La France est championne du monde: Avec du cœur mais sans amour

Malgré sa pléthore de talents, l’équipe de Deschamps risque d’être rapidement oubliée.

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Ce ne sont pas uniquement les supporters belges qui ont du mal à reconnaître les mérites français. Les amoureux du ballon peinent à entrevoir quoi que ce soit de réjouissant dans ce sacre tricolore. Antoine Griezmann disait, après la demi-finale face à la Belgique, que cela lui était égal d’être considéré comme un champion du monde “moche”. Et pour cause, nos voisins arboreront fièrement une seconde étoile au-dessus du coq qui orne leur maillot au niveau du cœur. Même si cela sera pénible durant quelque temps, ils auront raison de le faire. La fête sur les Champs-Élysées était aussi belle à voir que celle sur la Grand-Place de Bruxelles pour accueillir nos Diables.

Pourtant… Les plus pragmatiques affirment que le vainqueur est toujours beau. Or, le terme “pragmatique” est probablement celui qui convient le mieux au jeu proposé par Didier Deschamps. “Cynique” convient aussi. Olivier Giroud, attaquant de pointe, n’a pas cadré une frappe du tournoi et Pogba a davantage joué devant son rectangle qu’aux abords de celui de ses adversaires. Il suffit de comparer les buts français à ceux inscrits par (au hasard) la Belgique pour comprendre la différence d’esprit qui émane du jeu des deux  équipes. La drache sur les champions du monde dimanche lors de la remise des prix était un (joli) symbole.

Le jeu romantique, tel que pratiqué par les Diables, mais également par la Colombie, le Brésil, l’Espagne, le Japon ou le Mexique peut-il encore placer ses instigateurs sur le toit du monde? On en vient à en douter sincèrement lorsqu’une équipe comme la France, qui produit actuellement plus de joueurs de classe mondiale que de bouteilles de vin, finit par jouer comme la Grèce d’Otto Rehhagel, championne d’Europe 2004 unanimement détestée.

En repensant au sacre portugais de 2016, on sent qu’il y a du Mourinho dans l’évolution du sport le plus populaire du globe. Et cela pose question. Car s’il faudrait en réalité féliciter Didier Deschamps pour son approche victorieuse, transformant une somme d’ego en collectif invincible, elle ne peut se défendre que si elle demeure une exception. Mais, insidieusement, les Deschamps, Mourinho ou Conte deviennent la norme du football. C’est le moment pour les amateurs de panache et de football total de sortir du bois, qu’ils soient en tribune ou sur le banc, s’ils veulent rester les gardiens d’un temple ardemment attaqué par ceux qui préfèrent défendre.

En Russie, la Belgique a conquis des cœurs en mondovision. Mais dans le fameux football moderne, le talent et l’amour du ballon ne suffisent plus. Il faut du vice et des sacrifices. Certains joueurs acceptent de s’asseoir sur leurs idéaux pour gagner. Mais les supporters?

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