Êtes-vous capable du pire?

Des expériences de psychologie sociale le prouvent... Sous couvert d’une autorité, ou soumis à la pression du groupe, une majorité d’entre nous irait jusqu’à torturer ses semblables. Une récente étude de l’UGent le prouve une fois de plus.

experiencespire_illu_ouverture_c_prod

Nous, on ne goberait pas aveuglément les paroles d’un professeur d’université. Surtout si les idioties déblatérées devant l’auditoire sont aussi offensantes que “Les étudiants n’ont pas d’idées innovantes” ou “Les jeunes sont les esclaves de Steve Jobs”. Pourtant, lors de cette expérience menée cette année à l’université de Gand, l’immense majorité des étudiants n’a jamais levé la main pour réagir. Peut-être éprouvaient-ils de l’indifférence à l’égard de ces insultes et ne souhaitaient-ils pas prendre la parole devant leurs dizaines de condisciples – ce qui est une prouesse en soi – pour si peu. La psychologie sociale avance une autre explication. “Cette étude confirme une fois de plus les théories existantes sur la soumission à l’autorité. Vu que c’est un professeur d’université qui le dit, c’est que ça doit être vrai”, explique Alain Van Hiel, spécialiste en psychologie sociale à l’UGent. “On observe la même chose en rue. Si un policier demande de ramasser un papier que vous n’avez pas jeté, il y a 90 % de chances que vous vous exécutiez.”

Pire, nos comportements sont identiques lorsque les conséquences sont plus importantes ou dangereuses. Il suffit de visionner les vidéos de Stanley Milgram pour en avoir le cœur net. Le chercheur de l’université de Yale aux États-Unis a voulu déterminer comment un nombre aussi important de soldats allemands avait pu commettre tant d’atrocités durant la Seconde Guerre mondiale. Pour ce faire, il a prétexté une étude sur l’efficacité de la punition sur l’apprentissage alors qu’il analysait en fait le niveau d’obéissance à un ordre contraire à la morale. L’expérience prenait la tournure suivante: un volontaire et un acteur jouant le rôle d’un volontaire tiraient au hasard leur mission.

Deux tiers des individus sont prêts à électrocuter quelqu’un tant qu’ils ne sont pas tenus pour responsables.

Comme les dés étaient pipés, le vrai candidat finissait toujours derrière la table de contrôle et le comédien sur la fausse chaise électrique. Le premier devait poser des questions à son   compère et lui administrer une décharge de plus en plus forte à chaque erreur. Entre les deux, un chercheur en blouse blanche le poussait à électrocuter l’acteur qui faisait mine de souffrir et de pleurer pour que le supplice s’arrête. Il le déculpabilisait par des locutions du type: “Vous pouvez arrêter quand vous le souhaitez, mais c’est pour le bien de la science. L’université prend l’entière responsabilité sur ce qu’il se passe.” Contre toute attente, à moins que ce ne soit pas vraiment une surprise, 90 % des participants ont administré un choc électrique au mauvais élève. Deux tiers sont au moins allés jusqu’au niveau 10 du tableau, qui en contenait 30, c’est-à-dire 450 volts. Une charge de 220 volts pouvant déjà s’avérer mortelle.

Le jeu de la mort

Une équipe de l’université de Varsovie a l’an dernier retenté le coup et a obtenu des résultats semblables: 72 des 80 participants ont accepté d’administrer le niveau d’électrochoc de 450 volts. En 2010, France Télévisions a également mené une expérience de ce type dans le cadre du documentaire Le jeu de la mort. Des candidats pensaient participer à un jeu télévisé baptisé La zone Xtreme. La seule différence avec Milgram est que le chercheur était remplacé par une présentatrice télé, en l’occurrence Tania Young. Cela ne signifie pas que nous sommes tous des tortionnaires en puissance qui s’ignorent, mais que nous pouvons pratiquement tous le devenir lorsqu’une autorité crédible valide notre comportement et qu’on n’est pas tenu responsables de nos actes. “Aujourd’hui, des données neuroscientifiques permettent de voir ce qui se passe dans le cerveau dans des conditions de stress et de  soumission”, explique Pierre Schepens, psychiatre et médecin-chef de la Clinique de la forêt de Soignes. “On est beaucoup plus gouverné par nos émotions que par la raison. On le voit dans les moments de groupe où les individus perdent leur subjectivité propre, notamment pendant la Coupe du monde…

Pour découvrir la suite de l’article, rendez-vous en librairie ou sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

Sur le même sujet
Plus d'actualité