#freethepimple : le mouvement qui renverse le mythe de la peau parfaite

Le body positive nous a appris à aimer et à accepter notre corps. Le skin positive entend bien faire de même avec notre peau. Et comme tout mouvement libérateur du 21e siècle, c’est sur Internet que ça se passe.

Louisa Northcote © Instagram

Instagram n’est pas le réseau social idéal pour booster sa confiance en soi. Mannequins, bloggeuses et célébrités s’y donnent à cœur joie avec leurs photos de corps athlétiques, peaux lisses et bronzages dorés. Mais ces derniers temps, une contre-tendance s’est donnée pour but de renverser ces images de peaux parfaites. On l’appelle skin positivity ou skin positive (dans la lignée du body positive contre les diktats de la minceur), un mouvement qui encourage la confiance et l’amour-propre et qui vise à réduire les stigmates et la honte que peuvent subir les personnes souffrant d’acné, de cicatrices, de taches de naissance ou de toutes autres affections de la peau.

Les réseaux sociaux cristallisent des attentes irréalistes concernant les hommes comme les femmes.

Si l’on doit le hashtag #freethepimple à la mannequin Louisa Northcote, elle n’est pas la première à afficher fièrement son visage sans maquillage et parsemé de boutons d’acné. En juillet 2015, la bloggeuse beauté My Pale Skin (Em Ford) publie une vidéo devenue virale (plus de 28 millions de vue à ce jour). On la découvre sans maquillage, visage neutre, voire en larmes, face-caméra pendant que des inscriptions défilent devant elles : « Je ne peux même pas la regarder », « Son visage est tellement moche », « Répugnante, horrible, c’est quoi ce bordel ? ». Il s’agit de véritables commentaires que la bloggeuse a reçu sur les réseaux sociaux depuis qu’elle a décidé de s’y afficher sans maquillage. Elle expliquait alors sa démarche sur YouTube : « Ces derniers mois, j’ai reçu des tas de messages de nombreuses personnes à travers le monde qui m’ont rapporté souffrir ou avoir souffert de l’acné, de manque de confiance en soi. J’ai voulu créer une vidéo qui montre à quel point les réseaux sociaux cristallisent des attentes irréalistes concernant les hommes comme les femmes. Nous sommes tellement habitués à voir de fausses images de perfection et à nous comparer à des standards de beauté truqués que nous en oublions le plus important : vous êtes belles/beaux. »

À visage découvert

Aujourd’hui, le cas de My Pale Skin n’est plus isolé. De nombreuses personnalités d’Instagram et du show-biz affichent leurs visages sans fond de teint et sans retouches pour montrer que eux aussi luttent au quotidien contre l’acné, un combat d’habitude invisibilisé par leurs maquilleurs pro et Photoshop. En lançant le hashtag #freethepimple, la mannequin Louisa Northcote souhaite libérer la parole de tous ceux qui souffrent d’acné et leur montrer à quel point ils ne sont pas seuls. « Libérez ce foutu bouton ! Soyez brave et montrez au monde vos imperfections. Je vous assure que vous n’êtes pas seuls. Rien n’est parfait et personne ne l’est non plus. Nous avons tous des imperfections, donc au lieu de les cacher, nous devons les adopter et en faire quelque chose de positif et NON PAS quelque chose de NÉGATIF », explique-t-elle dans l’un de ses nombreux posts Instagram. Aujourd’hui, le hashtag rassemble 589 publications sur Instagram.

 

Sorry I’m not perfect. #freethepimple

Une publication partagée par Louisa Northcote (@lounorthcote) le

Ce n’est pas la fin du monde si on n’a pas une peau parfaite.

En janvier dernier, la jeune instagrammeuse de 18 ans Hailey Wait se dévoilait elle aussi dans une vidéo YouTube. Souffrant d’acné kystique depuis ses 11 ans, elle décide de ne plus se couvrir de maquillage. « Je me sentais dégueulasse. À l’école on me traitait de pizza face. Je sentais que je n’avais ma place nulle part, ce qui est stupide puisque plein de gens ont de l’acné. Je me sentais tellement mal que je ne sortais jamais de chez moi sans maquillage. Lorsque j’ai commencé à poster des photos de moi au naturel, j’ai reçu beaucoup de commentaires de haine, les gens me disaient de nettoyer mon visage. Mais depuis, je pense que j’aide aussi beaucoup de gens à gagner en confiance en soi, je leur montre que ce n’est pas la fin du monde si on n’a pas une peau parfaite », témoigne-t-elle.

Virage culturel

S’afficher visage nu, une chose presque impensable jusqu’à récemment, dans le monde préfabriqué des réseaux sociaux où l’on ne veut montrer que le meilleur de soi-même. Pour le psychothérapeute spécialisé dans les affections de la peau Matt Traube, il s’agit là d’un véritable changement culturel : « Les gens sont de plus en plus honnêtes. Les photos retouchées sur les réseaux sociaux (hello les filtres Instagram et filtres « beauté » Snapchat) sont devenues un tel phénomène que les gens commencent à voir à quel point c’est destructeur. En même temps, les médias sociaux nous donnent aussi l’occasion de créer de puissants mouvements sociaux comme celui-ci », explique-t-il.

Les stars s’y sont également mises comme Justin Bieber, Chloe MoretzLili Reinhart et Kendall Jenner, victime de critiques sur son acné après son apparition aux Golden Globes en janvier dernier. « Les célébrités ont les mêmes complexes que nous. Les montrer au grand public, cela change tout », explique Matt Traube.

Plusieurs artistes se sont quant à eux emparés du mouvement en célébrant ces imperfections plutôt que de les cacher sous une couche de produits. C’est le cas de la photographe Sophie Harris-Taylor, autrice du projet Epidermis qui immortalise plusieurs femmes souffrant d’acné (dont la fameuse Louisa Northcote). Le photographe Peter de Vito dénonce quant à lui l’utilisation de Photoshop dans son travail #AcneIsNormal.

Il y a quelques mois, une étude publiée dans le British Journal of Dermatology démontrait le lien entre l’acné et la dépression : une personne souffrant d’acné aurait 63% plus de risque de tomber en dépression qu’une personne à la peau « lisse ». Dans ce contexte, le mouvement skin positive a donc toute son importance, puisqu’il brise le tabou de l’acné (peu de personnes osent en parler ouvertement) et combat l’invisibilisation de ce problème par les médias et la publicité. « Quand nous avons ce genre de soutien social, ce sentiment de communauté, cela aide à réduire le risque de dépression », conclut Matt Traube. Un pas de plus vers l’acceptation de soi, le vrai, sans filtre et sans concealer.

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