Le truc pas net de Vincent Flibustier

Le site parodique Nordpresse a-t-il été victime d'un complot de Facebook et d'Emmanuel Macron? Comment Vincent Flibustier - l'homme qui a crié à la censure - concilie-t-il engagement chez écolo et dans les écoles avec son job de polémiste et de créateur de fake news? Vous voulez des réponses à ces questions? On les lui a posées directement.

Le truc pas net de Vincent Flibustier

Il est à bout de nerfs. Il le dit lui-même après une petite colère. Vincent Flibustier est le rédacteur et concepteur de Nordpresse – le site parodique belge qui fait jaser toute la France depuis dimanche. Le jeune homme de 27 ans est aussi candidat écolo aux élections communales. Il fait même de l’éducation aux médias depuis deux ans pour “Enseignons.be”. Dimanche, son contenu parodique de l’affaire “Benalla” a disparu des radars et il a hurlé au complot et à la censure.

Une interview brute de décoffrage

Depuis, c’est le retour de bâtons, façon arroseur arrosé. Même les gars du Gorafi, site parodique français, lui sont rentrés dans les plumes. Vincent Flibustier, ce “journaliste raté” (c’est lui qui le dit) qui a frotté quelques semaines à peine son derrière aux bancs de l’université en section journalisme, a atteint une notoriété incroyable. Lui qui voulait juste défendre la veuve et l’orphelin de la “presse de caniveau”. Vraiment? On a voulu comprendre. L’interview, qui n’est en rien une parodie, est brute de décoffrage.

Vincent Flibustier, vous êtes victime d’un grand complot orchestré par l’Élysée et par Facebook?

Non. Mais le cabinet du Premier ministre français a expliqué dimanche que l’affaire “Benalla” ne prenait pas sur Facebook et dans les deux heures mes contenus sur cette affaire disparaissaient. Je ne dis pas qu’Emmanuel Macron est intervenu. Mais je n’ai toujours pas d’explication. Il y a forcément une main humaine derrière le retrait de mes contenus et pas un automatisme technique. J’ai déjà subi du harcèlement technique de Facebook qui m’a redemandé quarante fois ma carte d’identité. Ce n’est pas impossible que quelqu’un chez Facebook m’ait dans le pif. Après, je ne sais pas si c’est piloté par un pote de Benalla. Mais ce n’est pas impossible du tout. Je n’ai pas d’autre explication en tout cas. Ce qui renforce l’idée, c’est que Facebook a répondu d’abord que c’était un bug à France-info et ensuite ils n’ont plus voulu leur répondre. Il y a un truc qui n’est pas net.

En attendant, vous avez bien profité de l’effet médiatique.

Oui. Mais ce n’est pas grand-chose par rapport à une journée d’activation perdue de Nordpresse.

Ah bon? Ça vous rapporte combien?

Ça paye moins bien qu’avant. Nordpresse n’a jamais rapporté des fortunes. Et j’ai toujours tout déclaré aux impôts. Un mois, ça me fait 1000 euros mais c’est loin d’être mon activité principale. Et vu comme l’affaire tourne je m’en serais bien passé. J’ai 27 ans, je suis sympa et heureux. Donc je m’en fous. J’aurais dû garder Nordpresse secret. Je ne cherche pas la notoriété. Et c’est parce que j’en ai que j’ai des ennemis.

Vous êtes un polémiste qu’on ne peut pas contredire.

Je suis parfois arrogant mais je suis sincère. Et cette affaire m’emmerde. Ça va cracher sur écolo. Ça va bousiller mon travail d’éducation aux médias. C’est rageant.

Dimanche, c’est vous-même qui avez crié à la censure. C’est ça qui vous a mis sous le feu des projecteurs.

Aujourd’hui, il y a un grave danger avec ce qu’on laisse faire à Facebook qui fonctionne de manière totalement opaque. Or Facebook est devenu un reflet de notre monde en ayant le pouvoir de faire disparaître un contenu selon son bon vouloir. C’est gravissime. J’ai peut-être exagéré mais ce n’est pas net.

Facebook essaie de lutter contre les fakenews, on le lui a assez reproché… Non?

J’ai un avis tranché. Ce n’est pas son rôle. Les fake news n’ont pas fait élire Trump ou mené au Brexit. On a essayé de mettre sur le dos des fakenews les problèmes de notre démocratie. Depuis, le début de l’humanité, il y a toujours eu des fakenews. Et Facebook n’a pas parlé de fakenews me concernant.

Vous ne faites pas des fake news?

Si. Je diffuse des fausses infos. Notre discours dominant dit que les gens sont trop idiots pour faire la différence. C’est faux. Il faut éduquer aux médias. Il y a un très chouette projet né aux Pays-Bas – www.getbadnews.com – qui est le même que le mien : créer de l’esprit critique de l’intérieur. Avec ce projet, on peut créer des fausses infos contre ses ennemis. C’est mon postulat: créer des fake news pour se préserver de ces dernières. Et si les gens perdent la foi dans les grands médias, c’est parce que ces derniers ont des choses à se reprocher. Si tout le monde se montrait exemplaire, le populisme ne monterait pas.

Nord presse, ce n’est pas exemplaire. C’est même “putàclic”.

Oui, oui. Mais d’une certaine manière, je serai content quand plus personne ne tombera dans le piège. C’est sûr que je joue sur les bas instincts des gens. Mais si ça marche, c’est parce que toute la presse traditionnelle le fait.

Vous êtes très paradoxal.

Je sais. Mais je ne reçois pas d’argent du système et j’essaie de rendre les gens un peu moins cons. Je fais peut-être de la merde mais pourquoi s’acharne-t-on sur moi et pas sur ceux qui reçoivent des subsides pour le faire?

Bon. Et votre engagement politique chez écolo, c’est compatible?

J’ai voulu transformer une colère en quelque chose de positif. J’ai envie de changer Bruxelles que je trouve polluée et invivable et utiliser ma notoriété pour pousser un peu la liste. Et on peut faire beaucoup sur l’éducation critique aux médias. Je ne veux prendre la place de personne. Mais ce sujet n’est nulle part alors que c’est central dans notre société.

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