Les métiers de l’été

Pas de congés pour eux avant l’hiver. C’est la dure loi du métier de saisonnier. Dans les parcs, les zoos, l’horeca, les lieux culturels ou de divertissements, leur présence est indispensable à cette “économie du soleil”. Portraits.

Michel Wérion © Pauline Zecchinon

Michel Wérion, maître-nageur à la piscine du Bois des Rêves

Perché en haut de sa chaise, Michel Wérion (photo ci-dessus) scrute le moindre faux pas des nageurs, heureux de pouvoir profiter de la piscine du Bois des Rêves, dans le Brabant wallon, pendant les mois d’été. “On a rarement des cas de véritable noyade mais il faut être là pour rappeler qu’il ne faut pas courir, vérifier qu’on ne saute pas n’importe où ou réprimander ceux qui jouent à se battre ou à se couler dans l’eau.” Arrivé au domaine en 2008, Michel n’en est plus reparti. Après avoir passé son brevet de sauvetage, il est même devenu en quelque sorte le responsable de l’espace piscine. Il coordonne la dizaine d’étudiants qui le secondent, toujours en alerte et accroché à son talkie-walkie. “Il faut de la monnaie pour la caisse, il y a un problème aux transats, une douche cassée, un blessé…” De 7h à 20h, six jours sur sept l’homme au tee-shirt rouge, casquette vissée sur la tête, “est au taquet”, comme il dit. L’été n’est pas de tout repos, en particulier cette année, puisqu’il fait beau depuis le début de la saison, à la mi-juin. Les week-ends, plusieurs milliers de personnes défilent ici, en quête d’un petit plongeon rafraîchissant. “C’est fatigant, mais c’est loin d’être ennuyeux parce qu’il y a toujours quelque chose à faire”.

Seule ombre au tableau, les problèmes d’incivilités auxquels doit faire face l’ensemble du domaine mais surtout l’espace piscine en ces temps chauds. “Il y a plusieurs bandes des environs qui viennent fréquemment. Ils finissent toujours par se battre entre eux au bord de la piscine ou dans l’espace des transats. On a beau les mettre dehors, ils reviennent en coupant les fils d’enceinte. De vrais singes”, s’agace le maître-nageur. Encore quelques semaines à tenir. L’espace piscine fermera ses portes à la fin du mois d’août. Michel rangera sa casquette et son sifflet de maître-nageur jusqu’à l’année suivante. “Je reste tout de même travailler au Bois des Rêves. Le travail est alors plus administratif. Et entre novembre et février, vacances !”

Anthony Quinet, soigneur de dromadaires à Pairi Daiza

Anthony Quinet © Pauline Zecchinon

Armé de sa brouette de foin, Anthony Quinet est prêt pour sa première visite du jour aux dromadaires de Pairi Daiza. Il y a du monde au portillon. Des animaux qui ont faim d’un côté, des visiteurs de l’autre. Ce matin, c’est nourrissage public. “On distribue des carottes à l’assemblée, pour les donner aux bêtes. Pendant qu’elles mangent, on en profite pour nettoyer l’enclos et leur remettre de la nourriture”. Lorsque le parc est ouvert au public, il quadruple ses effectifs. Du côté des soigneurs, une petite dizaine de saisonniers, à l’instar d’Anthony, viennent renforcer la cinquantaine d’habitués. “Nous formons une grosse équipe bien organisée. Malgré le fait qu’il y ait énormément de boulot, nos journées ne sont donc pas surchargées”.

En cette période estivale, il faut continuer à prendre soin de tout ce beau monde – encore plus lorsqu’il fait très chaud –, gérer les animations avec le public, mais surtout entretenir les espaces. Ratissage, balayage, évacuation des excréments : c’est le grand ménage. “Dans le métier de soigneur, il y a bien sûr le nourrissage des animaux, mais 90% du temps, c’est quand même de l’entretien et du nettoyage”. Mais quand on est passionné, vivre parmi les animaux, même pour nettoyer, ça n’a pas de prix. “Ma vie tourne autour des animaux depuis que je suis tout petit. J’ai fait de l’équitation, travaillé dans des refuges et chez un grossiste animalier. Mais mon rêve, le but ultime, c’était de bosser dans un zoo”. Mission accomplie pour Anthony qui n’a pourtant jamais mis les pieds dans une école de soigneur animalier. À force d’insistance et fort de l’expérience acquise avec des dromadaires et chameaux chez un éleveur pour lequel il a travaillé, le jeune Français se retrouve en Belgique pour la saison, avec l’espoir d’y rester un jour plus qu’une demi-année.

Colette Barbier et Luc Ruidant, hôteliers saisonniers (Sleep in a bubble)

Colette Barbier © Pauline Zecchinon

C’est dans le petit village d’Antheit, non loin de Huy, que se trouve la maison de Colette et Luc, mais aussi et surtout leur jardin dans lequel trônent deux énormes “bulles”. Faites de toile colorée et de plastique souple transparent, celles-ci accueillent des visiteurs en quête d’une nuit insolite. Devenir hôtelière était loin d’être une vocation pour Colette qui, comme son mari, est d’abord journaliste indépendante. “Il y a cinq ans, mon époux a écrit un article sur le glamping (contraction de glamour et camping – NDLR) . Il est revenu vers moi en disant que c’était vraiment une idée géniale et comme notre terrain s’y prêtait, on s’est lancé. Je l’ai d’abord fait pour lui faire plaisir…”

Quatre saisons plus tard, le concept cartonne et les bulles sont quasi toutes occupées d’avril à fin octobre. Avec sept mois d’occupation intense, difficile pour Colette de concilier ses deux ‘métiers’. “S’occuper des bulles est un travail de toute une journée. Chaque jour, il faut les vider, les nettoyer, les laver, préparer les déjeuners et donc faire les courses… C’est une activité très prenante qui occupe finalement plus de la moitié de l’année”. Aujourd’hui, elle voudrait diminuer la cadence en supprimant un de ses deux logements insolites. Pourtant, pour gérer cette activité, Colette est bien entourée. Dès le départ, c’était déjà une affaire de famille. Son mari gère la communication, et les sept enfants de la maison ont également mis la main à la pâte. “Ça a été un changement pour eux aussi. Il a fallu un temps d’adaptation pour qu’ils apprennent à recevoir des gens, à s’habituer à avoir des inconnus dans leur jardin, à partager leur espace”, se souvient-elle. “Maintenant qu’ils ont trouvé leurs marques il n’y a aucun problème”.Toute la maisonnée attend la semaine de Toussaint pour des vacances bien méritées.

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