La dépénalisation de l’avortement rejetée en Argentine

Sous la pression de l'Eglise Catholique, le Sénat a rejeté la proposition de loi qui visait à rendre l'avortement légal et gratuit. Elle avait pourtant été approuvée par les députés.

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C’est un combat qui dure depuis 5 mois. Porté par des milliers de manifestants qui arboraient un foulard vert en signe de ralliement. Mais après plus de seize heures de débat, les sénateurs ont rejeté dans la nuit du 8 au 9 août la proposition de loi qui devait dépénaliser l’avortement. Un texte pourtant approuvé par les députés en juin dernier qui avait donné énormément d’espoir à un pays gangrené par les IVG clandestines, comme le racontent des milliers de personnes sous le hashtag #YoAborté sur Twitter, soit « J’ai avorté ». On y lit les témoignages douloureux de femmes de tous âges et de tous milieux, comme celui de Jere qui explique «A 18 ans, j’ai été battue et violée par une bande jusqu’à ce que je tombe inconsciente, j’ai été me faire avorter dans une clinique clandestine, parce que mes parents n’avaient pas d’argent pour avoir une IVG en toute sécurité dans un autre pays.»

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Les jeunes Argentines se sont battues de toutes leurs forces, face à des critiques parfois très virulentes. Patrie du Pape François, l’Argentine est un pays encore très religieux. Figure de proue de ce combat, la jeune Ofelia Fernandez, 18 ans, avait notamment marqué les esprits grâce à un discours puissant face aux députés «Il va falloir vous faire à l’idée que nous voulons un autre genre de vie. Si nous nous battons pour ce vote, c’est parce que nous sommes celles qui avortent. Maintenant, c’est à vous de légaliser l’avortement en Argentine. Vous devez comprendre que rejeter cette proposition équivaut à nous envoyer mourir au combat sans nous demander la permission. Mais, à ce stade, ils devraient savoir que nous avons notre propre armée à crier pour l’avortement légal. Et la seule chose de plus grande que l’amour de la liberté est la haine de quiconque qui vous la prend.»

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Malheureusement, les évêques et les religieux ont joué de leur réseau, rabâchant à chaque occasion à quel point il était péché de pratiquer l’IVG à l’aide d’un slogan « Sauvons les deux vies », à comprendre femme et foetus. L’Eglise a d’ailleurs décidé de s’inviter en masse à Buenos Aires, où se tenait ce vote, pour faire pression face aux militantes pro-avortement. Deux combats, deux mesures. Et deux couleurs aussi, le bleu pour les premiers, emprunté au drapeau argentin, le vert pour les seconds, qui représente l’espoir. Il faudra encore en user d’une bonne dose pour espérer que cette loi passe dans un an, période à laquelle ce projet pourra être représenté.

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