Autopsie d’une génération en or

On l’a appelée « la génération dorée ». Elle l’a parfois vécu comme un fardeau mais finalement, a-t-elle fait honneur à son statut ?

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Les chants résonnent encore à Cardiff. Nous sommes le 7 septembre 2012. Auréolés d’une belle victoire glanée face à nos voisins néerlandais en match amical quelques jours auparavant, les Diables rouges entament leurs qualifications au Mondial 2014 par une solide prestation au Pays de Galles. En quelques semaines, après dix années de tristesse footballistique, cette génération de Diables voit, presque malgré elle, son statut se parer d’or. L’Union belge se découvre un département marketing et imagine des défis entre les joueurs et les supporters. Mêlés à l’aplomb d’un coach charismatique à qui l’on pardonne un bilinguisme très approximatif, les Belges retrouvent une équipe de foot. Le Mondial brésilien se profile et on chante, beaucoup. D’ailleurs, au pays du joga bonito, on s’amuse avant et après les matchs. Mais moins pendant. Les premières critiques face au jeu proposé par Wilmots, basé sur l’exploit individuel, se font entendre. Sinon sans gloire, la sortie face à l’Argentine en quart se révèle en tout cas sans panache. N’empêche, l’engouement reste intact et Marc Wilmots promet qu’il n’a pas terminé son travail. Mais le ras-le-bol est atteint deux ans plus tard à l’Euro français. Cette fois, le Pays de Galles sonne comme un des pires souvenirs de l’histoire du foot belge.

Un choix osé

Wilmots s’en va et le peuple attend un grand nom. C’est finalement le Catalan Roberto Martinez qui prend les rênes de notre génération dorée. Le grand public se demande qui peut bien être cet Espagnol en costume et n’est pas très impressionné par sa victoire en Coupe d’Angleterre avec le tout petit Wigan, ni par  le spectacle proposé sur  la pelouse d’un Everton habituellement très british. Mais deux ans et une demi-finale de Mondial plus tard, il n’y a plus grand monde pour remettre en cause le choix de la fédération. « Martinez a apporté de la cohérence sur le plan collectif, assure Guillaume Gautier, journaliste pour Sport/Foot Magazine et habitué des analyses tactiques. De par son système, il a mis en évidence certains joueurs. » Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre que le joueur qui profite le plus du 4-3-3 belge s’appelle Eden Hazard. « Les sélections n’ont pas beaucoup de temps pour travailler un schéma tactique, rappelle Gautier, c’est pourquoi il se réduit souvent à mettre son meilleur joueur dans les meilleures conditions. A l’époque de Wilmots, le dribble de Hazard devait lancer l’action. Aujourd’hui, il la conclut. » Martinez a aussi pour lui ses qualités d’adaptation au jeu de ses adversaires. « Il a profité des failles du Brésil et a résolu le problème japonais avec cohérence par rapport à sa ligne de conduite, précise le journaliste. Malheureusement il n’a pas pu trouver la parade dans sa réaction au jeu français. Mais globalement, on a appris avec le coach espagnol à passer au-dessus de complications comme celles connues contre le Pays de Galles à l’Euro. » 

La Belgique de Martinez a démontré que toutes les frustrations ne se valaient pas. En 2014, malgré un parcours historique, un quart de finale de Coupe du Monde restant jusque-là un exploit pour la Belgique, les supporters avaient un goût amer en bouche. Et que dire du fiasco de l’Euro 2016 qui a plongé le pays dans la déprime. Cette année, les joueurs ont acquis le statut de légendes. Pourtant, nous n’avons toujours aucun trophée à exhiber. Alors, elle a réussi cette fameuse génération dorée ? « Oui ! Simplement parce qu’elle a dépassé ce qui avait été fait avant elle en terminant troisième. Elle a donc confirmé qu’elle était la plus grande génération de l’histoire du foot belge. Il faut garder à l’esprit que malgré cette génération, le foot belge reste inférieur aux foots allemand, français, italien et espagnol. Les joueurs de ces pays ont l’habitude des tout grands matchs, des 3 ou 4 duels qui comptent vraiment dans une saison. Cette expérience, quel que soit l’âge, ne s’achète pas. »

Un avenir en deux temps

La question de l’avenir proche qui se posait avant le Mondial semble reportée. Kompany, Fellaini ou Dembele, dont on annonçait la retraite internationale à l’issue de la campagne russe, donnent l’impression d’avoir encore un peu faim. Surtout, ils voient dans l’Euro 2020 une réelle chance d’enfin décrocher les lauriers. « Si on garde ne serait-ce que 70% de ce noyau, nous ferons partie des favoris » affirme Guillaume Gautier. Et pour lui, il faudra en profiter. « Je l’ai dit, le niveau réel du foot belge se situe plus bas que celui auquel il trône actuellement. Nous devons prendre exemple sur la régularité d’équipes comme la Hollande ou le Portugal. »

Et l’avenir à long terme, comment se profile-t-il ? Bien, si l’on se fie aux louanges qui entourent la formation à la belge. Les changements amorcés à la suite d’un Euro 2000 loupé ont porté leurs premiers fruits et nous ont offert six années d’espoirs, de fêtes et de frustrations. De nos U17 demi-finalistes mondiaux à nos U21 bien partis pour se qualifier pour l’Euro 2019, la relève fait parler d’elle. Certains gamins dont nous n’avons jamais entendu parler affolent actuellement les recruteurs. Mais qu’un Eden Hazard naisse à Braine-le-Comte plutôt qu’à Moscou reste un coup de chance. « Des talents, il y en a ! Mais restons réalistes, des joueurs comme De Bruyne ou Hazard sont indépendants de la qualité de la formation. Il faut donc profiter à fond et espérer qu’un gars pareil sorte de nulle part dans les années qui suivront. »

En attendant, de Cardiff à la Grand Place, cette équipe belge, si elle n’a pas toujours produit le jeu qu’on attendait, aura marqué l’histoire de notre foot. L’adage dit que l’on ne retient que les vainqueurs. La Belgique version 2018 et son jeu romantique prouveront dans quelques décennies que c’est faux. 

 

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