Alerte plastique : dans les festivals, le gobelet devient réutilisable

Un nombre croissant de festivals d’été ont abandonné le gobelet en plastique jetable pour passer au réutilisable.

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Francofolies de Spa, Esperanzah!, Ronquières, Verdur Rock… Les festivals sont chaque année plus nombreux à abandonner le gobelet jetable pour passer au gobelet réutilisable consigné. Quelle que soit la taille de l’événement, tout organisateur est concerné par la gestion des déchets. “Trois jours de festival, c’est en moyenne une tonne de déchets”, explique  Samuel Chappel, directeur du LaSemo à Enghien. L’image? Des prairies dévastées, jonchées de gobelets écrasés, enfouis sous plusieurs couches de terre ou mélangés à la boue. “Nous voulions éviter ce genre de choses quand nous avons créé LaSemo, poursuit  Chappel. C’est la raison pour laquelle, dès la première édition du festival, nous avons cherché des alternatives à l’usage du gobelet à usage unique.

Lorsqu’il voit le jour en 2008, le festival LaSemo est un précurseur. Le gobelet réutilisable est alors pratiquement inexistant dans le monde de l’événementiel belge. Samuel Chappel et son équipe décident donc de louer quelques milliers de gobelets en plastique réutilisable en Allemagne, plus quelques milliers d’autres en “maïs biodégradable”, en guise de test. “On a vite compris que la formule du réutilisable était la voie à suivre. Malheureusement, il n’existait aucune entreprise capable de nous fournir ce service.”
Faute de fournisseur sur le marché belge, l’équipe de LaSemo crée sa société dédiée aux solutions durables dans l’événementiel – S.A. Kopo née en 2010. En plus de fournir à LaSemo ses gobelets, Kopo s’occupe du stockage et du lavage. Très vite, Kopo va louer ses gobelets à d’autres festivals. À la même époque, un concurrent basé à Ciney, Rekwup, fait son apparition. En 2013, Kopo est racheté par l’entreprise française Ecocup, active dans plusieurs pays européens et au Canada. Ecocup et Rekwup se partagent désormais le marché du gobelet réutilisable.

Et la tendance est plus large… Cercles étudiants, stades de foot, fancy-fairs, ils sont nombreux à être clients chez Ecocup ou chez Rekwup. “On sent qu’une tendance lourde s’installe, mais il y a encore de grandes disparités entre les territoires, explique Christophe Lampertz, directeur d’Ecocup Belgique. Le gobelet réutilisable a du mal à s’implanter dans la région de Tournai, et dans certains coins de la province de Luxembourg.” Les mentalités évoluent lentement.  C’est le cas en Flandre où les festivals ont pris le train en marche beaucoup plus tard. “On sent que les choses bougent, mais ce n’est pas demain la veille qu’on verra des gobelets réutilisables à Werchter” , ajoute Jean- Gérald Pahaut, administrateur délégué de Rekwup. Le frein? Son coût. L’organisateur paie pour chaque caisse de gobelets ouverte. Le prix comprend le gobelet, son lavage dans les locaux du fournisseur, et son stockage jusqu’à l’édition prochaine.

Nouvelle vie

Un coût compensé par les cautions non réclamées. Certains festivaliers choisissent en effet de ramener leur gobelet chez eux où il connaît une nouvelle vie.Tandis que le gobelet jetable, lui, devient un déchet, et donc un coût pour la collectivité. Et tant que le “coût vérité” auquel il revient réellement n’est pas payé par l’organisateur, il n’y aura guère d’incitant à changer de paradigme.“Les gobelets jetables sont fabriqués en Inde ou en Chine, poursuit Chappel. Ils sont transportés par bateau et ne coûtent que quelques centimes. Et comme ramasser des déchets ne coûte pas grand-chose à l’organisateur – parfois c’est gratuit, car c’est la commune qui s’en charge -, il n’est pas étonnant que certains organisateurs n’aient pas intérêt à passer au réutilisable.” Sous l’action de certaines communes, comme cette année à Gand – où il est interdit d’utiliser des jetables lors des Gentse Feesten -, certains organisateurs d’événement ont été forcés à revoir leur politique. Mais l’immense majorité des événements belges continuent de l’utiliser. “Cette année encore, il y aura entre 10 et 20 millions de lavages pour 1 milliard de gobelets jetés”, estime Jean-Gérald Pahaut

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