Froome va-t-il survivre au Tour de France ?

Chris Froome a finalement été blanchi après son contrôle positif au salbutamol en septembre 2017. Après la gestion plus que bancale de cette affaire par l’UCI, à quel Tour peut-il s’attendre ?

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Il y a six ans, Chris Froome faisait figure de vainqueur officieux du Tour de France. Il avait tiré son compatriote et équipier Bradley Wiggins jusqu’à Paris, ne touchant qu’avec les yeux le jaune éblouissant qui émanait du maillot de son leader. Le frêle Froome s’exposait un peu trop, sortit de l’ombre d’un Wiggins vieillissant et termina deuxième d’un Tour où il appuyait plus sur le frein que sur les pédales. L’année suivante était pour lui. Débarrassé de Wiggins, Froome confirmait son statut de next big thing du cyclisme mondial et endossait enfin le plus beau des maillots distinctifs. Sa suprématie sur la plus grande course cycliste du monde pouvait débuter. Résultat : quatre victoires sur le Tour entre 2013 et 2017. 

Pourtant, le bord des routes françaises lui crache régulièrement au visage, au propre comme au figuré. Pourquoi ? D’abord, les spectateurs, français en particulier, ne sont pas connus pour admirer ceux qui dominent outrageusement le cyclisme. Les exemples de grands coureurs hués ou sabotés ne manquent pas, de notre Eddy Merckx national au sprinter Marc Cavendish. Mais le cas Froome soulève aussi de nombreuses interrogations et suspicions sur sa soudaine arrivée dans le gratin du vélo. Personne, ou presque, ne connaissait ce gringalet jusqu’à sa deuxième place au Tour d’Espagne 2011, alors qu’il avait déjà 26 ans. Quelques mois plus tard sur les routes françaises, il portait Wiggins sur son dos, avec un style insultant l’académisme et la grâce si chère à certains puristes. Des questions qui croisent aussi les reproches faits à son équipe. Il pâtit en effet des stratégies froides et cyniques de Sky, qui est au vélo ce que le Real Madrid est au ballon rond. Soit une armada capable de déposer tranquillement ses soldats sur les trois marches du podium si elle le souhaite. Des stratégies qui annihilent tout suspens dès les premiers cols et qui font pleurer ceux qui attendaient les bagarres promises par la montagne. Une domination qui rappelle les sombres heures de l’US Postal de Lance Armstrong

Arrangement entre amis

Bref, dire que Chris Froome aborde chaque Grande Boucle avec un déficit d’image est un euphémisme. Et ce n’est pas son contrôle anormal au salbutamol, une substance utilisée pour soigner l’asthme mais qui peut également booster les performances, lors d’une étape de la Vuelta en septembre 2017 qui va arranger sa relation avec le grand public. Un contrôle révélé à la mi-décembre et conclu par une non-sanction le 2 juillet. L’Union Cycliste Internationale aura donc attendu que se profile le départ du Tour pour blanchir le Kényan blanc. Le 1er juillet, l’organisateur du Tour de France, ASO, décidait pourtant de refouler Chris Froome de sa course. Une décision historique, qui a semble-t-il réveiller les institutions internationales. « Personnellement, je trouvais la décision d’ASO courageuse, signale Cyril Saugrain, ancien coureur et consultant pour la RTBF. Ce n’est pas possible d’attendre neuf mois pour prendre une décision qui est censée être réglée par un cadre juridique. Mettez-vous à la place de Diego Ulissi et Alessandro Petacchi qui ont été suspendus pour des cas très similaires. » Des cas qui donnent l’impression que Froome roule au-dessus des lois. « L’équipe Sky possède sûrement une armée d’avocats derrière… En attendant, l’affaire a pris des allures d’arrangements entre amis. C’est une catastrophe pour l’image du cyclisme auprès du grand public. »

Insultes, crachats, en attendant pire ?

Chris Froome et son équipe peuvent donc s’attendre à affronter un environnement hostile durant les trois semaines de courses. Il y est préparé, lui qui s’est déjà vu poursuivi par des supporters armés de fausses seringues et qui a été victime d’un jet d’urine sur le macadam surchauffé du Tour. Dans un sport où les stars passent à quelques centimètres des plus acharnés dont elles sentent le souffle frapper leur nuque, certains craignent depuis lundi des débordements plus graves qu’à l’accoutumé. « Sur les routes, les coureurs sont vulnérables et on n‘est pas à l’abri d’un acte isolé. C’est pour cela que je trouvais la décision d’ASO plutôt sage. Elle protégeait le cyclisme mais également les coureurs. La plus grosse responsabilité de cette affaire revient à l’UCI. Elle connaissait le gigantisme du Tour de France et elle devait savoir que le timing de son verdict créerait des tensions. Cette situation est ahurissante… »
Finalement, sur le plan sportif, Chris Froome semble armé pour remporter son cinquième Tour de France et rejoindre les Merckx, Anquetil, Hinault et Indurain au panthéon des maillots jaunes. « Il a réellement basé sa saison sur une victoire au Tour. Froome et Sky ont toujours agi avec beaucoup de professionnalisme et maintenant qu’il est là, il fait clairement figure de favori, de par ses qualités et la solidité de son équipe. La seule donnée qu’il ne maitrise pas, c’est le bord de la route. »  

 

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