Hillary Clinton risque d’être oubliée des programmes scolaires au Texas

Le comité en charge de l’éducation au Texas a proposé vendredi lors d’un vote préliminaire de retirer certaines figures historiques de son programme d’études sociales, les jugeant “non essentielles“. Hillary Clinton et Helen Keller en font partie.

Hillary Clinton © Belga Image

L’une est la première femme à être élue à la présidence d’un grand parti aux États-Unis, l’autre est une autrice et activiste sourde et aveugle, première personne handicapée à obtenir un diplôme universitaire. Mais pour le comité éducationnel du Texas, aucune ne mérite que l’on se souvienne d’elle. Le comité a procédé vendredi à un vote préliminaire “dans un effort de rationalisation“, afin de mettre à jour le programme d’études sociales pour les classes “K-12“, c’est-à-dire de la maternelle à la rhéto. Un vote final aura lieu en novembre.

Pour élaguer la liste des figures historiques présentes dans son programme, le Comité se base sur un certain nombre de recommandations faites par des groupes de bénévoles nommés par le conseil d’administration.

« Gagner » 30 minutes

Mais pourquoi supprimer Hillary Clinton, première femme candidate à la présidentielle aux États-Unis ayant, rappelons-le, remporté plus de voix que son adversaire républicain Donald Trump (pourtant élu) ? Selon le Dallas Morning News qui s’est entretenu avec deux enseignants appartenant au groupe de volontaires nommés au Conseil d’administration, il s’agit avant tout de “gagner du temps“. Les deux professeurs auraient déclaré que “l’État exige que les étudiants étudient beaucoup de personnages historiques“ et que cela “entraîne une mémorisation par cœur des dates et des noms, au lieu d’un véritable apprentissage“.

Helen Keller © Belga ImageAutrice, activiste politique et conférencière, Helen Keller fait notamment campagne pour le droit de vote des femmes. © Belga Image

Les quinze membres du groupe de travail devaient alors classer chaque personnage pour déterminer in fine si sa présence dans le programme était “essentielle“ ou non. Parmi les critères, on trouve : “La personne a-t-elle déclenché un changement décisif ? Appartenait-elle à un groupe sous-représenté ? Son impact résistera-t-il à l’épreuve du temps ?“ Sur vingt points, Clinton en marque cinq et Keller sept. Pour le groupe, le retrait de Clinton de la liste ferait “économiser“ 30 minutes de temps de cours tandis que celui de Keller ferait “gagner“ 40 minutes.

Controverses

Ce n’est pas la première fois que le programme d’études sociales est remis en question dans cet État. En 2014, plusieurs revues scientifiques révèlent de nombreuses inexactitudes et exagérations dans 43 manuels gouvernementaux d’Histoire et de géographie. Certains expliquaient par exemple que “Moise et Salmon ont inspiré la démocratie américaine“, tandis que d’autres sous-estimaient l’impact de la ségrégation raciale sur la qualité de l’enseignement dans les écoles réservées aux Noirs.

La présence de nombreux conservateurs au sein du Conseil de l’éducation texan n’est pas pour rien dans ces nombreuses controverses. D’après une analyse faite par le Texas Freedom Network (une association à but non lucratif) en 2014, sur plus de 140 personnes nommées au sein de ce Conseil, seules trois faisaient partie du corps enseignant des collèges et universités du Texas. Un nombre inquiétant de personnes dénuées de diplômes en études sociales ou d’expériences dans l’enseignement faisaient elles bien partie du Conseil. À l’époque, l’association révèle que même le président du département d’Histoire de l’Université méthodiste du Sud s’est vu refuser une place au sein du groupe.

Où sont les femmes ?

L’invisibilisation des femmes dans l’Histoire est un problème universel. En septembre 2016, les histoires de plusieurs grandes figures historiques féminines sont racontées dans le premier tôme de la bande-dessinée Les Culottées – Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, de Pénélope Bagieu. “À part Joséphine Baker, aucune des femmes des Culottées n’est vraiment connue. Même Leyman Gbowee, qui a reçu le Prix Nobel de la Paix, et Wu Zetian, qui a été la seule impératrice de Chine, on les connaît très peu. C’est fou de se dire ça. Cela prouve que l’Histoire est écrite par les hommes, car le parcours de ces femmes se résume en général à une ligne dans les livres d’Histoire“, expliquait son autrice à l’époque.

Espérons qu’Hillary Clinton, Helen Keller et bien d’autres ne subiront pas le même sort.

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