L’écologie en état de choc

Après la démission de Nicolas Hulot, on peut poser la question en Belgique: l’environnement en politique est-il un gadget qu’on lâche dès que commencent les “choses sérieuses”?

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« Ça ne m’a pas vraiment étonnée. Mais sur la forme, c’était choquant”, confie Isabelle Durant à propos de la démission-surprise de Nicolas Hulot, l’ex-animateur télé devenu icône française de l’écologie puis ministre d’Emmanuel Macron. “Du reste, lorsque vous regardez les images du studio de France Inter, cette onde de choc se lit sur les visages des journalistes qui semblent être pris de court. Visiblement, l’ex-ministre de l’Écologie a accouché de sa décision en direct”, appuie celle qui hérita elle-même du maroquin des Transports au gouvernement fédéral de 1999 à 2003. “Mais il est évident que c’est un processus long dont la conclusion est tombée comme inéluctable lors de cette interview de rentrée qui a fait beaucoup de bruit.

De fait, celle-ci a été très largement commentée dans de nombreux médias européens. Le Financial Times, pas vraiment réputé pour sa fibre écologiste, en a tiré un long article versant presque dans le plaidoyer environnemental. Le quotidien britannique voyait dans la démission de Nicolas Hulot le “symbole des difficultés rencontrées par ceux qui ont à cœur de préserver l’avenir de la planète, pas seulement en France, mais dans le reste du monde”. Isabelle Durant tempère. “Son rapport de force n’était pas bon, il n’avait pas forcément bénéficié d’une négociation gouvernementale, à l’inverse de celle qui a eu lieu ici, en Belgique. Je ne sais pas ce qu’il avait négocié avec M. Macron, mais manifestement il n’avait pas obtenu de garanties.

Le vrai bilan Écolo

Il faut ainsi rappeler que si Nicolas Hulot est une figure médiatique très populaire, longtemps considéré comme la personnalité politique préférée des Français, il n’a pourtant jamais été élu. La seule élection à laquelle il s’est présenté a été celle des primaires écologistes en vue de l’élection présidentielle de 2012, primaires qu’il a perdues face à Eva Joly. “Il ne suffit pas de convaincre, il ne suffit pas d’être populaire”, commente Mohssin El Ghabri, le directeur de la prospective d’Etopia, le centre de recherche en écologie politique du parti Écolo. “Il faut pouvoir jouer au bras de fer. Or, un bras de fer, ça se gagne avec des élus, un parti, bref, des relais dans les assemblées parlementaires. À la différence de la France, l’écologie politique en Belgique s’est institutionnalisée. Nous avons depuis plus de vingt ans des députés, des sénateurs, des bourgmestres, des ministres. C’est la raison pour laquelle l’écologie politique a en Belgique un bilan.

Effectivement, si l’on prend la Région bruxelloise, par exemple, où Écolo a été au pouvoir pendant dix ans de 2004 à 2014, certains chantiers écologistes ont indéniablement avancé. Ainsi, les quantités de CO2 ont diminué et les différentes primes à l’isolation et aux économies d’énergie ont diffusé dans la population de nouveaux réflexes. Lorsqu’il veut bâtir ou rénover une maison, le citoyen passe systématiquement en revue les différentes options qui feront de son bien un bâtiment plus ou moins passif. Ce qui n’est pas le cas partout en Europe.

La multiplication des canicules pourrait changer la donne…

Il y a une fracture nette entre l’Europe du Sud et l’Europe du Nord en la matière, constate le chercheur d’Etopia. Mais, s’agissant de la France, il y a une particularité supplémentaire: son centralisme et son mode de scrutin. Le vote majoritaire n’a jamais permis à un parti écologiste de se bâtir durablement. L’absence d’un parti et le fait que ce sont des formations non écologistes qui se trouvent systématiquement aux commandes de l’État français expliquent que l’écologie ait moins de poids politique en France.” Mais le plus interpellant, pour le chercheur, tient au manque de culture écologiste du président Macron. Pourtant, les problématiques environnementales ont commencé à percoler dans la société française au moment de sa naissance. “Il devait avoir un an lorsque l’Amoco Cadiz, le pétrolier, s’est fracassé sur les côtes bretonnes provoquant l’une des pires catastrophes écologiques de l’histoire. Il avait 7 ans lors de la catastrophe de Bhopal en Inde et 9 ans lors de l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Les gens de sa génération sont naturellement sensibles à ces problématiques. Enfin, en principe…

John Pitseys, lui, travaille au CRISP, le Centre de recherche et d’information sociopolitiques. “Bien entendu que l’écologie politique a un bilan en Belgique, et en Europe du Nord, plus généralement. Il ne s’agit pas d’un accessoire à la mode. Elle a des résultats concrets. Par ailleurs, culturellement elle s’est diffusée dans le collectif un peu partout dans le monde. La preuve? Il y a 30 ans, vous ne m’auriez pas appelé pour commenter le départ d’un ministre en charge de l’Environnement…” Le politologue pointe cependant la difficulté première de l’écologie politique. “Nous vivons dans une société productiviste. La vie économique de nos pays a pour premier objectif la productivité. La croissance. Tant que ce système n’est pas remis en question, l’écologie ne pourra être perçue comme une priorité. La multiplication des étés chauds, des canicules pourrait cependant changer la donne…”  

 

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