La télé pense à Claude Lanzmann 

Le cinéaste français Claude Lanzmann est mort ce jeudi à Paris à 92 ans. Réalisateur d'un des plus célèbres films sur l'extermination des juifs, Shoah, il était aussi une grande plume du journalisme. La télévision change ses programmes pour lui rendre hommage.

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« Je suis habité par la conscience orgueilleuse de ce que j’ai accompli » disait Claude Lanzmann de son film Shoah, récompensé en 1986 d’un César d’honneur. Orgueilleux peut-être, mais une vie assurément accomplie.

Lanzmann le documentariste de l’horreur

Né en France en 1925 dans une famille juive d’immigrés biélorusses, son existence reste marquée par la Seconde Guerre mondiale et le sort réservé aux juifs. Son père, décorateur et résistant dès 1940, l’entraîne avec son frère Jacques et sa sœur Evelyne à échapper aux rafles : « A travers les branchages, nous apercevions ses bottes de SS et nous entendions sa voix angoissée de père juif : « Vous avez bougé, vous avez fait du bruit » ».

La traque et l’extermination des juifs par les nazis est le fil rouge de sa carrière. La réalisation de son deuxième film, Shoah, documentaire de 9 heures sans image d’archive sorti en 1985, a duré 12 années. Il s’agit de son plus grand succès et le début d’une longue liste : Un vivant qui passe (1997), Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures (2001), Le Rapport Karski (2010), Le dernier des injustes (2013), ou encore dernièrement Les Quatre sœurs (2018).

Claude Lanzmann était aussi journaliste entre 1950 et 1970. Il écrit de magnifiques portraits de nombreuses personnalités, ce qu’il considérait comme du « journalisme alimentaire ». Au sein de la revue Les Temps Modernes dont il devient le directeur en 1986, il s’engage dans un combat anticolonialiste et contre la guerre en Algérie, contre la peine de mort. Il était également un grand défenseur d’Israël et voyait dans l’antisionisme « un des masques de l’antisémitisme ».

Claude l’amoureux

Il doit son entrée aux Temps Modernes à sa rencontre avec Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre en 1952. Il tombe amoureux de la philosophe féministe, elle aussi. Il a 27 ans, elle en a 44. L’idylle dure 7 ans. Mais même après leur rupture, ils restent liés. Il vend sa correspondance avec la femme de lettres française il y a quelques mois à l’université de Yale aux États-Unis. Il expliquait en février à Léa Salamé pour Stupéfiant ! qu’ « une loi française totalement inique de la bourgeoisie du Xxe siècle stipule que la correspondance appartient à celui qui l’écrit et non pas à celui qui la reçoit. (…) Il vaut mieux les (les lettres – ndlr) vendre à une université américaine comme Yale que de les voir disparaître ».

Il était le père de deux enfants : Angélique et Félix, mort en 2017. Dans ses mémoires, il exprimait son admiration pour le lièvre, incarnation de la liberté : « S’il y a une vérité de la métempsycose et si on me donnait le choix, c’est, sans aucune hésitation, en lièvre que je voudrais revivre ».

On va le retrouver sur plusieurs chaînes ce week-end:

Samedi 7, à 16h45, France 5 propose un documentaire que Laure Adler et Sylvain Roumette ont consacré à Claude Lanzmann en 2009: Claude Lanzmann, il n’y a que la vie.

Samedi 7, à partir de 20h50 et jusqu’au bout de la nuit (le doc dure plus de 10 heures), Arte rediffuse l’intégralité de l’inoubliable Shoah. Et sur le site, www.arte.tv/fr, vous trouverez aussi le documentaire Quatre soeurs.

Dimanche 8, à 22h25, France 3 présente le documentaire Sobibor, 14 octobre 1943, 16 heures (2001), qui retrace la seule révolte réussie dans un camp. I

 

Pierre Poulain (st)

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