout le bénéfice que notre société – et cyniquement nos futurs pensionnés – pourrait tirer d’une migration correctement accueillie et formée.

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