Santé : le temps indispensable de la recherche

Dans ce monde de l'immédiateté, le chercheur s'installe dans une autre temporalité : 5,10, 20 ans de passion et de sueur, en équipe, pour trouver ou pas un remède à une maladie

 

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Diabète, obésité, coma, Alzheimer, cancers, la Belgique est une pépinière de chercheurs mondialement reconnus. Un jour, peut-être vous pourrez bénéficier de leur traitement. Toutes et tous impliqués dans leur laboratoire, bien souvent à la lumière artificielle, ils pèsent, analysent les cellules, ou font vibrer leur pipette. Chercheuses et chercheurs s’installent dans un autre temps que celui qui file de l’autre côté de la vitre à coups de klaxon, de SMS, de TGV. Depuis tout petit parfois, ils se sont plongés dans leur passion pour telles ou telles sciences ou maladies déjà. Comme le dossier dans le Moustique de cette semaine sur « ces chercheurs belges qui vont vous sauver la vie » le montre, ils s’investissent toutes et tous sans compter : Pierre Vanderhaeghen, chercheur (ULB, WELBIO, KUL), à la pointe dans les maladies du cerveau, cherche des traitements contre l’Alzheimer notamment. Il reconnaît que le temps de la recherche est différent: « Un projet dans notre laboratoire va mettre cinq ans à aboutir pleinement, parfois plus. Et puis, même si la science est une activité trépidante qui nécessite des efforts constants, il faut aussi parfois prendre son temps: à vouloir aller trop vite, on peut passer à coté de détails cruciaux, faire des erreurs de jugements qui nous orientent vers des voies de garage. La “slow science” possède des vertus indubitables, comme la “slow food”…”

Des années de recherche pour les médecins

Un discours pleinement partagé par le Pr. Jean-François Collet, chercheur à l’Institut de Duve de l’UCL. Lui, il travaille à la mise au point de nouveaux antibiotiques : «  La recherche a besoin de temps ! Certaines découvertes peuvent être faites relativement rapidement, en quelques mois, parfois suite à un coup de chance, mais la plupart demandent plusieurs années, voire des décennies  ! » 

Pour sa part, le Pr. Patrice Cani, chercheur de pointe du « Louvain Drug Research Institute » de l’UCL lutte contre les maladies cardiovasculaires, le diabète et l’obésité. Il analyse comment les bactéries des intestins dialoguent avec nos organes. Il reconnaît qu’il faut se battre pour garder le temps de chercher sérieusement : «  Cela fait 20 ans que je m’investis. On nous demande de plus en plus de faire de la recherche fondamentale directement applicable à l’homme dans les 5 ans…mais il faut plus de temps pour trouver dans les domaines pointus. Le FNRS donne le temps de la recherche et c’est important. »

Un temps parfois trop long pour les patients

Pour François Fuks, chercheur à l’ULB, spécialisé dans la recherche sur le cancer du sein (et d’autres) le patient doit aussi prendre conscience du temps que cela représente : « Cela fait 20 ans que j’ai initié mes recherches à Cambridge. L’aboutissement de nos recherches va mettre entre 2 et 4 ans et il faudra une dizaine d’années pour qu’elle arrive au patient. C’est long pour lui qui attend un traitement. » 

Enfin, de son côté, Steven Laureys, spécialiste du cerveau et du coma, prix Francqui 2017, sans conteste l’un des scientifiques belges les plus connus en Belgique, aimerait pouvoir se plonger plus souvent dans ce temps de la recherche. « Fin des années 90, on a commencé nos découvertes. Le métier du chercheur est un yoyo, il y a des avancées et des reculs. Lorsqu’on a la découverte, on n’a pas encore l’application sur le terrain. A titre personnel, j’aimerai faire avoir plus de temps de recherche et devoir moins me consacrer à l’administratif. »

Ce métier passionnant de chercheur mérite vraiment qu’on leur laisse le temps (et les moyens d’avoir le temps) de découvrir les remèdes pour les maladies d’aujourd’hui et de demain.

 

 

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