Marc Moulin, l’éternel retors

Dix ans tout juste que nous n’essayons pas de remplacer l’irremplaçable Marc Moulin.

Marc Moulin - Photonews

Paradoxalement, pour un homme de médias, musicien et auteur à l’avance sur son temps, les copieux hommages officiels arriveront après l’anniversaire de sa mort (le 26/09/2008). Du 7 au 13 octobre, la RTBF lui consacre une batterie d’émissions, pensée par Rudy Léonet qui lui doit ses débuts dans l’historique Radio Cité. Les 13 et 14, Philip Catherine et STUFF offrent leur tribute sur la scène de Flagey à l’épisode Placebo, pionnier du jazz funk, et aux derniers albums solo, avant-garde de l’électro-jazz.

Entre les deux, dans notre numéro du 10/10, ce sera au tour de Moustique de payer son dû. Pourquoi cette lenteur malgré une reconnaissance aussi vivace ? Peut-être parce qu’il a ricané de “notre cerveau médiatique” hypnotisé par les chiffres ronds et les commémorations dans une de ses quelque 600 Humœurs publiées dans (Télé)Moustique pendant douze années.

Écrites jusqu’à ses dernières forces sur un modèle américain de chronique, avec un humour anglais et un esprit voltairien, renforcé par les crobars inspirés de Pierre Kroll, elles unissaient humour et opinion (“quand on associe les deux, on ne peut pas se tromper”, expliquait-il). Là aussi, il n’était pas en retard.

En 2001, douze ans avant le surprenant best-seller Le capital au XXIe siècle, il saluait déjà les analyses de Thomas Piketty. On se souviendra qu’il a systématiquement dézingué la pub – vrai maître du monde -, le shopping – notre dernière activité culturelle – et le repli égoïste (“le casse-vitesse est là parce qu’un grand nombre d’entre nous ne respectent la vie que quand ils risquent d’abîmer leur suspension”).

À voir la profusion des casse-vitesse et l’état des gauches européennes, on comprend qu’il ne suffit pas d’avoir raison avec drôlerie pour “changer les mentalités” (aurait dit Jean-Luc Dehaene, un de ses “héros” récurrents). Mais ce n’est pas ce qui désespérait le plus Marc Moulin aujourd’hui. Il se fatiguerait plus sûrement de devoir ajouter, comme on vient de le faire, des guillemets à chaque phrase pour que sa fine ironie ne provoque des incendies de buzz.

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