Des influenceurs payés secrètement par des cigarettiers pour faire la promotion de leurs marques

De grandes marques de tabac ont fait appel à des influenceurs pour qu'ils postent des photos d'eux, une cigarette à la main, sur Instagram et sur Facebook moyennant rémunération.

instagram

L’industrie du tabac utilise des méthodes douteuses (et illégales, pour le coup) pour faire parler d’elle. Dernière technique en date ? Faire poser des influenceurs la clope au bec ou un paquet de cigarettes à la main sur Instagram moyennant finances. C’est ce que révèle une enquête de deux ans du New-York Times. La journaliste Sheila Kaplan s’est intéressée à toutes ces jeunes femmes qui apparaissaient soudainement dans son fil Insta en train de vapoter, de profiter d’une soirée une cigarette entre les doigts, ou plus flagrant encore, en posant avec un paquet de cigarettes. Étrange, d’autant plus aux États-Unis où il est très mal vu de fumer, surtout chez les jeunes.

 

Are you up for ? #CexTeam #AreYouUpForProgress

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Cela fait des années que l’industrie du tabac promet d’ailleurs qu’elle ne s’intéresse pas aux nouvelles générations et qu’elle ne veut pas les cibler. Et pourtant, après les nombreux cadeaux offerts en boîtes de nuit, il semblerait que des marques comme British American Tobacco (Lucky Strike), Japan Tobacco International (Camel), Imperial Brands (Gitanes, Gauloises) et Philip Morris (Marlboro) ont sponsorisé des influenceurs pour qu’ils fassent discrètement la promotion de leurs marques. De fait, des dizaines de jeunes adultes possédant un large réseau ont ainsi posté des photos d’eux, vapoteuse ou cigarette à la main et assistant à des soirées ciglées Winston ou Camel, sans que les mentions « Sponsorisé » ou « Ad » soit apposées, comme il est coutume de le faire lorsqu’il s’agit d’un post rémunéré.

 

I got my eyes on u ?

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La portée totale de ces campagnes en « sous-marin » atteindrait 25 milliards de vues dans le monde, dont 8,8 milliards aux États-Unis. Rappelons qu’il est pourtant interdit aux cigarettiers de promouvoir leurs marques dans de nombreux pays, que ce soit à la radio ou à la télévision et surtout chez les jeunes. « Ce qu’ils font est un moyen vraiment efficace de contourner les lois existantes pour restreindre la publicité aux jeunes« , a déclaré Robert V. Kozinets, professeur de relations publiques à l’Université de Californie du Sud, qui a dirigé une équipe internationale de chercheurs au sujet de l’utilisation des réseaux sociaux par les cigarettiers payée par la Campagne Sans-Tabac pour les enfants. Ils ont analysés les réseaux sociaux de dix pays et comparés les hashtags utilisés par les influenceurs.

 

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Étrange similitude, ces différents Instagrammeurs affichaient les mêmes hashtags comme #RedISHere pour Marlboro ou #Likeus pour Lucky Strike. En parlant avec certains des influenceurs concernés, l’équipe de Robert V. Kozinets a pu se procurer un des « contrats » établi par Lucky Strike, on y lit très clairement l’obligation de poster au moins deux photos avec le hashtag « Likeus_party ». Une manière de s’imposer au sein de la génération selfie. Tous les cigarettiers n’ont pas encore répondu à cette accusation, mais Jonathan Duce, un porte-parole de Japan Tobacco, a déclaré que les actions impliquant la société sur les réseaux sociaux visaient à «attirer les fumeurs adultes vers nos marques».

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