Réchauffement climatique : nos gamins contre-attaquent

Plusieurs groupes d’enfants dans différents pays attaquent en justice leurs gouvernements respectifs pour leur manque d’action dans la lutte contre le réchauffement climatique.

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Hausse des températures, fonte des glaces, ouragans et inondations : le réchauffement climatique a de nombreuses conséquences sur notre vie… mais les générations futures en paieront encore plus le prix. Récemment, le climatologue Jean Jouzel a déclaré que la température pourrait atteindre « 55 degrés en France » d’ici 2050 : “Dans la deuxième partie de ce siècle, si rien n’est fait pour lutter contre le réchauffement climatique, on pourrait avoir des températures record en France qui atteignent 50 degrés sur une large partie de la France, voire 55 degrés sur l’Est de la France. On rentre dans un autre monde, c’est maintenant qu’il faut agir », s’était-il inquiété sur France Info le 25 juillet dernier. 

Une affaire d’enfants aussi

Agir, c’est ce que font de nombreux enfants partout dans le monde depuis plusieurs années. En 2015, un groupe de 21 jeunes Américains décide de poursuivre en justice leur gouvernement. Dans l’affaire Juliana contre les États-Unis, les plaignants affirment que les autorités ont violé “leurs droits constitutionnels à la vie, à la liberté et à la propriété“ en adoptant des politiques favorisant l’utilisation des combustibles fossiles, tout en sachant que les émissions de dioxyde de carbone sont l’une des principales causes du réchauffement climatique.

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Depuis, l’affaire a remporté un vif succès et ce 20 juillet dernier, la Cour d’appel a rejeté une tentative de l’administration Trump d’annuler le procès. Il aura donc lieu le 29 octobre prochain.“Le gouvernement fédéral essaie de nous barrer la route, mais nous persévérons, a déclaré l’un des jeunes plaignants de 12 ans. Nous sommes optimistes et nous avons le courage de défendre nos droits constitutionnels“. Âgés entre 11 et 22 ans, ils sont représentés par l’organisation Our Children’s Trust. L’affaire s’annonce complexe puisque le réchauffement climatique n’est pas mentionné dans la Constitution. Mais pour les avocats des jeunes, le droit à un climat stable permettant la vie est un droit fondamental et implicite à la Constitution. Ils estiment aussi que les responsables gouvernementaux ont pris conscience des dégâts causés par leurs politiques énergétiques dès le siècle dernier, mais ont continué à approuver des mesures mettants en danger la planète… et ont dès lors enfreint la Constitution : “Les notions de vie, de liberté et de recherche du bonheur n’ont aucun sens sur une planète qui ne peut pas soutenir la vie“.

De la Colombie à la Belgique, la révolte est en marche

Ces jeunes Américains téméraires ne sont pas les seuls à se battre pour un futur “vivable“. En avril dernier, la Cour Suprême colombienne statuait en faveur de jeunes plaignants qui soutenaient que la déforestation amazonienne et l’augmentation des températures menacent leurs droits constitutionnels à un environnement sain, à la vie, la santé, la nourriture et l’eau. La forêt amazonienne colombienne étant une personnalité juridique, le gouvernement a en plus le devoir de la protéger. 

En Inde, un garçon de dix ans, Ridhima Pandey, a introduit une procédure en justice, estimant que le gouvernement n’a pas mis en œuvre ses politiques de réduction des émissions et ne respecte pas les lois environnementales du pays. En 2016, une Pakistanaise de 7 ans poursuivait le gouvernement pour ses échecs environnementaux. Aux quatre coins du monde, des avocats collaborent avec Our Children’s Trust pour lancer bientôt des actions similaires.

Les écosystèmes, vous, moi, nos enfants et petits-enfants sommes en danger.

Chez nous, un procès climatique (mené par des adultes cette fois-ci) contre les autorités devra enfin être jugé cette année, après trois ans de procédures judiciaires. L’ASBL L’Affaire Climat (Klimaatzaak) a en effet intenté un procès aux quatre autorités belges le 1er décembre 2014, demandant aux autorités de respecter leurs engagements, soit la réduction, d’ici 2020, de 40% des émissions de gaz à effet de serre en Belgique par rapport à celles émises en 1990. L’affaire a principalement été bloquée par un problème linguistique (!) réglé en avril de cette année. “Les débats sur le fond devraient donc bientôt commencer comme le réclament les plaignants depuis trois longues années“, déclarait alors l’ASBL sur sa page Facebook.

© L'Affaire Climat

« Après une longue attente, nous pouvons enfin commencer à parler de ce qui nous concerne tous : la question climatique proprement dite, avait réagi Serge de Gheldere, Président de l’ASBL Klimaatzaak. Nous demandons à nos gouvernements de tenir leurs promesses. Ils ne l’ont pas fait jusqu’à présent, et les écosystèmes, vous, moi, nos enfants et petits-enfants sommes en danger. En tant que société, nous devons envisager un avenir sans énergies fossiles, à la fois comme étant le défi de notre siècle et un horizon d’opportunités. Nous attendons le début des débats avec impatience.” 

Que peut-on espérer de ce procès ? L’Affaire Climat peut-elle gagner dans cette affaire historique ? À en croire l’exemple néerlandais, tout est possible. En 2015, alors que le gouvernement des Pays-Bas estime que “la question du changement climatique est trop grande pour qu’il s’en occupe tout seul“, les juges néerlandais ordonnent aux autorités de réduire les émissions de 25% d’ici cinq ans. L’accumulation de ces procès partout dans le monde est de bon augure pour le verdict et illustre non seulement que des citoyens s’inquiètent du réchauffement climatique, mais peuvent aussi avoir un réel impact positif sur le climat.

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