Comment vous sentez-vous au travail?

Vous vous traînez au boulot? Ce n’est pas une fatalité. On peut y trouver plus de sens, quitter son job pour devenir son propre patron, voire réaliser son fantasme professionnel le plus fou. Notre enquête exclusive, menée par Listen, le prouve: certains ont trouvé l’équilibre. Pourquoi pas vous?

dossier_illu_01_ouvertur_c_fotolia

Le making of – Le travail et la santé

Quand on interroge les Belges sur leurs plus chères préoccupations, vient en tête la santé (accès aux soins, prévention, souci pour les proches), puis le travail, sa précarité et sa rudesse, l’espoir aussi d’éviter ou de changer tout cela. Notre enquête globale (sondage, paroles d’experts et de témoins) porte sur les gens qui ont un emploi mais s’interrogent encore. Elle montre l’inadéquation, voire la violence de l’univers du travail (2 Belges sur 5 doivent interrompre leur carrière). C’était prévisible, mais pas à ce point.

On n’imaginait pas non plus trouver la jeune génération plus malheureuse que son aînée. C’est étonnant au moment où le cadre (travail à domicile, bureau partagé), la flexibilité, le management collaboratif s’alignent sur leurs modèles ultramodernes. En réalité, les valeurs qui font la différence n’ont pas changé: l’assurance d’être utile console du pouvoir et même de l’argent.

Gagner sa vie n’est important que lorsqu’on a le sentiment de perdre son temps. Pour donner un sens à la sueur de leur front, certains rêvent de tout plaquer pour reprendre leur rêve de gosse ou abandonner celui que leurs parents ont eu pour eux. C’est possible, mais on a beau aimer le journalisme tourné vers les solutions, on ne va pas vous mentir: ce n’est pas gagné.

Kanar

(©) Kanar

Le bonheur au travail? C’est la quête ultime. Mais les très nombreux sondages réalisés au cours de cette décennie nous apprennent que le graal est souvent hors d’atteinte. Le stress, les conflits relationnels avec les collègues ou la hiérarchie, le sentiment d’accomplir des tâches inutiles ou de sombrer sous les dossiers à rendre avant lundi en sont autant d’explications. Or à l’ère des bouquins de développement personnel, des coachs et du marketing des ressources humaines, être heureux au bureau, sur les chantiers ou ailleurs serait devenu une obligation.

Avant de déterminer si on se sent bien dans son job, on se met déjà la pression. Socialement, on est obligés de se réaliser dans la joie. Il faut comprendre que si vous n’êtes pas heureux au travail, même sans le détester au point de tomber malade, il faut faire quelque chose. Même si ce n’est pas forcément anormal ni préoccupant pour votre santé physique et mentale”, tempère Delphine Pennewaert, psychologue du travail et membre des réseaux Developing Talents Croissance Formation et Wings for Work. “En consultation, j’accompagne des personnes qui culpabilisent de ne pas être épanouies, ce qui les rend encore plus malheureuses. Il faut relativiser! L’utilité première du travail n’est pas de produire du bien-être. C’est un labeur, une corvée.”

John Cultiaux, sociologue à l’UNamur poursuit la réflexion. “On préférera les notions de plaisir, de satisfaction, de sentiment de reconnaissance, de motivation… Le bonheur implique tous les registres de l’existence au-delà du professionnel. Ce qui est vrai en revanche, c’est que ce qui se vit dans son existence influe et est influencé par ce qui se joue au travail: une belle réussite sur le plan professionnel peut compenser certaines difficultés personnelles. De même, des problèmes professionnels peuvent littéralement vous gâcher la vie.

L’enquête que Moustique a commanditée auprès du bureau d’études Listen mesure tous ces indicateurs. Elle nous apprend que seuls deux sondés sur cinq se disent heureux au boulot; contre un sur cinq qui se considère malheureux. Plus interpellant encore: deux travailleurs sur cinq ont connu un arrêt de travail à cause d’un épuisement physique, d’un excès de stress,  d’un burn out ou de harcèlements hiérarchiques ou de collègues. Un quart des répondants admettent en outre souffrir des cadences et des performances qui leur sont imposées. Qu’ils soient des hommes ou des femmes, débutants ou en fin de carrière, des citadins ou des ruraux, des travailleurs issus des classes sociales élevées ou défavorisées n’influencent que très peu cette   réalité. Les maux du travail nous touchent tous, employés comme ouvriers, fonctionnaires ou indépendants.

L’argent aussi fait le bonheur

Avoir un salaire à la fin du mois est la première motivation pour sept travailleurs sur dix. Elle explique cependant davantage pourquoi on trime que pourquoi on aime notre emploi en particulier. “Ce qui compte pour se dire heureux, c’est l’équilibre entre ce qu’on a le sentiment de donner et ce qu’on reçoit. L’enquête est frappante: ce sont surtout les malheureux qui s’accrochent au salaire. Cela prouve que ce n’est pas le revenu en lui-même qui importe. C’est ce qu’il signifie. Il régule les échanges. Le salaire, c’est une reconnaissance sociale, décrypte Delphine Pennewaert. Pour preuve, les surendettés sont souvent, pas toujours, des personnes issues des classes sociales défavorisées. Ils ont besoin de signes extérieurs de richesse pour exister aux yeux des autres.

Seuls 2 Belges sur 5 se disent épanouis au boulot. Mais il en reste encore 1 sur 5 qui se considère malheureux.

On comprend dès lors pourquoi plus un travailleur se dit heureux, moins l’argent pèse dans la balance du bonheur. Pour 45 % des Belges, le sentiment d’utilité est le facteur le plus déterminant, qu’il soit collectif ou individuel, réel ou illusoire. Nos répondants valorisent aussi la nature des tâches à accomplir (41 %), la relation avec les collègues (34 %), l’apprentissage et la formation continus (31 %), les rencontres avec de nouvelles personnes (19 %) ou le fait de s’évader de sa vie personnelle (14 %).

L’enquête met en fait le doigt sur deux conceptions du travail. “À une extrémité, certains ont un rapport strictement instrumental au travail. Pour eux, la vie est ailleurs et ils en attendent surtout une rémunération équitable”, pointe le sociologue. “À l’autre extrémité, d’autres ne vivent que pour le travail et ne peuvent réussir leur vie que s’ils réussissent professionnellement… Ces deux positions peuvent ne durer qu’un temps. La majorité des travailleurs attendent a minima que leur job soit utile, qu’il soit mené dans un contexte positif et, au-delà, qu’il leur permette de se développer, d’acquérir de nouvelles compétences ou de découvrir de nouvelles facettes d’eux-mêmes.

Pour découvrir la suite de l’article, rendez-vous en librairie ou sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

 

Sur le même sujet
Plus d'actualité