Marghem n’a pas tous les torts

Imprévoyante ou imprévisible ? Chaotique ou irresponsable? La ministre de l'Energie est la cible à abattre face à la menace de blackout. Que peut-on en penser?

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La messe du black-out n’est pas dite. Mais la tête de la grande prêtresse a été mise a prix ce jeudi au Parlement. La ministre Marghem n’a cependant pas tous les torts, pour trois raisons au moins. Damien Ernst, expert en énergie de l’ULiège, a sorti sa lampe de poche pour nous éclairer.

1. Le climat politique est électrique

L’opposition accuse la ministre Marie-Christine Marghem d’avoir mis les doigts dans la prise. Sa communication chaotique du type “ je n’ai pas les chiffres le matin ” et “ je lâche ces chiffres sans explication l’après-midi ” n’a pas aidé. La ministre s’est emmêlée dans ses approximations. Mais l’opposition a été plus loin dans les accusations. Pour l’opposition, le gouvernement fédéral récolte ce qu’il a semé après avoir renforcé Electrabel, un opérateur devenu incontrôlable. Pour l’opposition, au-delà d’Engie-Electrabel, c’est la responsabilité de la ministre Marghem qui est engagée face au risque de coupures de courant. Au-delà, pour le MR, ce qui se passe est totalement inquiétant électoralement parlant. Si le pays devait être plongé dans l’obscurité, l’élection du 14 octobre prochain serait court-circuitée pour eux.
Qu’en penser ? “ La ministre a cafouillé. Elle a été prise par surprise. Mais sa démission ne changerait en rien la situation, plaide Damien Ernst. Je ne vois pas ce que le gouvernement aurait pu faire pour éviter cette situation. Electrabel, par contre, a tergiversé et aurait pu faire de la maintenance préventive. Mais ils sont aussi la grande victime de ce qui se passe : ils vont perdre entre 1 et 2 millions par jour avec ces arrêts. C’est une perte de 300 millions pour le mois de novembre. Au final, c’est surtout un coup de malchance doublé d’une agence de contrôle nucléaire très exigeante. ”

2. Le dossier est pourri

La ministre est cependant en place depuis quatre ans. De menace de délestage en impression de manque de gestion, on pointe quand même du doigt Marie-Christine Marghem. Le dossier est en réalité pourri jusque dans ses microfissures, et bien avant elle. Et sur le cas qui préoccupe déormais toute la Belgique, c’est la question de sécurité qui l’a emporté sur la nécessité de s’approvisionner. Voici ce qui s’est passé pour en arriver à n’avoir plus qu’un seul de nos réacteurs nucléaires opérationnel, d’ici novembre et un manque de 1000MW à ce moment-là.
Six des sept réacteurs seront hors-service. Deux réacteurs, Doel 1 et Doel 2, sont à l’arrêt pour cause de fuite, et ne devraient par rouvrir avant décembre, dans le meilleur des cas. En septembre, Doel 4 et Tihange 2 ont été fermés, pour cause de dégradations dans le béton. Des problèmes déjà détectés sur Tihange 3 et Doel 3, où un plafond s’était effondré. Le premier est toujours en travaux, le dernier a été redémarré fin juillet. Actuellement, ce sont donc Tihange 1 et Doel 3 qui sont opérationnels. Mais, et c’est ici la tuile en trop, Tihange 1 va entrer en révision à partir du 20 octobre, un arrêt qui durera normalement jusqu’au 28 novembre. Seul Doel 3 assurera l’approvisionnement en électricité durant le mois de novembre, donc. Etait-ce prévisible?
Qu’en penser ?Je suis extrêmement bien le secteur et d’habitude j’anticipe, explique Damien Ernst. Ici, je n’avais rien vu venir. Au contraire, je pensais que les réacteurs nucléaires allaient redémarrer et que les prix seraient à la baisse. ”

3. La question est ultrasensible

Nous avons tous l’habitude dans notre quotidien le plus intime et le plus banal de nous servir de l’électricité. Du lave-linge au train, on n’imagine pas une seconde s’en passer. Le consommateur veut donc des solutions et être rassuré. Il ne l’est pas et il cherche donc le coupable. En l’occurence la coupable.
Qu’en penser ?  On reste dans une situation chaotique, déplore Damien Ernst. La centrale de Vilvorde ne va apporter que 200 mégawatts. Quand la ministre dit qu’elle a trouvé une solution auprès de nos pays voisins, c’est simplement vérifier que les centrales soient disponibles pour nous vendre de l’électricité quand elle manquera. Or quand vous importez, les prix sont beaucoup plus chers. Au final, c’est le consommateur qui va payer. ”

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