Vogue dit non aux mannequins mineurs

Le magazine américain appelle l'industrie de la mode à adopter la nouvelle limite d’âge de 18 ans pour les mannequins. Une règle établie par l’éditeur Condé Nast en février dernier.

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Si la plupart des mannequins repérées sur les catwalks ont une petite tête angélique et des jambes fines comme des baguettes, c’est (simplement) parce qu’elles sont encore des ados et que leurs corps des femmes ne s’est pas encore formé. Et si on faisait porter des vêtements pour adultes… à des adultes ? C’est la direction que tentent de prendre certains acteurs de l’industrie de la mode. En février dernier, l’éditeur Condé Nast établissait une nouvelle limite d’âge pour les mannequins qui apparaissent dans les pages de ses nombreux titres (The New Yorker, Vogue, Vanity Fair…). Dans un article de son édition de septembre, le célèbre magazine Vogue explique aujourd’hui pourquoi cette nouvelle règle devrait être suivie par le monde de la mode, tout en reconnaissant avoir lui-même contribué à normaliser l’utilisation de jeunes modèles :

« Vogue a également joué un rôle dans cette normalisation en habillant des enfants – puisque c’est ce qu’ils sont – en adultes glamours. Lorsque Brooke Shields, alors âgée de 14 ans, a fait la couverture de Vogue en 1980, elle était un cas isolé. Mais depuis, de nombreux mannequins adolescents sont apparus dans nos publications. C’en est fini : ce n’est pas correct pour nous, ni pour nos lecteurs, ni pour tous ces jeunes mannequins qui se battent pour apparaitre dans ces pages. Nous ne pouvons pas réécrire le passé, mais nous pouvons nous engager pour un meilleur futur ».

Les nouvelles limites

En mai 2012, Condé Nast avait déjà annoncé qu’il ne travaillerait plus avec des mannequins de moins de 16 ans ou « qui semblent souffrir d’un trouble de l’alimentation ». En début d’année, l’éditeur a mis à jour son code de conduite après que les photographes Mario Testino et Bruce Weber (tous deux ont travaillé pour Vogue) aient été accusé d’harcèlement sexuel sur des mannequins. Les deux hommes ont nié ces affirmations, mais la rédactrice en chef de Vogue, Anna Wintour, a révélé dans son édito de janvier que Condé Nast avait suspendu ses relations professionnelles avec les photographes et que « tous les mannequins apparaissant dans les shootings commandés par Condé Nast doivent être âgés de 18 ans ou plus, à l’exception des modèles étant le sujet principal d’un article et que ceux-ci soient accompagnées d’un chaperon à tout moment ».

Ados sous stress et agences engagées

L’appel de Vogue va-t-il être entendu par tous les acteurs du secteur ? Le conseil des créateurs de mode des États-Unis (Council of Fashion Designers of America, CFDA) est en tout cas partant. Son directeur général Steven Kolb observe certaines améliorations depuis l’établissement en 2007 d’une limite minimum de 16 ans sur les catwalks des défilés. Le voilà aujourd’hui en faveur d’une nouvelle limite d’âge. Il reconnaît par ailleurs que « les jeunes mannequins se développent encore. Ils peuvent alors manquer de confiance, de force et de maturité, trois éléments nécessaires pour gérer la pression que génère ce travail. Le CFDA soutient la recommandation d’élever l’âge minimum, nous voulons que les jeunes mannequins aient le temps de se prendre en charge et qu’ils se sentent responsables et en sécurité sur leur lieu de travail ».

Il faut reconsidérer le mannequin comme une muse et non un cintre.

Selon Maria Bruce, psychothérapeute new-yorkaise interviewée par Vogue, beaucoup de jeunes modèles ont du mal à suivre les différents signaux contradictoires qu’ils reçoivent au travail : « On leur dit de grandir quand ils se plaignent, mais d’un côté, on les traite déjà comme des adultes ». Cette confusion entrainerait certains d’entre eux à ne pas oser dire « non » dans certaines situations délicates. « Le cerveau des adolescents est sensible à la surcharge. Les conséquences psychologiques possibles face à tant de stress comprennent une faible estime de soi, des troubles obsessionnels compulsifs, de l’anxiété et de la dépression », explique Bruce.

Kaia gerber, jeune mannequin de 16 ans lors d'un défilé de la Fashion Week à Paris en mars 2018 ©  Belga / AFPKaia Gerber, jeune mannequin de 16 ans lors d’un défilé de la Fashion Week à Paris en mars 2018 © Belga / AFP

De leur côté, les agence DNA Models (qui représente notamment Jeanne Damas, Constance Jablonski et Emily Ratajkowski) et The Society Management (Adriana Lima, Camille Rowe) s’engagent dès aujourd’hui à ne plus envoyer de mannequins de moins de 18 ans pour les défilés en Amérique du Nord. Leurs directeurs respectifs espèrent que d‘autres agences les rejoindront. « Il faut reconsidérer le mannequin comme une muse et non un cintre », a déclaré David Bonnouvrier de DNA Models. Vogue a également le soutien de Model Alliance, une organisation qui milite pour un traitement juste et équitable des mannequins.

Cette décision représente un énorme changement pour l’industrie de la mode, la plupart de ses grands noms (Kate Moss, Naomi Campbell, Cindy Crawford) ayant commencé leur carrière bien avant leur 18 ans…

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